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Tendre Marock’n’roll, d’Emmanuelle de Boysson
Le conseil de lecture de Philippe Lacoche


Dans son dernier roman, Tendre Maroc, Emmanuelle de Boysson nous transporte dans l’Afrique du Nord de son enfance et de son adolescence, pleines d’odeurs, de saveurs, de passions et de pop des seventies. Très réussi !

Le dernier roman d’Emmanuelle de Boysson, Tendre Maroc, semble très autobiographique ; il pourrait faire penser à un récit. Emma, la narratrice, se souvient de son enfance et de son adolescence passées à Mohammedia, au Maroc. Tout se déclenche dans la maison familiale quand elle retrouve des agendas de sa mère. Brusquement, des images lui reviennent ; des sensations aussi. Elle se souvient de tout : de la chaleur, de la nourriture, du port, des membres de sa famille, mais aussi et surtout de son premier grand amour qu’elle cristallise autour de Medhi.

Canned Heat et Soft Machine

Emma est née dans un milieu favorisé et bienveillant. Son père est ingénieur dans une usine de textile. Il d’abord baroudé dans la brousse où il a monté des comptoirs, puis a travaillé dans l’usine du grand-père d’Emma. « Ma mère l’a encouragé à prendre la direction de l’Icoma (Industrie cotonnière du Maroc) : depuis que Georges, son père, a contribué à l’indépendance du Maroc, elle a appris à aimer ce pays des mille couleurs, son peuple aussi », confie-t-elle.

Blanche, sa mère, a baigné dans un milieu d’intellectuels parisiens ; son père était un avocat réputé, qui menait un grand train de vie parmi ses amis, écrivains, journaliste et hommes politiques. Tous sont unis par un idéal religieux qui les tourne vers les gens pauvres. Blanche s’occupe d’autrui ; elle a fondé un dispensaire. Elle y consacre sa vie ; elle oublie un peu Emma qui en souffre. Cette dernière se console avec le rock des années 70, des années hippies : Canned Heat (d’Al Wilson et d’Henry Vestine), Bob Dylan et son « Lay Lady Lay », les Bee Gees et leur « I Started a Joke », Soft Machine (du dadaïste et génial Kevin Ayers). Une romancière qui aime Canned Heat et Soft Machine prouve qu’elle a du goût…

Emma lit également avec gourmandise des dizaines de romans, en particulier le mythique Creezy, de Félicien Marceau. Elle commence à écrire, aussi : « (…) ce privilège de remonter le temps, d’arracher des êtres et des objets au passé par les mots, de faire revivre ce qui a existé par un détail oublié, de repousser la mort. Une découverte qui me procure une telle jubilation qu’elle s’apparente à l’ivresse. Je me mets à croire en la pérennité de ce que nous vivons. »

Emmanuelle de Boysson nous donne à lire un roman magnifique, d’une sensualité intense, et écrit avec élégance. Un vrai bonheur de lecture.

Tendre Maroc, Emmanuelle de Boysson ; 212 p. ; 18,50 €.

Philippe Lacoche est écrivain et journaliste, dernier ouvrage paru L’Hibernation, avec des bandes dessinées de Daniel Grardel, aux Soleils bleus.


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