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Marx au pays du matin calme
Par Philippe Pivion

Il aura fallu que les représentants syndicaux des personnels de Samsung déposent un préavis de grève de 18 jours pour que la direction cède un pactole mirobolant de 20 milliards d’euros ! Un montant versé à un « fonds destiné aux diverses primes » pour le personnel constitué de 10.5% des profits générés par leur travail. Les salariés de ce groupe qui produit les puces électroniques dont la production augmente avec l’essor de l’intelligence artificielle toucheront donc potentiellement chacun une prime de plus de 250 000 euros en plus d’une augmentation des salaires de 6.2%. C’est une superbe victoire, même si l’on sait que tous les matins ne sont pas aussi calmes que la devise le prétend. En effet, les actionnaires peuvent se rebiffer, et des entourloupes peuvent être nombreuses.

Mais mon propos n’est pas sur l’accord, ni sur ses conséquences.
On nous bassine depuis des dizaines d’années, qu’il n’y a aucune autre solution que l’austérité. En France, cela fait plus de quarante ans que ça dure, autant dire une éternité ! Le patronat explique la larme à l’œil que revaloriser les salaires est dangereux pour l’emploi car la marge étant si tenue, si ridiculement basse, les licenciements pleuvraient comme à Gravelotte. Mais, les hausses de salaires dangereuses pour l’emploi ? Regardons ce qui se passe en ce moment chez Michelin : pour racheter des actions et verser des dividendes à hauteur de 3 milliards d’euros, le groupe pousse dehors 1500 salariés, des départs « volontaires ». C’est donc bien les actionnaires qui sont cause du chômage, pas les salaires !
211 milliards d’euros versés sans contrepartie au capital par l’Etat, c’est bien de notre argent dont il s’agit ! Sans contrôle !

Les contrôles eux sont réservés aux petits escrocs à la Sécurité sociale, au chômage qui détournent quelques centaines d’euros par ci par là, atteignant bon an mal an presque un milliard. Deux cents fois moins de ce qui est accordé au grand capital en toute légalité !

Dans la folie guerrière où le monde est conduit par les Poutine, les Netanyahou et Trump, les peuples sont les premières victimes ; il faut produire plus d’armes, plus d’engins de mort, pas question de financer la vie ! Pour financer un budget guerrier, le gouvernement déclare d’abord la guerre au peuple. Blocage des pensions, suppression de hausses de salaires, augmentation du temps de travail, diminution des charges et des cotisations tout cet arsenal n’a qu’une fonction : diminuer la rétribution de la force de travail [1] et augmenter la plus-value.

Alors regardons de plus près ce que recouvre l’accord coréen.

Il est dit dans l’accord chez Samsung que 10,5% des profits générés par le travail des salariés d’une branche industrielle représentent 20 milliards d’euros, c’est donc que les profits de ce secteur caracolent autour de 200 milliards d’euros. C’est l’expression d’une partie de la plus-value générée par l’exploitation ! Marx avait découvert ce mécanisme honteux de l’extorsion de la richesse produite par les ouvriers, les cadres, les techniciens de ces entreprises à haute performances en profitabilité.

Mais à qui sont destinées ces sommes astronomiques ? À financer les spéculateurs et les détenteurs d’actions. Ce sont les vautours qui sans rien faire de leurs dix doigts, engrangent des sommes colossales en exigeant toujours plus.
La récente situation de Stellantis est éclairante à cet égard. Pour satisfaire aux exigences de l’actionnariat, durant des années son patron, Carlos Tavares, a écrasé la masse salariale, (pas la sienne de 1 million par mois en 2025) a liquidé les investissements, a mégoté sur la qualité des automobiles, et patatras du jour au lendemain le vernis craque et l’entreprise frôle la faillite. À qui demande-t-on de faire des efforts ? Aux salariés qui ont déjà été pressurés. Licenciements, fermetures d’entreprise etc… Les victimes ne sont pas les coupables, les responsables de ces situations sont les profiteurs de plus-value, sont les actionnaires qui dorment sur leur matelas d’or.

Ainsi donc, on apprend que la classe ouvrière coréenne, comme toutes les classes ouvrières produit de la plus-value pour satisfaire aux appétits de la finance. Et en France ? Avec le bradage de pans entiers de notre industrie, les entreprises ayant une telle profitabilité sont rares. Mais le mécanisme de vol sur les salaires et la rétribution de la force de travail est en œuvre partout. Alors, chiche, on publie les chiffres, les vrais, ceux de ces sommes colossales qui ne servent en fait à rien qu’aller alimenter la spéculation boursière.

Au fait que disent de cette situation les députes RN, les maires RN, vous savez ceux qui prétendent défendre les petites gens ? Ils ne disent rien, au contraire partout, ils ferment les locaux syndicaux, les permanences politiques de gauche sont attaquées, et la mise au pas de l’oie est orchestrée. Ça non, ils ne sont pas prêts de parler de Marx et de la théorie de la valeur. Chut…

28 mai 2026

Notes :

[1Ce que le salarié vend à son employeur contre un salaire. Plus la rétribution de la force de travail est élevée moins la « marge » (les profits) l’est.


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