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Léo Taxil. La vie tumultueuse d’un mystificateur de génie
La critique de Rémi Boyer

Après Léo Taxil, le prince des fumistes de Robert Rossi, publié aux éditions La Tarente, voici un deuxième ouvrage sur cette personnalité complexe, devenue un maître de la mystification antimaçonnique.

Robert Rossi, historien avait produit un essai rigoureux basé sur sa thèse de doctorat d’Histoire contemporaine soutenue à l’Université d’Aix-Marseille en 2014. Joseph Vebret, journaliste, fait lui le choix du roman historique afin de nous plonger presque charnellement dans les temps agités traversés par Gabriel Jogand-Pagès (1854-1907), véritable nom de Taxil.

Avec brio, il nous fait découvrir les ressorts intérieurs et extérieurs de « l’affaire » et tout autant de la vie politique ou de la vie des loges maçonniques. Tantôt anticlérical, tantôt antimaçon, selon les circonstances et les réponses de ses publics, Léo Taxil possède un don réel pour induire le scandale à son bénéfice même si les situations finissent par lui échapper.

Tout commence au 16 rue Cadet, le 21 février 1881, quand Gabriel Jogand-Pagès, directeur de l’Anticlérical, est reçu Franc-maçon au sein d’un Grand Orient de France alors tout aussi anticlérical. Nous sommes dans les premières années de la Troisième République (1870-1940).

Joseph Vebret met en scène les conversions, mutations, glissements, souvent opportunistes, de Gabriel Jogand-Pagès et la construction d’un Léo Taxil, polémiste redoutable et assez insaisissable, jouissant de toutes les polémiques.

« Pour Léo Taxil, nous dit-il, s’engager dans la lutte contre la Franc-maçonnerie n’était ni un acte anodin ni une lubie, mais relevait d’une stratégie finement élaborée. Une démarche qui avait tous les avantages : se venger des Francs-maçons qui l’avait humilié en le jetant dehors, ridiculiser les républicains qui grossissaient les rangs de l’Ordre, et s’attirer très opportunément les bonnes grâces de l’Eglise. »

Les dialogues entre Taxil et des protagonistes divers, qui parsèment l’ouvrage, viennent renforcer la force des provocations et stratégies de Taxil. Toutefois, le contexte historique, politique et culturel, toujours bien dessiné par Joseph Vebret, restitue l’ambiance électrique et les tensions souvent exacerbées d’une époque très polarisée, qui n’est finalement pas si éloignée de la nôtre. Il évoque même une « apothéose de la fumisterie ».

Si Léo Taxil fut un navigateur remarquable sur le fleuve trouble des rumeurs, il fut aussi le symptôme de sociétés décomposées. Intelligent, Léo Taxil « aurait très bien pu devenir ministre » écrira Henri Rochefort dans L’intransigeant au moment de la disparition de Taxil dans l’indifférence générale.

Le mode d’écriture choisi par Joseph Vebret nous permet de saisir des mécanismes psychologiques toxiques toujours à l’œuvre aujourd’hui. Les mystifications se multiplient et suivre Léo Taxil au plus près est une bonne manière d’apprendre comment les combattre.

L’ouvrage bénéficie d’un cahier d’illustrations noir & blanc ou couleur de belle qualité.

Léo Taxil. La vie tumultueuse d’un mystificateur de génie. Joseph Vebret
Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France – http://www.dervy-medicis.fr/


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