« Je ne pense pas que la musique soit élitiste. Elle est accessible à tous et à toutes.....Il suffit de se faire ce silence intérieur, qui rend disponible à la musique, à la beauté. C’est ce même silence qui rend disponible à l’amitié, à l’amour, à la vie. » Marianne Piketty, violoniste.
En ces temps déraisonnables, que la lecture de cette aventure humaine, culturelle et pédagogique relatée de manière sensible et éclairante par Bernard Delattre, est réconfortante.
A l’origine il y a la création de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines à la fin des années soixante à l’initiative du général de Gaulle avec Georges Pompidou.
D’autres villes nouvelles ont vu le jour à la même période dans la région parisienne, Marne-la-Vallée, Cergy-Pontoise, Evry, Melun-Sénart.
Ces villes nouvelles ont attiré de nouveaux habitants, pour une bonne part venus de Paris ou de la proche banlieue. Il s’agissait majoritairement de couples avec enfants. L’habitat neuf était accessible, des infrastructures étaient créées (transports, commerces, écoles, Maisons pour tous..), des entreprises se sont installées mais la nature restait proche, à portée de promenade.
Ces nouveaux premiers habitants avaient des habitudes culturelles et ont de ce fait largement participé à la création et au développement d’associations. En particulier ils se sont d’emblée investis comme parents d’élèves dans les écoles.
Hervé Farge et sa famille arrivés en 1975 à Saint Quentin en Yvelines ont été parmi les pionniers de cette aventure. D’abord au travers de l’Hasa, association pour gérer les activités extrascolaires, puis en adhérant à l’association pour la promotion de l’activité socio culturelle, enfin en rencontrant l’Association pour la promotion de la musique à Saint Quentin en Yvelines, l’APMSQ. L’objet de cette association, créée par Monsieur et Madame Espié en 1991, était la promotion de la musique classique, notamment auprès des jeunes et ce, au travers de concerts.
C’est en 2001 qu’Hervé Farge a pris la direction de cette association après la démission de son prédécesseur.
Mais c’est en travaillant directement avec le milieu scolaire que l’aventure de l’APMSQ a acquis une autre dimension. Pour ce faire, Hervé Farge, les enseignants et les conseillers pédagogiques spécialisés, ont élaboré un projet dont l’idée maîtresse était de mettre les enfants sur scène. Un exemple existait à Lille. Comme pour tout projet, un partenariat avec les autorités locales était indispensable. Les élus ont été partants. Le fait que le maire de Trappes de l’époque soit le père de Thierry Malandain, grand chorégraphe, a sans doute facilité les choses.
Et à partir de 2003 chaque fin d’année un spectacle, associant les élèves des écoles et collèges et des musiciens professionnels, a eu lieu. Bien sûr ceci implique un travail régulier en amont dans les écoles. Chaque semaine de l’année scolaire les enfants répètent les airs d’opéra qu’ils interprèteront sur scène. Car il s’agit bien d’opéras, style exigeant et considéré comme élitiste, auxquels le choeur s’attaque. Certains de ces opéras ont été conçus et écrits spécialement pour ces jeunes interprètes.
Des projets de telle nature ne sont pas exceptionnels, mais ce qui l’est, c’est que l’expérience débutée en 2002 se poursuive jusqu’à maintenant , et qu’elle ait pris davantage d’ampleur au fil des années.
En effet dès 2011 une école de chant choral a été créée et permet à certains enfants motivés de développer leur pratique en dehors du temps scolaire. Cette Maîtrise de Trappes qui comporte une trentaine d’enfants s’est produite jusqu’à Paris à la cité de la Musique et à l’Opéra de Versailles ! Un film documentaire a aussi été réalisé et les enfants s’y sont exprimé. Quelle fierté ce doit être pour eux et leur famille.
Bien évidemment ce travail a un retentissement sur le comportement des enfants et sur leurs résultats scolaires.
Dans une ville nouvelle dont l’évolution sociologique n’est pas exempte de problèmes (plusieurs quartiers sensibles, certaines écoles et collèges en zone prioritaire) , l’intégration des enfants de toute origine ethnique et sociale s’en est trouvée facilitée et par conséquent celle de leurs parents, heureux d’applaudir leurs enfants dans des spectacles de culture très éloignée de la leur.
Cette réussite - car c’en est une - est mise en avant par tous les témoignages des élus, des enseignants, des acteurs sociaux de terrain, des musiciens intervenants, et de jeunes gens qui ont bénéficié de ces expériences au cours de leur scolarité et poursuivent la pratique du chant choral.
Ainsi que l’indique Michaël Sanchez conseiller pédagogique spécialisé en éducation musicale, celle ci repose sur plusieurs piliers « la pratique, la rencontre avec des musiciens , la rencontre avec notre patrimoine culturel, la connaissance culturelle et musicale. » Tout y est dans cette magnifique aventure.
Bernard Delattre nous a conté celle ci de façon précise, n’omettant pas les difficultés des débuts, valorisant dans ses interviews les différents acteurs impliqués :Hervé Farge le Président et initiateur du premier projet, mais aussi des artistes (musiciens, metteurs en scène, compositeurs), des élus, des enseignants, une ancienne ministre, le documentariste Alain Ricco, et surtout des enfants et des jeunes qui expriment le bénéfice durable qu’ils en ont tiré.
L’ouvrage comporte de nombreuses photos, la plupart de Bernard Delattre, et devrait ravir tous ceux qui, à un titre ou un autre, ont fait un bout de chemin avec l’APMSQ. Nul doute que les enfants devenus adultes conserveront soigneusement ce livre et le montreront, le temps venu, à leurs propres enfants.
Ce reportage détaillé, extrêmement vivant, grâce à la plume et l’oeil photographique de l’auteur, nous montre qu’une éducation musicale de haut niveau est à la portée de tous les jeunes publics et contribue à leur bon épanouissement scolaire et social. Puisse cette démarche se développer dans le pays tout entier !
Janine Delorme
A Saint-Quentin-en-Yvelines. Les écoliers chantent l’opéra sur scène. Bernard Delattre, édition Glyphe, 22 euros.