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" Le but c’est le chemin " (Goethe)
La réponse de Valère Staraselski au "Résurrection du communisme" d’Alain Badiou

Dans un texte paru dans Les Lettres françaises, Alain Badiou annonce la parution de Résurrection du communisme. Le propos y est essentiel.

Concernant 1793, Badiou écrit très justement que les exécuteurs de Robespierre et de Saint Just "veulent la corruption". Et il ajoute : "ils veulent que soit admise comme normal une bonne dose d’enrichissement personnel, d’agiotage et de prévarication. Contre la dictature révolutionnaire, ils veulent "la liberté", ce qui veut dire le droit de faire des affaires et de mêler ces affaires à celles de l’Etat. Ils s’élèvent donc aussi bien contre la répression "terroriste" et "liberticide" des combines louches que contre l’obligation vertueuse d’avoir à ne considérer que le bien public". Dont acte, il résume parfaitement la situation. Et si je partage avec lui également l’idée que l’alternative, en termes politique et de civilisation, est bel et bien le communisme, je pense pour ma part qu’il s’agit de non pas nous y préparer, comme il le dit, mais d’y travailler d’ores et déjà. Car peut-on résumer la "véritable essence" de la démocratie à la seule corruption ? Même si cela, depuis la Révolution, y ressemble par moments et aujourd’hui, en particulier, fortement ! Cela voudrait tout simplement dire qu’il ne sert à rien d’agir, de penser ici et maintenant pour gagner du communisme, comme nos aînés ont su le faire avec la Sécurité sociale par exemple, les services publics etc… sans remonter aux luttes du 19e siècle.

" L’enjeu n’est-il pas de travailler à rassembler autour de projets unificateurs, si minimes soient-ils, pour le bien commun ? "

Est-on bien sûr que "la faiblesse des communistes voire l’annonce de leur disparition" aient résidé dans l’abandon de la dictature du prolétariat ? Là où la politique recule, la barbarie avance. Nous le vivons aujourd’hui. L’enjeu n’est-il pas de travailler à rassembler autour de projets unificateurs, si minimes soient-ils, pour le bien commun ? Ce que désigne, par exemple, Roger Martelli dans son dernier ouvrage [1]. N’est-il pas temps de renouer avec notre histoire en employant plutôt le terme avancée que acquis ? D’envisager où et comment il est possible de gagner des positions pour le bien commun plutôt que de se cantonner dans l’incantation en lieu et place de projets politiques concrets ? Préférant la réinvention à la résurrection, je ne crois pas au fait de pouvoir se passer de l’intervention démocratique des premiers intéressés eux-mêmes ! Cela étant, nous voyons bien que l’espèce de vérole financière nous entraîne, chaque jour, un peu plus vers la catastrophe. N’y a-t-il pas, d’une part, une mauvaise appréciation voire une méconnaissance de l’apport réel du communisme au 20e siècle ? Je renvoie illico aux ouvrages de Domenico Losurdo notamment Fuir l’histoire ? et à sa Contre-histoire du libéralisme [2]. Et d’autre part, pour notre époque, aux ouvrages de Dany Robert Dufour, particulièrement L’individu qui vient après le libéralisme [3]où il montre comment la gauche notamment radicale est piégée par l’idéologie libertaire qui ouvre grand la voie au Marché tout puissant. Ce qui expliquerait, pour partie, le décrochage des couches populaires par rapport à cette même gauche. Souvenons-nous que pour imposer l’idéologie chrétienne, contenue dans le message des évangiles, véritable révolution en leur temps (et pour peu qu’on les relise, encore aujourd’hui), Jésus a chassé les marchands du temple. Il s’agit moins d’éliminer le Marché que de le remettre à sa place.

Aragon écrivait : "La question fondamentale n’est pas le pourquoi ni le pour qui mais le comment"

Toute idée volontariste pour ne pas dire aristocratique voire idéaliste du communisme, même véhiculée par un philosophe brillant et qu’on pourrait croire seul sur ces questions, me parait être pour le moins narcissiquement intéressante mais objectivement inopérante. Le communisme ne doit pas être une valeur refuge. Comme disait Goethe : "Le but, c’est le chemin". Désignant le travail de l’écrivain et s’adressant aux militants communistes, Aragon écrivait, lui dans son ultime roman : "La question fondamentale n’est pas le pourquoi ni le pour qui mais le comment".

A lire également sur le site, sur la pensée d’Alain Badiou :
-  Le communisme hypothétique d’Alain Badiou, par Aymeric Monville
-  Dans la caverne d’Alain Badiou, extraits d’un article d’Evelyne Pieiller.
-  Alain Badiou, ou le communisme comme valeur refuge, par Eric Le Lann
-  Contre un communisme aristocratique, par Léo Coutellec

Notes :

[1] La Bataille des mondes, François Bourin, 2013,Roger Martelli.

[2] Fuir l’histoire ? Delga 2007 et Contre-histoire du libéralisme, Domenico Losurdo, La découverte 2013.

[3] Denoel, 2011


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