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"Mineurs de charbon à Auschwitz", le dernier livre de Christian Langeois
La critique de Philippe Pivion

L’entrée d’Auschwitz I est universellement connue : « Arbeit macht frei », celle d’Auschwitz Birkenau le camp II tout autant, avec cette voie ferrée passant sous un bâtiment de garde, la porte de la mort. Christian Langeois nous conduit dans le camp de Jawischowitz, une annexe d’Auschwitz. Il y en a plus de quarante. Adossés au site d’extermination, ces sites secondaires sont des lieux de surexploitation. Les esclaves constituent une force de travail qu’il faut utiliser jusqu’à la mort afin de soutenir l’effort de guerre. Ces camps sont des usines liées à l’industrie de guerre. Jawischowitz est une mine de charbon dont les mineurs sont soit des Polonais non déportés recrutés pour la taille, soit des déportés qui vont se côtoyer à 400 mètres sous terre. Un de ceux-ci est Henri Krasucki dont Langeois a livré une belle biographie. L’auteur ne décrit pas les horreurs. Il nous livre les citations de 47 témoins qui avec des phrases sobres, des mots simples donnent leur vision de ce camp, leur vie, leurs souffrances, les solidarités et les espoirs. Il n’y a ni voyeurisme, ni affliction, mais une description efficace et lucide de ces lieux de mort où chaque heure gagnée est une victoire.

Ces usines de la mort sont au service d’entreprises de l’Allemagne nazie. L’exploitation n’a plus aucune limite et le patronat payera une poignée de marks pour l’utilisation de chaque tête. Le camp de Jawischowitz dépendra de la Reischwerke Hermann Göring qui rassemble les groupes aryanisés allemands, tchèques ou autrichiens pour en faire un trust d’état. Ce groupe se concentre sur la production d’acier, donc de charbon, dans une compétition effrénée avec les Krupp et consorts afin d’abaisser les coûts de production. Langeois nous conduit avec méthode depuis les camps français, ceux de Pithiviers, de Beaune la Rolande, mettant le doigt où cela fait mal ! La France sera le seul pays où la police se chargera pour une grosse part des déportations. Au fil des pages il démontre les rapports humains indispensables à la survie. Des témoins soulignent l’antisémitisme de Polonais, mais mettent aussi l’accent sur leurs élans de solidarité, par exemple ces petits morceaux de pain enduits de graisse d’oie, qui permettront à certains de ne pas franchir la lisière de la mort par épuisement et dénutrition.

Langeois convoque sa rigueur de militant syndical et politique pour un ouvrage historique, au sens où il ne traduit pas, mais cite, il n’interprète pas, mais puise dans les sources, ne remplit pas des blancs, car la mémoire de certains aspects est perdue, mais dit « on ne sait pas ». Son livre, ancré dans l’Humain, est comme un cri pour son émancipation.

Mineurs de charbon à Auschwitz, Christian Langeois. Editions Cherche-Midi, 260 pages, 17 euros

Texte paru dans L’Humanité du 21 novembre 2014.

A lire également sur le site sur les autres ouvrages de Christian Langeois :

-  Sur le livre Marguerite Buffard, l’engagement total, les articles de Rafael Prizac et d’Igor Martinache.
-  Sur la biographie d’Henri Krasucki : un entretien avec Christian Langeois


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