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Commémoration unique, foutoir idéologique.
Philippe Pivion revient sur la commémoration du 11 novembre

Est-ce de la part du gouvernement un nouveau renoncement ? La question mérite d’être posée avec la commémoration unique, les 11 novembre, de toutes les guerres, y compris les coloniales, commémoration unique léguée par Nicolas Sarkozy lui-même [1].

Après le renoncement à la modification du Traité de stabilité et de gouvernance européen, et, pour son application, après que les rapaces se soient métamorphosés en pigeons afin de mieux plumer la volaille populaire, après que le gouvernement de monsieur Ayrault eut proposé d’appliquer une hausse de la TVA, débaptisée sociale, alors que l’on constate que les grand patrons, Parisot en tête, paraissent plus entendus que les salariés sur lesquels retombent l’essentiel des nouveaux efforts, après donc tout cela au plan économique et social, on pouvait croire qu’au moins la bataille idéologique serait conduite contre les années Sarkozy.

Eh bien non ! Pourtant la commémoration des guerres, le devoir de mémoire et d’histoire n’allaient pas foutre par terre les pathétiques, car inefficaces, mesures visant à réduire le déficit public. Non, et si les différences s’estompent à ce point entre socialistes et droite de plus en plus à droite, n’est-ce pas le symptôme de l’aboutissement parfait de l’alternance ? On change les femmes et hommes aux manettes, la conduite sera plus souple, mais la pelleteuse continue de détruire l’identité, la particularité de notre pays pour le fondre dans le creuset magmatique d’une Europe libérale elle-même calquée sur les États-Unis, ce dont témoigne justement la transformation du 11 novembre sur le modèle du Memorial Day.

Ce renoncement à identifier les conflits pour mieux honorer toutes les victimes, me fait irrésistiblement penser à l’entre-deux guerres, quand les comités France-Allemagne, affirmaient lutter pour l’amitié entre les peuples en partant en délégation applaudir aux discours haineux d’Hitler à Nuremberg. Les Luchaire, Drieu la Rochelle, de Brinon et autres, entourloupaient le populo en masquant les crimes passés et à venir au nom de la réconciliation.

Le pacifisme sur lequel l’avenir de l’humanité doit fonder ses espoirs ne peut se construire que dans l’apprentissage des mobiles et des raisons qui conduisirent aux guerres. Il ne viendrait à l’idée de personne, espérons-le, de mettre sur un pied d’égalité les morts français de la Waffen SS et ceux de la 2 ème Division Blindée. Les uns au nom de l’État Français et les autres au nom d’un rétablissement républicain sont bien des morts, mais pas pour la même France. Certes les cendres des morts au combat sont les mêmes, mais les causes dans lesquelles les militaires s’engagent, ou sont engagés, ne sauraient être mêlées indifféremment. A poursuivre dans une telle voie on finirait par assimiler les coupables et leurs victimes !

Ainsi donc, en entérinant la volonté de Sarkozy, notre président met le doigt dans l’engrenage de l’oubli par la confusion. La régression mémorielle est l’apanage de la réaction, de ceux qui veulent nier leurs responsabilités dans les tragédies du vingtième siècle. On ne peut se dire de gauche et engendrer de fait la confusion entre guerres coloniales et guerres de libérations, entre forces d’occupation et forces d’émancipation. L’histoire ne se répète pas, elle s’impose dans une invention permanente, s’enracine dans des réalités multiples, qu’il est dangereux d’effacer. La France doit rester une terre d’immémoriaux, une terre où la résistance à l’acculturation doit vivre.

Philippe Pivion est romancier. Dernier ouvrage paru : Dès lors ce fut le feu, éditions Cherche-Midi. Voir la critique.

Notes :

[1] Lire à ce sujet l’article "Oublier le souvenir ?"


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