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Dès lors ce fut le feu, de Philippe Pivion
La critique de Gérard Thomas

"La guerre d’Espagne dans les bottes des infiltrés franquistes"

Pivion est un sympathique récidiviste. Il s’était illustré l’an dernier avec le Complot de l’ordre noir, une biographie romancée des derniers mois de la vie de Louis Barthou, ministre des Affaires étrangères sous la IIIe République, conscient de la faiblesse des démocraties face à la montée du nazisme et assassiné en 1934. Il s’attaque aujourd’hui à la guerre d’Espagne avec les mêmes armes : un délicieux cocktail historique pimenté d’une approche romanesque et d’un fort zeste d’engagement.

En novembre 1936, à l’heure où les troupes nationalistes de Franco appuyées par l’Italie de Mussolini et l’Allemagne hitlérienne entament la bataille de Madrid, les Brigades internationales se lancent dans la résistance aux côtés des républicains espagnols. En banlieue parisienne, les militants communistes, mais aussi tout un peuple de chômeurs et d’aventuriers attirés par une hypothétique solde, se portent volontaires pour défendre la révolution assiégée.

Contre-nature. Victor de l’Espaing, jeune homme de bonne famille forgé aux idées d’un père royaliste qui pense que « les malheurs » qui s’abattent sur la France (le gouvernement du Front populaire) viennent de la République et des juifs, est recruté par l’extrême droite pour s’en aller batailler avec les nationalistes. Mais alors qu’il espère en découdre avec « les bolcheviques et les anarchistes », on lui ordonne de les infiltrer, de prendre sa carte du parti, de lire l’Humanité (« ce torchon »), de chanter l’Internationale et de se battre dans leurs rangs. Tout en répondant présent lorsque son chef, le cagoulard Henri Dupré, un spécialiste des opérations d’infiltration qui a réussi à gruger les républicains et à se faire nommer responsable de leur approvisionnement, le contacte pour lui confier des missions de sabotage. Après de rapides classes à Albacete où Victor se lie d’une amitié contre-nature avec Karl Steinbach, un « rouge » juif et réfugié politique, c’est la montée au front.

Près de ses camarades de combat, Victor découvre l’horreur des corps à corps à la baïonnette, l’impuissance sous le feu des avions franquistes, la désillusion et l’amertume des brigadistes aux prises avec un encadrement souvent inexistant face à des adversaires bien armés et disciplinés. Et la pulpeuse Dolorès, militante communiste engagée comme infirmière, finit par mettre à mal ses plus farouches certitudes. « D’ailleurs, tous mes personnages vivent l’inverse de leurs convictions », souligne Philippe Pivion. Cette plongée dans la boucherie espagnole est régulièrement ponctuée d’incursions sous les ors des ambassades étrangères, partagées entre le soutien proclamé au gouvernement légitime et leurs contacts plus ou moins bienveillants avec les insurgés nationalistes installés à Burgos.

Archives. Les personnages historiques comme le sinistre Dupré (qui sera fusillé en 1952), Pierre George (le futur colonel Fabien de la Résistance), Ricardo Reyes - alias Pablo Neruda -, consul du Chili en Espagne qui sera rappelé par son gouvernement pour avoir pris parti pour les républicains, cohabitent avec vraisemblance aux côtés de personnages inventés comme Victor ou Dolorès. Livre d’histoire ou roman de fiction ? « Tout est vrai sauf l’histoire d’amour », affirme l’auteur qui se plonge de longs mois dans les journaux d’époque et épluche les archives des ambassades, du Quai d’Orsay ou des Colonies avant de se mettre à la rédaction. Son style épuré mais magnétique conjugué à une solide connaissance de l’histoire du Parti communiste n’ont plus qu’à opérer.

Article publié dans le cahier Livres de Libération du 6 septembre 2012 sous le titre "Sous le feu ami"

http://www.liberation.fr/livres/2012/09/05/sous-le-feu-ami_844218


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