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Le PS, les Verts et l’usine de La Hague
Par Sylvestre Huet

Comment se sortir du pataquès nucléaire ? Le PS et les Verts viennent de nous offrir un joli sketch politique.

Après avoir retiré le paragraphe concernant le retraitement du cycle nucléaire de leur accord, les deux partenaires viennent de le ré-introduire, tel quel mais affublé d’une "explication de texte" qui signifie clairement qu’ils avaient délibérement cherché au départ une formulation tellement ambigüe qu’elle pouvait être interprétée de manières radicalement différentes.

Ainsi, si l’on en croit François Hollande : le retraitement du combustible nucléaire usé et la fabrication de MOX avec le plutonium qui en est extrait vont continuer... au rythme des besoins des centrales. Un besoin qui peut évoluer à la baisse, mais aussi à la hausse : un seul EPR peut consommer autant de MOX que 5 réacteurs de 900 MW (ceux qui sont moxés aujourd’hui). Bref, comme maintenant. Il est contre la sortie du nucléaire, il est pour l’EPR, il veut seulement réduire la part du nucléaire à 50% de l’électricité en 2025... sans d’ailleurs dire sur quelle volume, alors que la consommation d’électricité augmente entre 1 et 2% par an.

Voici leur communiqué commun qui se veut explication de texte :

« L’accord que nous avons négocié au nom du Parti socialiste et de Europe Ecologie Les Verts stipule que « nous renforcerons les garanties de sûreté du parc nucléaire français et engagerons une reconversion à emploi constant de la filière de retraitement de la fabrication du MOX, et des moyens de stockage des différents types de déchets, notamment du laboratoire de BURE en centres d’excellence du traitement des déchets et du démantèlement. »

Des interprétations divergentes ont été données sur l’avenir des filières de retraitement des déchets nucléaires et de fabrication des combustibles nucléaires dont le MOX, au cours des cinq prochaines années. Il nous paraît donc nécessaire d’en rappeler le sens.

Il est prévu dans l’accord, que la part du nucléaire dans la production d’électricité en France passera à l’horizon 2025 de 75% à 50 %. En conséquence et concomitamment avec cette diminution, la quantité de combustible nécessaire à l’approvisionnement des centrales en activité sur notre territoire, ainsi que les besoins de retraitement de ces combustibles se poursuivront mais diminueront. C’est pourquoi il est prévu d’accompagner cette évolution progressive, d’un plan de reconversion permettant de maintenir le nombre d’emplois, par la mise en oeuvre de centres d’excellence du traitement des déchets et du démantèlement.

Au cours de la prochaine législature, les activités dans les filières concernées de retraitement et de production de combustible avec les emplois afférents seront maintenus dans les deux sites de production, La Hague et Marcoule.

Tel est la lettre et l’esprit de l’accord que nous avons conclu. Toute autre interprétation ne saurait prévaloir. »

Autrement dit, les Verts auraient eu tort "d’interpréter" leur accord avec le PS comme la fin du retraitement des combustibles nucléaires et l’arrêt de l’usine de La Hague ? C’est un peu gros. Mais après tout, si les alliés du PS acceptent de jouer ce rôle, c’est leur affaire. Il est plus probable que l’histoire soit différente : les négociations ont commencé sous la direction de Martine Aubry, qui avait rallié la position des Verts sur une sortie du nucléaire qui pouvait justifier l’arrêt du retraitement des combustibles usés, puis elles se sont terminées alors que Hollande imposait son point de vue sur le sujet... mais sans que ses négociateurs en maîtrisent la formulation dans le cadre d’un deal avec ceux d’EELV. Tout cela fait un peu amateur. Mais correspond à une réalité : au PS, comme dans d’autres partis, la politique énergétique et nucléaire est déléguée à quelques spécialistes, et lorsqu’ils ne sont pas là, cela tourne à la bouillie pour les chats.

Ainsi la phrase qui lie la diminution du pourcentage de nucléaire et celle du retraitement des combustibles usés comme s’il s’agissait d’une relation mécanique et obligatoire est une contre vérité. Il est parfaitement possible, techniquement, de ne faire fonctionner les centrales qu’avec du combustible fabriqué uniquement avec de l’uranium "frais", et à l’inverse d’augmenter la fabrication et l’utilisation de Mox pour un même nombre de réacteurs. La vraie question est celle de la gestion des déchets : veut-on ou non séparer les produits de fissions très radioactifs (90% de la radioactivité au sortir du réacteur) et les mettre à part dans les verres ou veut-on se retrouver avec des milliers de tonnes de combustibles usés à stocker tels quels ?

17 novembre 2011

Article publié sur le blog sciences.blogs.liberation.fr

Voir notamment un autre article sur la question du retraitement des déchets. à La Hague.

A signaler enfin sur les enjeux énergétiques une note de Denis Cohen publiée par la Fondation Gabriel Péri : "Nucléaire : débattre avant de décider".


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