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Nucléaire : débattre avant de décider
Une note de Denis Cohen publiée par la Fondation Gabriel Péri

Introduction

Aujourd’hui, l’énergie est un produit de première nécessité. Sans l’énergie, que serait en effet l’accès aux droits fondamentaux ? Ainsi, l’accès aux soins : il faut bien produire et réfrigérer les médicaments et pas un hôpital ou centre de santé ne peut fonctionner sans électricité. Ainsi, la mobilité elle-même, impensable sans consommation d’énergie, est la condition de l’accès à nombre de droits, à l’emploi et à la formation par exemple. Ainsi, des conditions normales d’existence sont impensables sans l’accès à l’électricité, au chauffage. Bref, être un homme parmi les hommes implique l’accès à l’énergie.

Tel est le sens que je donne au droit à l’énergie, un droit à la fois individuel et social, que je ne conçois pas comme un droit à un usage illimité, déraisonnable, usage inhérent à cette société inégalitaire. Garantir ce droit tout en tenant compte des impératifs écologiques doit être l’objectif d’une politique énergétique.

Et ce qui est vrai en France l’est à l’échelle du monde : qu’on le veuille ou non, il n’y aura pas de droit au développement sans une énergie abondante, de qualité, au meilleur coût. Or, deux milliards d’êtres humains n’ont accès à l’énergie qu’au travers du bois de chauffe, qui est en outre souvent facteur de déforestation. C’est précisément à ce moment-là que nous assistons à l’épuisement de ressources naturelles comme le pétrole et le gaz, épuisement proche puisqu’il se situe à l’échelle d’une vie humaine et que les impacts écologiques et climatiques de l’exploitation des combustibles fossiles deviennent irréversibles.

Il faut savoir encore que la consommation des ressources naturelles des quarante dernières années dépasse celle cumulée par toutes les générations qui ont vécu depuis les origines de l’homme. Enfin, l’accident de Fukushima au Japon relance le débat public sur les risques liés à l’énergie nucléaire en même temps que sa pertinence.

Il est donc évident que nous sommes à l’heure des choix.

Des solutions existent. Elles ne sont pas simples. Elles nécessitent créativité et novation politique et sont, de fait, l’un des enjeux des élections en 2012.

Des besoins énergétiques en croissance

La problématique de l’énergie conditionne celle du développement.

La forte croissance que connaissent l’Asie, en particulier la Chine, l’Inde, comme l’Amérique latine, va bouleverser la donne en matière d’énergie. A l’évidence, elle influencera fortement la consommation énergétique à long terme.

De plus, la poursuite de la croissance démographique est l’une des tendances lourdes des prochaines décennies ; la population pourrait passer de 6,8 milliards aujourd’hui à 8,4 ou 9,1 milliards en 2050. Cette expansion démographique émergera principalement des pays d’Afrique et d’Asie du sud.

D’une façon ou d’une autre, les besoins énergétiques de cette population supplémentaire devront être satisfaits. Même s’ils l’étaient aussi imparfaitement qu’aujourd’hui, la consommation devrait augmenter de 2 Gigatep d’ici 2020 (à vérifier). D’une part aucun pays en développement n’accepterait que sa croissance démographique ne s’accompagne pas d’une croissance économique. D’autre part, l’élévation du produit intérieur brut par habitant ne peut s’imaginer sans augmentation des besoins en énergie, indispensables à toute production de biens matériels et de services. Outre cela, l’augmentation de la production des richesses s’accompagne d’une aspiration au confort et crée donc de nouveaux besoins énergétiques.

Cette situation nouvelle appelle à dépasser les limites géostratégiques posées par la répartition inégale des ressources dans les différentes régions du monde et à maîtriser les coûts de toute nature pour rendre l’énergie disponible pour tous.

Cela peut paraître une évidence, mais le droit à l’énergie nécessite d’abord que celle-ci soit en quantité suffisante, que son accès soit possible, que son coût en permette l’usage et que sa qualité soit acceptable.

Si on parle plus volontiers de droit à l’énergie dans les pays défavorisés, ce besoin s’exprime aussi dans les pays industriels. En France, les conséquences sociales de la crise qui frappe des milliers de familles conduisent à l’explosion du nombre de coupures pour impayés et à la montée vertigineuse de la précarité énergétique.

Le rapport de Philippe Pelletier propose une définition de la précarité énergétique résultant de trois facteurs : la faiblesse des revenus, la mauvaise qualité thermique des logements occupés, la difficulté de s’acquitter des factures d’énergie. Est en précarité énergétique une personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières nécessaires à la satisfaction de ses besoins énergétiques élémentaires en raison notamment de l’inadaptation de ses ressources et de ses conditions d’habitat. Ainsi, aujourd’hui environ 3,4 millions de ménages dépensent plus de 10 % de leurs revenus à régler leur facture d’énergie, ce qui les place en situation de précarité énergétique. 87 % d’entre eux vivent dans le parc locatif privé et 70 % appartiennent à la population percevant les plus bas revenus.

L’énergie est aussi un droit essentiel. Le droit à l’électricité est porteur d’une caractéristique spécifique : il déclenche l’accès à d’autres droits. Il peut consolider le droit à l’éducation en augmentant la possibilité du temps de veille, ouvrir le droit à la santé en permettant la réfrigération des médicaments, la radiographie, les analyses médicales, etc… Il peut favoriser le droit à la culture et à la communication par la radio, la télévision, la téléphonie. Il ouvre le droit au transport. Il permet le développement des forces productives, que ce soit avec l’utilisation d’une perceuse, d’un tour ou de milliers d’autres types de machines.

La conscience des risques climatiques grandit et avec elle s’ouvre une réflexion sur le type de développement

A l’échelle géologique, le climat terrestre a toujours varié. On a trouvé sous l’équateur des conglomérats glaciaires. Il y a 9000 ans, le Sahara était vert. Il y a des millions d’années, la terre était bien plus chaude qu’aujourd’hui. Il y avait quatre fois plus de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère et pas de calotte glaciaire. Cela est dû à plusieurs facteurs, dont l’excentricité de l’orbite terrestre (distance entre la terre et le soleil), l’axe de rotation de la terre etc…

La compréhension du mécanisme de l’effet de serre est fondamentale. Les rayons solaires sont absorbés par l’atmosphère et renvoyés en partie vers l’extérieur. Les rayons infrarouges de la terre sont retenus à 95 % par l’atmosphère.

Sans ce mécanisme, la température moyenne de la terre serait de - 18°C et nous sommes à plus de 15 °C. La vapeur d’eau des nuages (55 %) et des gaz (28 %) sont responsables de ces faits.

Charles David Keeling constatait en 1958, à 3400 mètres d’altitude sur la station d’Hawaï, que la concentration en CO2 augmentait au fil des ans. Et le CO2 figure parmi les gaz qui maintiennent captif une partie du rayonnement solaire. Ce chercheur a considéré que cette augmentation est due à l’activité humaine, du fait de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) mais également à la déforestation. Il restait à le démontrer.

En 1965, dans l’Antarctique, en Terre Adélie, des chercheurs placèrent dans un verre de Whisky des glaçons venant d’une carotte glaciaire profonde. Or, la glace des profondeurs, qui est très compressée, pétille de petites bulles. Claude Lorius pensa que cette glace pourrait contenir les archives de l’atmosphère. Toute une histoire des climats allait alors se développer et se perfectionner.

De la sorte, avec différentes méthodes, on peut observer le passé du climat sur des centaines de milliers d’années. Ainsi, on a démontré que sur les 420 000 dernières années, les concentrations de gaz à effet de serre, le CO2 en particulier, sont corrélées à la température de l’Antarctique.

Depuis 1988, les travaux du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) s’inscrivent dans cette recherche. Tout concorde : en 150 ans environ, le CO2 a augmenté de 30 % et le méthane de 145 %, ce qui correspond à un rythme de milliers de fois plus important que celui des temps géologiques.

Le résultat est qu’on observe une augmentation rapide de la température sur la Terre. Une augmentation entre 2 et 6°C aurait de terribles conséquences : fonte des glaces, acidification de la mer, augmentation du niveau des océans par dilatation, avec pour conséquences inondations et migration des populations, sécheresse, maladies, bouleversement des éco-systèmes, destruction de la biodiversité. Si ces impacts seront différents selon les régions du globe, on sait que ce sont les pays les plus pauvres d’Afrique et d’Asie du Sud qui auront le plus de difficultés, une situation déjà dégradée s’aggravant ainsi.

Autres données à garder à l’esprit, les inégalités d’émissions : une production de 24 tonnes de CO2 par an et par habitant aux USA contre 12 tonnes en Europe et 1 tonne en Afrique ! Les écarts sont bien entendu encore plus importants si l’on prend en considération les émissions cumulées.

Il y a nécessité absolue d’agir. Et urgence, car la situation est des plus sérieuses. Depuis 140 ans l’augmentation de la température a été de 0,7 °C à 0,8°C. On sait que le CO2 supplémentaire provient de l’utilisation des énergies fossiles. Ces émissions ont atteint un niveau record en 2010 (+ 5% et 30,6 milliards de tonnes). Les scientifiques estiment qu’il ne faut pas dépasser notre température de plus de 2°C au risque d’aller vers une crise climatique majeure. Et, d’ores et déjà, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) estime que cet objectif est devenu inatteignable ! On ne peut qu’être inquiet pour le prochain sommet de Durban fin 2011 sur la lutte contre le réchauffement climatique ! Car, c’est peu de le dire, le protocole de Kyoto n’a pas été vraiment mis en œuvre. Et, lorsqu’il s’est agi de le prolonger et de le renforcer, lors du sommet de Copenhague, comme l’a relevé avec pertinence Hervé Kempf, spécialiste des questions écologiques au Monde, « l’Europe s’est de facto alignée sur les Etats-Unis, elle n’a pas insisté pour que soit mentionné dans l’accord de Copenhague le protocole de Kyoto ». Concernant le processus lui-même, un responsable de la FSU en relevait, toujours au lendemain de Copenhague dans une tribune publiée dans l’Humanité, une faiblesse essentielle : « aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect des engagements ».

La conclusion s’impose : il faut en priorité réduire l’émission des gaz à effet de serre par la diminution rapide de l’utilisation des énergies fossiles, en priorité le pétrole et le gaz, compte tenu de la menace d’épuisement de ces ressources. Au niveau mondial, c’est une réduction moyenne d’un facteur 2 qu’il faut atteindre d’ici 2050 et pour les pays industrialisés et riches d’un facteur 4. Mais pour y parvenir, il faut impérativement cerner l’obstacle à surmonter. La loi de l’offre et de la demande sur le marché des diverses ressources énergétiques, dans le cadre de la recherche de la rentabilité maximale à court terme et à moindre risque pour les capitaux, conduit à écrémer les ressources naturelles les plus aisément exploitables en fonction du développement technique.

Depuis la révolution industrielle, notre situation sociale et économique repose sur un système énergétique de déstockage massif des énergies fossiles. Ce capital énergétique, issu de plusieurs milliards d’années d’évolution géologique, touche aujourd’hui à sa fin. Indubitablement, son utilisation a permis la création de richesses, un développement de la population humaine et une amélioration de ses conditions de vie sans précédent. Mais de manière concomitante, elle a aussi eu, en raison de son ampleur, des effets non désirés : modification du climat, dépendance accrue à des ressources dont nous devrons bien apprendre à nous passer, faiblesse, voire absence, de recherche sur d’autres technologies. L’histoire de la succession des différents systèmes énergétiques met en évidence d’une part, les conséquences catastrophiques de l’insouciance qui caractérise l’exploitation des ressources énergétiques et d’autre part, les crises qui accompagnent toutes les transitions. Les épisodes de déforestation massive dans le monde et au cours de l’histoire, par exemple, ont bien souvent conduit à des situations de pénurie en bois de construction, de chauffage et entraîné des famines.

Combustibles fossiles : le