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Yves Henri, le guetteur éveillé
Avis de parution. Thierry Renard

Yves Henri n’est pas tout à fait un artiste comme les autres. L’art pour l’art et le tout à l’ego ne semblent pas compter parmi ses préoccupations les plus vitales. Pour lui, créer c’est partager. C’est donc tendre une main secourable à l’autre. Mais c’est aussi accepter le regard de l’autre. C’est, encore, aller beaucoup plus loin avec les autres. Et c’est, surtout, produire des rapports au monde.
Cela nous éloigne de l’individualisme ambiant. Cela nous protège du repli sur soi.

Pour Yves Henri, un artiste a la même place que les autres dans la cité. Pas moins, pas plus. La plupart du temps, l’ouvrier vend sa sueur et l’artiste ses émotions. Mais cependant les choses ne sont pas immuables, elles peuvent de temps à autre changer. Un acte d’amour est un acte gratuit. Et l’art est cet « inutile indispensable » qui jamais ne hiérarchise les émotions…
Un artiste c’est, d’abord, une générosité. Alors, création individuelle, ou création partagée ? Yves Henri répond simplement à la question en affirmant que pour lui la rencontre est toujours déterminante.

Yves Henri n’est d’aucun clan, d’aucun réseau. Et, s’il est devenu artiste, c’est parce que ce sont les autres (encore eux !) qui l’ont désigné, il en est fortement convaincu. Son parcours l’a conduit à cette réalité : faire, faire ensemble, c’est penser avec ses mains… L’art ne peut être mis sous cloche, il doit être désacralisé. L’art doit occuper l’espace public et l’artiste descendre dans la cité. Plutôt que de demeurer le « trophée de la bourgeoisie », l’artiste doit savoir répondre à la demande, ou à la « commande », en la pervertissant.
Pour Yves Henri, l’art est un pas de côté, une « échappée ». Et le partage sert à faire oublier la frustration. On a besoin des autres, pour créer. On a besoin de ces groupes humains, même s’ils sont fragiles et s’ils peuvent parfois exploser ; on a besoin de ces énergies collectives qui, cependant, doivent sans cesse se renouveler ; on a besoin des autres, enfin, même si ces derniers n’ont pas de noms…
Au fond, la production artistique n’est que la trace de l’essentiel : un bouquet de fleurs fanées, un morceau de temps figé.

À écouter ainsi Yves Henri et à le voir à l’œuvre, on sait bien que l’essentiel est là et on adhère pleinement à sa notion de partage. Yves Henri connaît l’importance du contexte, il ne néglige rien. Et si, pour lui, l’artiste n’est qu’une éponge, il est aussi celui qui ose, qui engage toute sa vie.
Artiste, il faut l’être tout le temps, 24 heures sur 24, et pas seulement aux instants de connivence et d’éclats justement partagés. Tout cela, c’est peut-être ce qui distingue le professionnel de l’art des gens de tous les jours, même lorsqu’il s’agit d’amateurs passionnés.

Alors, l’artiste, un accoucheur, un accompagnateur ou un mentor ? Sans doute, un peu tout cela à la fois. Et dans l’accompagnement des œuvres, la médiation ne suffit pas toujours. L’art est quelquefois instrumentalisé, ou alors vécu comme une provocation. Certaines œuvres sont même brutalisées. Pleines de sens, elles finissent par déranger et par faire déborder la coupe. Mais l’artiste demeure sur le qui vive, vigilant, qui sait aussi se battre, et pas uniquement contre des moulins.

Alors, artiste citoyen ou citoyen artiste ? Mais l’un ne va pas sans l’autre, nous le savons bien. Il faut savoir prendre certains risques, dans la vie. Pour Yves Henri, nous en sommes aujourd’hui persuadés, l’artiste est d’abord un veilleur. Un guetteur !

Le Petit peuple des guetteurs, Yves Henri et la création partagée, sous la direction de Michel Kneubühler, collection Politiques culturelles et territoires, éditions La passe de vent, 144 pages (12 €), juin 2011.


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