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Un populisme à l’italienne ? - Comprendre le mouvement 5 étoiles
Karine Boutmar a lu ce livre de Jérémy Dousson

L’Italie nous interpelle. Les phénomènes politiques à l’oeuvre sont-ils la manifestation d’un simple particularisme ou bien faut-il admettre une parenté avec ceux qui sont à l’oeuvre dans notre pays, dans ce cas les étudier sérieusement ? La lecture de l’ouvrage de J. Dousson, consacré au Mouvement 5 étoiles nous aide à répondre à cette question. Ainsi, loin de tout propos polémique, évoquant Beppe Grillo et Jean-Luc Melenchon, relève qu’ « au-delà de la forme, le comique et le tribun pourraient se rejoindre sur bien des points : la dette écologique, la concentration de richesse, le protectionnisme, le détournement des mots… ».

L’ouvrage de J. Dousson décrit la montée en puissance d’un mouvement issu de l’histoire d’un homme, Beppe Grillo, concerné et affligé par les questions économiques et politiques de son pays. Malgré un statut « d’humoriste » satyrique, celui-ci est parvenu à convaincre des centaines de milliers d’italiens de soutenir une nouvelle vision (et donc une approche politique au sens étymologique de l’intérêt de la Cité), fondée autant sur la dénonciation des pratiques politiques historiques et que sur l’idée d’une recherche de solutions nouvelles, issues quant à elles, d’un mode de pensée plus collectif et peut-être plus signifiant, plus impliquant pour le peuple italien.

Dans tous les cas, un mouvement dont la dynamique s’est déployée au moment où la saturation de l’Italie sur la criminalité, les « affaires » et autres crises financières, les situations économiques désastreuses successives, les pratiques gouvernementales d’alliances et de mésalliances de circonstances, fut suffisamment fort pour déconstruire une histoire de partis politiques usés et certainement usante pour un pays qui tentait de se relever depuis des décennies. La capacité de décryptage des questions sociales, économiques, voire même écologiques, de Beppe Grillo lui confère au fur et à mesure des années et de ses spectacles une indiscutable légitimité au travers de sa dialectique afin d’identifier les éléments de (dys)fonctionnement et d’apporter les explications nécessaires et les réflexions inhérentes à ces multiples sujets. Quitte à utiliser parfois des raccourcis un peu simplistes, il génère une recevabilité du peuple italien qui l’a mené à créer le Mouvement 5 étoiles avec Gianroberto Casaleggio.

L’expertise de Gianroberto Casaleggio sur toutes les questions du numérique donne la possibilité à Beppe Grillo de s’installer sur les réseaux sociaux pour faire passer ses idées mais aussi de toucher, en plus de son public, de nouvelles populations, plus jeunes, et dénoncer auprès d’elles, les manquements des politiques d’hier. Les outils de communication utilisés jouent un rôle majeur dans la propagation du mouvement. Là où Silvio Berlusconi avait le monopole de la télévision, Grillo s’empare de la toile pour faire entendre à la fois ses désaccords mais aussi et surtout ses convictions pour une société emprunte de réalisme et de propositions novatrices.

Les fondamentaux du Mouvement 5 étoiles tentent de remettre en priorité les individus en tant qu’êtres humains au cœur des échanges et autres débats et de permettre une prise de conscience du rôle éminemment restrictif d’une utilisation comme ressources : « (…) il faut commencer à penser que l’économie est seulement un moyen pour améliorer la vie des gens et arrêter de penser que les gens sont un moyen d’améliorer les conditions de l’économie », mais pas uniquement. La quête de sens des individualités doit aussi se retrouver dans leurs multiples contributions, en tant que citoyens, salariés, parents, individus.

Cette approche est d’autant plus prégnante qu’elle s’inspire, entre autres, des théories de Jérémy Rifkin, l’auteur de « La troisième Révolution industrielle ». L’idée prépondérante de cet ouvrage est d’aller vers une économie à la fois responsable au sens environnemental du terme et vers une transition énergétique qui puisse sortir le monde de sa dépendance au pétrole ; une économie moins capitalistique intégrant des enjeux socioéconomique durables et par conséquent, un positionnement européen orienté collectivement vers une démocratie ouverte et solidaire face à toutes les formes de concurrence (droit du travail, libre échange, etc.).

Comprendre le mouvement 5 étoiles permet d’élaborer, si ce n’est des comparaisons, au moins d’analyser des similitudes avec les situations politiques existantes que ce soit en France ou en Europe d’une manière plus générale. La montée de différentes formes d’extrêmes droites reniant les principes d’accueil des pays les plus pauvres ou en situations de conflits, l’expression citoyenne en Grèce, en Espagne (le mouvement Podemos), rejetant les contraintes d’austérité imposée par une Europe ambivalente lorsqu’il s’agit de mobilisations dans l’intérêt des plus démunis – autochtones ou émigrés- amène des réflexions nouvelles sur les enjeux politiques de demain.

D’un point de vue sociologique, on constate que les plus jeunes (- de 40 ans) sont les plus sensibles à ces nouvelles formes de pratiques. Plutôt des hommes initialement, et important en Italie, peu pratiquants sur le plan religieux, des personnes plutôt diplômées ayant développées des capacités de réflexions et d’analyses durant leurs cursus : « Le Mouvement 5 étoiles réalise ses meilleures performances dans le monde ouvrier, la bourgeoisie et les chômeurs ». Leurs meilleurs scores se sont réalisés dans des villes de taille intermédiaire et comme en France, l’extrême droite est surreprésentée dans les villes et villages de moins de 5000 habitants. En termes de revenus, ce sont les classes moyennes et intermédiaires qui soutiennent majoritairement le mouvement, la plupart se déclarant pour moitié ni de droite ni de gauche et 35% plutôt de gauche.

La naissance de ce mouvement amène à s’interroger sur la lassitude qui s’est emparée du peuple italien face aux clivages et aux intérêts unilatéraux des partis politiques plus classiques. Les alliances ou mésalliances de circonstances évoquées en début de note sont l’un des points majeurs d’incompréhension étudié par l’auteur identifiée avec pertinence comme une « souffrance démocratique ». Il cite cette phrase de l’économiste du XIXème siècle, Frédéric Bastiat, « Quand le pillage devient un moyen d’existence pour un groupe d’hommes qui vit au sein des élites de la société, ce groupe finit par façonner pour lui-même tout un système juridique qui légitime le pillage et un code moral qui le glorifie ».

Le mouvement 5 étoiles, refusant l’idée de parti politique, nomme des porte-paroles et non des élus du peuple pour se différencier et propose régulièrement le vote de lois allant dans le sens de sanctions réelles envers les personnalités et/ou une relecture des textes qui ont porté les inégalités de traitement, les injustices, dénoncées par Beppe Grillo. Dès lors, la difficulté de ce mouvement est sa pérennité dans le temps sachant que sa notoriété tient incontestablement à la force de persuasion de son leader charismatique. Celui-ci souhaite désormais passer la main à des représentants désignés, plus jeunes et en capacité d’ouvrir les débats dans un contexte plus complexe d’alliance, comme les ont démontré les dernières nominations du gouvernement, avec le parti d’extrême droite de la Ligue du Nord.


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