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Thèses pour un communisme futur à partir du moment présent
Par Yvon Quiniou

La situation du projet communiste (ou de ce que Badiou a appelé justement « l’hypothèse communiste ») aujourd’hui doit être examinée en évitant deux écueils inverses : un défaitisme sans justification qui reviendrait à céder à l’air du temps, à sous-estimer les potentialités de la réalité présente et, plus profondément, à ne pas comprendre les raisons des difficultés actuelles, en particulier la raison de ce qu’on a cru être l’échec définitif du communisme avec la disparition des régimes de type soviétique ; mais aussi un optimisme militant qui voudrait relancer l’engagement communiste sur une base irréaliste ou utopique telle que je crois l’apercevoir dans des analyses récentes de mon ami L. Sève, avec lesquelles je suis pour la première fois assez largement en désaccord malgré l’admiration que j’ai pour ses travaux, par ailleurs, et l’estime que j’éprouve pour l’homme.

1 - Le moment présent est caractérisé dans le monde par une claire défaite du mouvement communiste international depuis la chute du mur de Berlin, à l’Est mais aussi en Occident. Ce qu’on appelait à tort (j’y reviendrai) le « communisme » dans les pays de l’Est a été remplacé par le pire libéralisme économique et social qui soit (sans que la démocratie politique y ait beaucoup gagné), avec des effets humains catastrophiques dont deux exemples dans l’ex-URSS donneront l’idée : la paupérisation dramatique de pans entiers de la population et la considérable diminution de l’espérance de vie. Et les deux grands pays qui se réclament encore officiellement d’une « visée communiste », y renoncent dans les faits au profit d’une économie en partie libérale, sans qu’on sache si c’est provisoire ou pas. Quant à Cuba, ses efforts méritoires en faveur de l’égalité sociale et de la promotion du peuple dans tous les domaines, paraissent se heurter à un problème de productivité économique, productivité sans laquelle l’accès à une vie aisée pour tous paraît impossible, et un retour partiel à la propriété privée économique y est, du coup, actuellement envisagée. Enfin, les partis communistes en Occident se sont considérablement affaiblis, au profit de partis dits « socialistes » ou « sociaux-démocrates » (et ce dernier vocable n’est pas une injure, je le précise, pour moi) mais qui sont ou sont en train de devenir des partis « sociaux-libéraux » ayant renoncé à abolir le capitalisme, l’exemple le plus spectaculaire et le plus scandaleux étant à mes yeux celui de l’ancien PC italien, réputé autrefois ouvert et inventif, devenu socialiste dans un premier temps et qui s’est transformé en Parti démocrate à l’américaine, lequel ne se dit même pas de gauche. Enfin, un peu partout et les médias dominants aidant, s’appuyant sur des intellectuels superficiels dont il répercutent exclusivement et abondamment les travaux (Glucksmann, BHL, etc.), l’idée d’une alternative au capitalisme, y compris en pleine crise de celui-ci qui nous fait prendre conscience de son inhumanité (ou immoralité) foncière, semble faire défaut ou susciter une incrédulité générale.

2 - Pourtant, et pour être fidèle à l’exigence de lucidité que j’ai énoncée au départ, il faut oser dire que la situation n’est pas aussi noire que ce qui précède pourrait le laisser croire. Au niveau mondial, les échecs patents du libéralisme débridé dans les ex-pays de l’Est suscitent un désenchantement croissant, avec parfois un retour au pouvoir ou un maintien des anciens partis communistes, même si c’est sous une nouvelle étiquette « sociale-démocrate » ; plus largement, en Europe, du fait de la crise, on voit apparaître des résistances (en Grèce, en Allemagne avec Die Linke, en Roumanie) animées par une visée plus ou moins anticapitaliste, et quelques partis communistes subsistent, voire réémergent sur la scène politique. Certes, la dégradation sans précédent de la situation des classes populaires et moyennes, liée à la remise en cause des acquis de l’Etat-Providence obtenus par la lutte des classes au 20ème siècle, ne garantit en rien un avenir progressiste dans l’immédiat, puisqu’elle peut nourrir des expériences d’extrême-droite et fascisantes comme le 20ème siècle en a connues à la suite de la crise 1929 – et il faut en avoir clairement conscience (voir les scores inquiétants de l’extrême droite un peu partout en Europe aujourd’hui) ; mais elle peut aussi ouvrir les yeux, alimenter une nouvelle conscience anticapitaliste et relancer à terme le mouvement progressiste. Enfin, il y a la situation encourageante en Amérique latine, qui bascule à gauche et où s’esquisse le projet d’un « socialisme du 21ème siècle » à l’échelle d’un continent qui n’a pas grand chose à voir avec la situation de la Russie à l’époque de le révolution bolchevique et qui ne peut donc que susciter notre espoir et obtenir notre soutien.

3 - Reste la France, où se situe prioritairement notre responsabilité de communistes, avec ou sans carte. Contrairement à ce qui s’est dit (mais se dit moins depuis quelque temps), le Parti communiste est affaibli mais n’est pas mort : cette proclamation de décès, souvent énoncée par les médias, est ce qu’on appelle un « énoncé performatif », destiné à produire ce qu’il énonce : à force de dire partout qu’il est mort, on ne fait que traduire un souhait (qu’il soit mort) et on veut idéologiquement contribuer à le tuer par l’annonce publique de sa mort un peu partout, y compris dans des revues intellectuelles dont je pourrais donner le nom. Or, par exemple, après un échec évident aux présidentielles de 2007, dont les causes sont multiples, il s’est retrouvé dans un étiage électoral aux législatives de 5% et, ensuite, est remonté à 6/7% aux élections européennes et régionales. De plus, faut-il le rappeler, il constitue le 3ème parti de France en termes d’élus, toutes élections confondues, après le PS et l’UMP. Dire qu’il est mort relève donc de l’incantation politique et en tirer argument, dans un contexte idéologique général difficile (voir ce que j’ai dit plus haut) pour exiger sa transformation radicale ou exiger qu’il renonce à son nom comme le veulent beaucoup de « dissidents », relève de la mauvaise foi ou de l’argumentation politicienne.

J’ajoute que, en dehors d’erreurs qui ont été commises, qu’il faut savoir reconnaître mais auxquelles on a été aussi acculés (voir l’attitude du NPA à la présidentielle et au régionales, comme, plus largement, celle de groupuscules d’extrême-gauche immatures et irréalistes), il faut aussi indiquer l’énorme responsabilité des médias (journaux, radio, télé) dans cet affaiblissement, médias dont on ne dira jamais assez à quel point ils sont anti-communistes, sous des formes grossières ou subtiles, par exemple en ayant joué Besancenot contre Buffet dans la dernière période, non par conviction communiste « supérieure » (le vrai communiste contre la stalinienne ou l’apparatchik), mais par volonté de nuire au PC et à la cause communiste : une fois le PC éliminé (ce qui n’a pas été le cas), adieu Besancenot ! Dans le discrédit visant l’idée communiste et donc le parti principal qui l’incarne, il ne faut donc pas oublier le rôle primordial de l’idéologie avec ses multiples supports (dont l’Ecole), dont L. Sève paraît oublier l’énorme efficacité conservatrice alors qu’il en est lui-même victime (ses travaux sont scandaleusement passés sous silence, comme d’autres d’ailleurs) : nous vivons dans une société pour laquelle le marxisme n’existe pas intellectuellement (hormis quelques rares exceptions, savamment sélectionnées, alors qu’il y a une abondante production marxiste aujourd’hui, de grande qualité, systématiquement occultée) ou dont la signification réelle est travestie en son contraire : marxisme égale Goulag. On ne peut donc analyser la difficile situation actuelle en polarisant l’attention sur la prétendue responsabilité des dirigeants successifs du PC sans commettre une énorme erreur d’abstraction : celle qui consiste à oublier le poids de l’idéologie dominante dans ce domaine, et donc celle qui consiste à oublier notre devoir d’intellectuels de lutter contre elle à partir de la place que nous occupons.

4 - Je viens de parler d’idéologie. On touche alors au problème principal à mon sens, par-delà les médiocres mais puissantes tactiques médiatiques, du défaitisme actuel et de l’incrédulité à l’égard du projet communiste : il tient à l’identification qui a été faite entre le marxisme de Marx et ce qui a été réalisé, frauduleusement, en son nom dans les pays de l’Est, sous le couvert de l’appellation « marxisme-léninisme » (qui vient d’ailleurs de Staline et non de Lénine lui-même), identification qui a été faite aussi bien par les partisans que par les adversaires du marxisme, au positif pour les premiers, au négatif pour les seconds. C’est à mon avis la grande question qu’il faut éclaircir sans aucun tabou ou la moindre réserve mentale, dont beaucoup sous-estiment l’importance alors qu’elle bloque littéralement la liberté de réflexion dans ce domaine et, plus précisément, l’intelligence du communisme tel que Marx nous l’a légué en héritage. Résoudre cette question, c’est, hors de tout prophétisme de type religieux, réouvrir l’avenir.

Marx n’est pas seulement l’auteur du Capital, c’est-à-dire l’analyste critique du capitalisme et de ses injustices ; c’est aussi un penseur de l’histoire dans son ensemble, avec sa succession de modes de production, dont il prétendait nous apporter une conception à la fois scientifique (non idéologique) et matérialiste. Dans ce cadre, essentiel selon moi pour comprendre ce que peut et doit être une politique révolutionnaire éclairée par la science, il a toujours – je dis bien toujours – affirmé qu’une révolution anticapitaliste ne pouvait réussir qu’à partir des conditions économiques et sociales fournies par le capitalisme développé – la grande industrie et un ensemble de salariés liés directement ou indirectement à celle-ci –, donc en Occident ; et si, à la fin de sa vie, s’intéressant à la commune russe et à la propriété agricole quasi collective qu’on y trouvait, il a envisagé qu’un révolution puisse s’y déclencher et amorcer une transition au communisme différente et plus rapide que celle qu’il envisageait pour l’Occident, il a toujours ajouté (et le propos a été repris ensuite par Engels) qu’elle ne pourrait réussir qu’avec l’appui d’une révolution en Occident conforme au schéma matérialiste précédent, lui apportant ses acquis matériels (ou ses acquêts). Par ailleurs, et c’est l’autre point essentiel, contrairement à ce que l’expression de « dictature du prolétariat » a pu laisser entendre (avec la résonance contemporaine du terme « dictature » en liaison avec les régimes fascistes du 20ème siècle), il a toujours pensé la forme politique de la transition au communisme et du communisme lui-même comme étant la démocratie : « mouvement de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité »dit-il dans le Manifeste du parti communiste, formule qui indique clairement (« de » l’immense majorité et pas seulement « pour » elle) que le peuple doit être non seulement l’objet de la révolution (elle vise la satisfaction de ses de ses intérêts) mais son sujet, qu’il doit donc en être l’acteur. Et quand, sur le tard, il a davantage précisé ce qu’était selon lui politiquement la fameuse « dictature du prolétariat », il l’a clairement identifiée (lui, mais aussi Engels) à la Commune de Paris qui fut, faut-il le rappeler le plus grand événement démocratique de l’histoire universelle, avec, en particulier, des élections libres à tous les niveaux (je ne développe pas). J’ajoute que, contrairement à l’imposture intellectuelle qui veut nous faire croire que Marx était hostile aux « droits de l’homme et du citoyen », il faut absolument indiquer qu’il n’a jamais dénoncé la démocratie politique (avec ses droits du citoyen) en elle-même, se contentant de signaler que la démocratie politique n’est qu’une partie de la démocratie totale qui doit investir le champ social et le champ économique, que faute de cette extension elle est imparfaite sur son propre plan (qu’est-ce que la liberté politique sans l’accès à la culture ?) et, enfin, qu’elle génère des illusions – ce qui ne signifie pas qu’elle est illusoire ! Le texte La question juive, aussi souvent commenté que mal compris, est sans ambiguïté ici.

Or, si l’on a présent à l’esprit les deux idées que je viens de présenter – conditions économiques développées, démocratie –, que faut-il penser de la révolution bolchevique, des régimes qui se sont inspirés de son modèle et des autres expériences se réclamant de Marx comme l’expérience chinoise – bref de tout ce qui s’est fait explicitement en son nom au 20ème siècle ? On peut estimer (même s’il faut se méfier des prédictions rétrospectives) qu’elles étaient vouées à l’échec, même si, en disant cela, on rejoint des marxistes de l’époque qui l’avaient dit, comme Kautsky. Ces expériences contredisent la pensée de Marx sur les deux plans indiqués. D’une part, elles se sont faites dans les conditions du sous-développement, sans un soutien populaire du type envisagé par Marx, et elles ont donc du recourir à la contrainte, d’une manière volontariste, pour accoucher un développement qui n’était pas là et sans lequel on ne saurait parler de socialisme et a fortiori de communisme. On ne peut que constater – et j’ajoute : hélas ! – que toutes ces expériences ont échoué sur le plan économique, produisant des sociétés avec des qualités, certes (hormis les crimes de Staline ou ceux de Mao), mais marquées à terme par la pénurie et instaurant donc une espèce d’égalité sociale non dans la misère (elle a été éradiquée) mais dans une relative pauvreté générale, très éloignée de l’objectif proclamé, à savoir l’abondance. Ce qui se passe en Chine (comme au Vietnam) aujourd’hui confirme cette analyse puisque les PC au pouvoir recourent à des formes claires de capitalisme pour enrichir leurs pays respectifs, quitte, je l’espère, à répartir ensuite la richesse ainsi produite d’une manière « communiste », c’est-à-dire égalitaire C’est le schéma historique de Marx retrouvé et mis en pratique, mais d’une manière paradoxale puisqu’il s’agit d’un développement capitaliste sous contrôle communiste et mis en place après une longue période contraire ! Par ailleurs, la forme politique de ces régimes, même si on laisse de côté bien évidemment la tragédie stalinienne et si l’on nuance l’analyse selon les pays (la Chine actuelle, par exemple, n’est pas une dictature, le terme ne convient pas, et Cuba non plus), ne respectait pas les normes élémentaires de la démocratie : parti unique, censure, pas ou peu de liberté de la presse ni de vraie liberté de pensée ou de création en art, etc. (je ne développe pas) les caractérisaient ; ils étaient donc opposés à cette démocratie intégrale intégrant la démocratie politique et à ce souci essentiel de liberté qui sont au cœur du projet marxien.

Conséquence : que cela plaise ou non à ceux qui vécu dans une culture officielle qui affirmait le contraire et avec laquelle il faut avoir le courage de rompre, il n’a existé nulle part au 20ème siècle de communisme ou même de socialisme (et je n’entre pas ici dans une querelle terminologique sur ces deux termes, provisoirement inutile) et donc, ce qui est mort avec ces régimes (quels qu’aient été par ailleurs, je le répète, leurs qualités), ce n’est pas le communisme mais sa caricature, faute des conditions économiques et de la forme politique que ce concept implique. De ce point de vue, l’histoire n’a pas tranché comme le prétendent aussi bien les hommes de droite qu’une grande partie des « socialistes » : le communisme n’a pas été définitivement invalidé puisqu’il n’a été nulle part expérimenté dans les conditions objectives (matérielles) qui seules lui aurait permis de réussir et sous la forme politique qu’il exige et qui l’aurait rendu attractif pour tout le monde. L’avenir est donc politiquement ou historiquement rigoureusement ouvert, ce qui ne nous donne aucune certitude quant au futur mais fonde non seulement un optimisme de la volonté (cela ne suffit pas pour éviter l’utopie) mais un espoir rationnel autant que raisonnable, c’est-à-dire un optimisme mesuré de l’intelligence qui, lui, nous autorise à agir dans ce sens, quelles que soient les difficultés anthropologiques que l’on peut trouver sur ce chemin, qu’il ne faut pas occulter mais qui ne sont ni assurées ni indépassables et dont j’ai parlé ailleurs.

5 - Il convient donc de se situer, en marxistes, sans catéchisme comme sans impatience volontariste, sur le train d’une conception évolutionniste de l’histoire qui n’exclut pas les ruptures révolutionnaires mais, au contraire les prépare en s’appuyant sur l’intelligence des possibilités objectives fournies par le développement historique. C’est ce que Marx lui-même (beaucoup l’ignorent) a désigné comme une « évolution révolutionnaire », formule qui a ensuite été reprise et théorisée par Jaurès. Nous rencontrons alors une autre grande question, que la tradition communiste officielle a eu du mal a aborder franchement et lucidement, sans anathèmes du style « sociaux-traîtres », « collaboration de classe », « réformisme », etc. : celle de la social-démocratie. Il n’est pas question de nier le passif de son histoire, en particulier dans le domaine international avec la participation à la première guerre mondiale et le soutien aux aventures coloniales, voire l’inscription dans l’impérialisme économique et politique des Etats-Unis. Mais on peut aussi l’appréhender sous un autre versant, qui laisse de côté délibérément cet aspect comme sa dérive social-libérale actuelle, pour s’en tenir à sa signification originelle, ancrée explicitement dans le marxisme, d’une construction progressive et démocratique du socialisme, quitte à s’arrêter en chemin comme elle l’a malheureusement fait et à pactiser trop, ou trop longtemps, avec les forces du Capital : il s’agit du bilan des réformes importantes qu’elle a imposées au capitalisme tout au long du 20ème siècle par la lutte de classe syndicale et politique, avec souvent l’appui ou la participation, selon les pays, des partis communistes (en France : 1936 et le Front populaire, 1946 avec le gouvernement du général de Gaulle appliquant le programme du CNR à l’initiative ici des communistes, 1968 en un sens, le début du gouvernement de l’Union de la gauche à partir de 1981, le gouvernement Jospin). Elles ont toutes abouti à un compromis entre le Capital et le Travail profitant au monde du travail, tant dans le domaine des libertés politiques, des droits sociaux ou du niveau de vie économique des travailleurs (augmentation des salaires, redistribution de la richesse par l’impôt) – ce qu’on a appelé l’Etat-Providence. Ceux qui sous-estimeraient ces acquis n’ont qu’à considérer ce qu’il deviennent aujourd’hui, depuis la disparition du système soviétique, pour mesurer rétrospectivement leur prix : cessant d’être confronté à la menace et au défi que ce système représentait, fût-ce avec une part importante de mythification, le capitalisme retrouve ses potentialités destructrices et liquide ces acquis un peu partout avec l’appui d’une social-démocratie devenue social-libérale (ce qui n’est pas du tout pareil) : paupérisation, recul de l’âge de la retraite, dégradation du droit à la santé, remise en cause des services publics, etc. Cette régression est telle que, être progressiste et, a fortiori communiste aujourd’hui, c’est aussi être conservateur : c’est se battre pour conserver ces acquis ou les restaurer, à défaut de pouvoir à court terme les améliorer, faute d’un rapport des forces politique favorable. Et, pour finir sur ce bilan d’ensemble, énoncé par un communiste décidé à le demeurer sauf crise soudaine de pessimisme aigu, il faut bien avouer, en toute humilité, que si nous comparons terme à terme – libertés publiques, droits sociaux et niveau de vie – le système soviétique tel qu’il existait et l’état des sociétés sous influence social-démocrate (en particulier les pays nordiques) à la même époque (abstraction faite, donc, des graves régressions actuelles), la comparaison est sans conteste en faveur des secondes… et c’est pourquoi le système soviétique s’est écroulé de lui-même (pour l’essentiel en tout cas), quitte à ce que les acteurs de cet écroulement aient idéalisé avec beaucoup de naïveté le post-soviétisme qu’ils souhaitaient et à connaître un terrible désenchantement aujourd’hui, et même à s’apercevoir que sur certains plans la situation du peuple est pire que celle qui était la sienne auparavant.

Il nous faut alors être au clair avec la notion de réforme, ou plutôt de réformisme, dans ce cadre matérialiste, mais aussi exigeant, d’une « évolution révolutionnaire » qui doit être le cadre politique d’une action communiste contemporaine. Il y a en réalité deux types de réformisme : un réformisme du but ou de la visée finale, qui consiste à renoncer à l’objectif d’un dépassement du capitalisme en le prétendant irréalisable et à naturaliser les dites « lois » de l’économie libérale (qui ne sont que des règles faites par des hommes et pouvant être défaites par eux) – c’est le réformisme social-libéral qui ne propose que des réformes internes au capitalisme et qui, s’il veut bien changer (un peu) la société, ne veut pas changer de société, c’est un réformisme de renoncement à la révolution du système actuel et au service, finalement, des dominants ; mais il y a aussi un réformisme de méthode : s’il entend bien transformer la société, c’est pour changer de société, mais il veut le faire démocratiquement, avec le soutien constant du suffrage universel, par des réformes successives ( y compris avec des points de rupture décisifs comme les nationalisations) intégrant ce qui a été déjà obtenu (on ne part pas de rien !) et dont la somme, étalée patiemment dans le temps, produit finalement une révolution, en entendant par là, non une transformation violente qu’il faut refuser (les morts ne renaissent pas !), mais, tout simplement, un changement de système (dans les domaines où le changement s’impose). C’est cela l’évolution révolutionnaire, qui définit aujourd’hui ce que doit être l’action communiste dans le moment présent. Reste qu’il faut être plus précis sur la forme et le contenu de cette action.

6 - S’agissant de la forme dans laquelle doit s’inscrire le combat communiste, on ne saurait faire l’impasse ni sur l’Etat ni sur la forme-parti, injustement décriée aujourd’hui. Sur l’Etat, d’abord, car il s’agit bien de se l’approprier et de le démocratiser. C’est dire qu’il faut bien s’inscrire dans les formes institutionnelles existantes et que affirmer qu’elles sont toutes bourgeoises par essence n’a aucun sens : la démocratie politique fondée sur le suffrage universel, en y comprenant le parlement, constitue une valeur indépassable et elle doit être aussi le lieu du combat communiste, qui ne saurait se contenter d’un combat à la base ou de mouvements spontanés dont on ne sait jamais sur quoi ils peuvent déboucher et, surtout, qui désertent les lieux effectifs du pouvoir, les laissant alors à l’adversaire de classe. Je rappelle une idée suggérée plus haut : la démocratie politique peut être dite formelle, elle n’est pas pour autant irréelle et elle constitue même la forme obligatoire d’un combat communiste démocratique, formule qui est un pléonasme. Cela me permet d’indiquer qu’il nous faut revoir l’idée de dépérissement de l’Etat et même, selon moi, l’abandonner : nous aurons toujours besoin d’un Etat, y compris dans une société communiste, ne serait-ce que pour formuler les normes devant régir cette société et les faire appliquer, comme la fin de l’exploitation, l’égalité sociale, le refus des discriminations de sexe ou de race, etc. Par contre, il faudra mettre fin à ses fonctions de classe (comme la répression à l’égard des classes populaires) et procéder à sa démocratisation maximale. Marx, sur ce point, a été plus subtil et plus prudent que ses exégètes le prétendent et n’a pas été aussi affirmatif que Engels et Lénine ! Du coup, c’est la question de la forme-parti qui est posée : faut-il céder à la mode qui voudrait qu’on s’en débarrasse ? Ce serait une erreur énorme, vouant le mouvement communiste à l’échec certain. On peut avancer plusieurs arguments en ce sens. Un constat : la droite, elle, a gagné dans la période récente parce qu’elle a su s’organiser en parti. Par ailleurs, renoncer à la forme-parti au profit d’un vague mouvement horizontal d’où toute direction verticale aurait disparu, c’est sous-estimer l’aliénation idéologique dans laquelle se trouve une grande partie des citoyens, y compris à bac plus cinq, fuir la fonction éducative et propositionnelle d’un parti révolutionnaire et se mettre à la remorque de l’opinion, comme l’exemple du PS, voire des Verts, nous le montre à l’envi. Enfin, c’est oublier que, à vue d’homme tout au moins et étant donnée la complexité des choses dont la politique a à traiter, nous aurons longtemps (toujours ?) besoins de médiations politiques et donc de partis – en l’occurrence, s’agissant de nous, d’un parti communiste. Je rappelle d’ailleurs que Marx n’a jamais récusé la forme-parti et qu’il a écrit non un Manifeste du mouvement communiste, mais un Manifeste du parti communiste, même s’il a été discret sur ce qu’il devait être dans sa forme concrète. La lutte des communistes doit donc s’inscrire dans les formes institutionnelles, ne pas les récuser et les fuir, avec par contre le souci constant de les démocratiser au maximum pour que les masses se les approprient en des initiatives multiples et décentralisées (Sève a de très bonnes remarques sur ce point), souci qui doit certes intégrer l’élévation globale du niveau intellectuel du peuple, mais qui ne doit pas oublier que celle-ci n’est pas synonyme d’une lucidité accrue sur l’essence du capitalisme et sur l’intérêt comme sur l’obligation morale qu’il y a à l’abolir, étant donné le conditionnement des consciences par l’idéologie dominante. C’est bien pourquoi nous avons encore besoin et nous aurons encore longtemps besoin d’un parti révolutionnaire élaborant et diffusant une théorie révolutionnaire. Mais ce souci ne doit pas nous faire oublier, comme tout ce qui précède l’a suggéré, la nécessité d’alliances elles-mêmes institutionnelles : aujourd’hui dans le cadre du Front de gauche pour rééquilibrer la gauche « à gauche » de la gauche socialiste ; dans le cadre d’une alliance gouvernementale avec cette dernière, si les conditions politiques s’y prêtent en 2012.

Dans ce contexte, j’indique qu’un danger énorme pèse sur « la gauche de la gauche » : celui du « syndrome italien », à savoir celui de la désunion au sein du Parti communiste lui-même avec des courants différents tirant dans divers sens et risquant de le faire éclater, mais aussi « à sa gauche », avec des groupuscules ou des mini-partis qui veulent préserver d’une manière sectaire leur identité et la parcelle de pouvoir qu’elle procure et refusent de s’intégrer dans un mouvement communiste large et unifié. En Italie, cela a conduit à l’éclatement du camp communiste et à son effacement du champ politique, provisoire je l’espère, et en France cela a produit des échecs récents. Il faut absolument éviter cela et se faire les partisans actifs d’une unité retrouvée des diverses forces communistes, sans se couper pour autant d’un PS encore incontournable aujourd’hui. C’est pourquoi le Front de gauche (même s’il n’est pas un Front communiste) me paraît en l’état la meilleure réponse à ces interrogations stratégiques.

7 - S’agissant du contenu de l’action communiste, il doit répondre à une double exigence : lisibilité liée à la radicalité de note visée politique, mais aussi crédibilité liée à la responsabilité ou au réalisme sans lesquels on ne peut prétendre accéder au pouvoir et diriger un pays. La lisibilité ne fait qu’un avec le maintien de la visée communiste dans sa radicalité, en tenant compte de ce qu’elle implique comme l’appropriation collective des « grands moyens de production et d’échanges » (comme on disait justement autrefois), qui passe aussi par les nationalisations et donc l’intervention de l’Etat dans l’économie : stratège, régulateur, planificateur ou propriétaire, il faut revaloriser le rôle de l’Etat face à sa critique libérale et à son désengagement catastrophique dans bien des domaines qui laisse la place à la lutte sauvage des intérêts privés égoïstes. On peut le faire par étapes, avec des nuances distinguant par exemple les domaines où des formes de propriété privée doivent subsister (comme l’artisanat ou le petit commerce) ou encore en rappelant qu’il y a plusieurs formes de propriété collective (coopérative, associative, etc.), mais il faut impérativement opérer cette revalorisation, pour trois raisons : sur le plan moral la propriété privée des moyens de production, qui permet l’exploitation de la force de travail, n’a aucune justification et constitue un puissant facteur d’injustice ; l’appropriation sociale de l’économie fonde le pouvoir démocratique dans ce domaine et elle permet la maîtrise collective de la vie sociale, c’est donc aussi un puissant facteur de liberté ; enfin, on ne saurait laisser le monopole de cette revendication à des courants minoritaires comme le NPA ou LO qui paraissent par moments être les seules porte-drapeaux de la revendication communiste, à notre détriment et au détriment de la vision responsable qui est la nôtre. Plus largement, nous devons être à l’avant-garde sur la question de l’égalité, donc sur celle de la réduction des inégalités de revenu et de salaire : sans céder au mirage de l’égalitarisme, c’est-à-dire d’une identité stricte des conditions de vie difficilement concevable (même si on peut la souhaiter), sans doute contre-productive à court et à moyen terme (voir ce qui se passe à Cuba) et qui ne correspond pas à la conception fine et réaliste de Marx (voir la Critique du programme de Gotha), il faut cependant indiquer clairement l’échelle des inégalités qui nous paraît actuellement souhaitable ou justifiable – par exemple de 1 à 10 – en attendant qu’on puisse un jour passer au mot d’ordre « A chacun selon ses besoins ». Enfin, et au-delà de ces préoccupations classiques mais souvent passées sous silence, il nous faut nous ouvrir à la question de l’émancipation dans tous les domaines, y compris celui de la vie individuelle, en luttant contre toutes les formes de domination et d’oppression de façon à rendre le projet communiste non seulement moralement juste mais, si je puis dire, existentiellement désirable : fin de l’aliénation féminine, arrêt des discriminations racistes, de l’oppression sexuelle, en particulier celle qui pèse encore sur l’homosexualité, valorisation de l’activité hors du travail contraint et pas seulement amélioration de la vie au travail – bref, souci de l’épanouissement et du bonheur de l’individu (mais de tous les individus) permettant à chacun d’accéder aux plus hautes formes de cet épanouissement et de ce bonheur, celles que procure la culture. Enfin, last but not least, nous devons nous engager résolument dans la cause écologique vu son importance évidente, que notre ancienne polarisation sur le modèle soviétique nous a fait longtemps sous-estimer ; et ce, d’autant plus que seule la position anticapitaliste qui est la nôtre est à même de fournir la base d’une solution durable et véritable à cette question : une écologie hors d’un projet de dépassement du capitalisme n’est qu’une mystification à destination des classes moyennes et fonctionne comme une idéologie de diversion par rapport à la prise de conscience de la nécessité de ce dépassement. Je pourrais multiplier ainsi les suggestions auxquelles je tiens, comme celle qui consiste à dénoncer dans le capitalisme un système qui, par la domination effrénée du productivisme et des valeurs mercantiles, est en train de médiocriser lamentablement nos existences.

8 - La mondialisation capitaliste est aussi une question cruciale, mais délicate à résoudre, sachant que l’Europe actuelle en est un aspect, voire un instrument actif (contrairement au mythe d’une Europe qui nous en protégerait fondamentalement). On ne saurait s’opposer, quand on est communiste, à l’idée d’une unification mondiale du genre humain, facteur de progrès et de paix : c’était un élément fort de la définition du communisme selon Marx et de son internationalisme, et il la considérait même comme la condition objective d’un authentique communisme (voir L’idéologie allemande). Il n’empêche que celle-ci avance à « front renversé », en rendant aussi difficile le combat communiste : en détruisant les Etats-nations, elle supprime des lieux où pouvait s’exercer une souveraineté populaire dans la proximité du pouvoir central, permet de contourner l’influence des forces progressistes dans certains pays (l’Europe a aussi été voulue dans ce but) et soumet les peuples à des organismes supranationaux lointains qui ne les représentent pas et les éloignent de la politique, mais aussi à des organismes économiques au service exclusif de la productivité capitaliste et des marchés financiers, qui leur enlèvent la maîtrise du développement historique. C’est bien pourquoi il va bien falloir qu’un jour le mouvement communiste se réorganise à l’échelle internationale pour contrer un capitalisme qui est, lui, fortement organisé internationalement, en allant bien au-delà de ce que propose l’altermondialisme qui n’avance guère de solution politique d’ensemble. Les formes d’entente entre pays progressistes qui se réalisent en Amérique latine peuvent en esquisser une voie, de même que, paradoxalement, les projets qui émergent ici et là de relocaliser l’économie : ceux-ci ont non seulement un intérêt écologique énorme, mais il peuvent contribuer à redonner du pouvoir aux différents peuples sur leur vie sociale, sans retomber dans un nationalisme égoïste et dépassé. Je rappelle d’ailleurs que l’internationalisme ne signifie pas nécessairement le dépassement des nations dans une entité politique supranationale (inter-nationalisme et non supra-nationalisme) mais plutôt leur entente et leur coopération et que, comme le disait à peu près Jaurès : « Un peu d’internationalisme éloigne de la nation, beaucoup en rapproche ». Dans ce propos, c’est le respect des identités collectives qui est revendiqué de même que l’exigence d’une organisation démocratique du monde, contre le rouleau compresseur et destructeur du Capital à ces deux niveaux.

9 - Dernier point, en guise de conclusion : comment s’y prendre pour redonner vie au projet communiste ainsi débarrassé de l’ombre que les expériences avortées du 20ème siècle ont projeté lui et qui en ont masqué la nature exacte ? Sur quelles motivations s’appuyer pour provoquer l’adhésion à son égard alors que l’échec patent du capitalisme, aujourd’hui, suscite sa critique grandissante, mais non la conviction qu’une alternative radicale à ce système est possible ? Il nous faut jouer sur trois tableaux.

D’abord montrer et même démontrer que cette alternative est possible (sans être nécessaire au sens d’inéluctable) parce que le capitalisme en accumule les présupposés objectifs, tant économiques que sociaux (l’immense majorité de la population est concernée par elle dans ses intérêts, désormais). C’est là une idée que L. Sève répète souvent et que je partage totalement, et que l’on retrouve aussi, sous une autre forme dans les travaux de J. Bidet et G. Duménil quand ils parlent de l’alliance indispensable des « compétents » et de la « classe fondamentale » (les exploités), même si l’on peut discuter leur conceptualisation. Elle revient à dire que nous avons aujourd’hui les moyens de répartir la richesse produite au profit du plus grand nombre et, grâce à cette nouvelle répartition, de résoudre bien des problèmes qui pèsent sur les hommes, non seulement en Occident, mais, pour une part, dans le reste du monde On n’est donc pas dans l’utopie (au sens de ce qui irréalisable) mais dans ce qui est objectivement possible dans le futur à partir de notre présent. C’est dire l’importance aussi de tous les travaux en sciences sociales qui vont dans ce sens actuellement, même si c’est parfois à leur insu pour autant que leur auteurs ne franchissent toujours le pas de l’option communiste. Et c’est dire aussi l’importance des travaux qui entendent « modéliser » ce futur, comme ceux de T. Andréani, non pour nous imposer quoique ce soit (ce que l’idée de « modèle de socialisme » pourrait suggérer à tort), mais pour dessiner dans le détail et avec compétence ce que pourrait être ce projet, de façon à le rendre crédible et éviter l’échec que produirait, dans le cadre d’une société complexe, toute impréparation. J’ajoute seulement que je n’entrerai pas dans la querelle qui consiste à savoir s’il faut parler de socialisme ou de communisme, qui tourne parfois à la discussion théologique dès lors que l’on ne distingue pas les étapes indispensables dans un processus d’« évolution révolutionnaire ». Ce qu’il faut seulement décider c’est, s’agissant de notre objectif fondamental et final, de ne pas renoncer au terme de « communisme » sous le prétexte qu’il serait associé au souvenir des régimes de type soviétique : ce serait donner raison à ceux – les adversaires du communisme – qui opèrent cette identification que j’ai d’emblée dénoncée comme frauduleuse ; mais tout autant, ce serait prendre idéologiquement une direction dangereuse : quand on abandonne le mot, tôt ou tard on abandonne la chose ! Dans ce contexte, parler à court terme, dans un programme et non un projet, d’un « socialisme du 21ème siècle » (la formule nous vient d’Amérique latine) ne me gêne pas puisqu’elle ne touche pas à l’objectif final.

Par ailleurs, il faut contribuer à montrer à quel point les hommes ont besoin d’une autres société pour être à la fois libres et heureux. Il ne faut pas craindre de recourir à ce vocabulaire qui n’a rien d’emphatique ou d’inutilement humaniste, comme le prétendent certains. Ici aussi, les sciences sociales nous sont d’une grande utilité pour autant qu’elles mettent en lumière les mécanismes sociaux producteurs d’aliénation et de malheur, comme ces phénomènes inédits de paupérisation absolue qu’on jugeait inconcevables au 20ème siècle ou ces nouvelles formes de souffrance au travail qui envahissent nombre de métiers du fait de la course à la rentabilité capitaliste. C’est donc à une relance de la lutte idéologique montrant que le communisme est bon pour les être humains, qu’il est souhaitable ou désirable, qu’il faut procéder ; lutte idéologique à la fois lucide, non démagogique mais intransigeante et optimiste, éclairée par les savoirs positifs… y compris la psychanalyse, qui a des choses à nous dire sur les moyens de rendre les hommes plus libres et plus heureux.

Enfin – je tiens à ce dernier point étant donnée ma réflexion philosophique sur l’enjeu moral du communisme – , il faut être convaincu et populariser l’idée que le communisme est une organisation de la société moralement supérieure à toutes celles que l’histoire passée a connues, parce qu’il est au service de tous les êtres humains, et qu’il est donc à ce titre moralement exigible. Sans entrer dans les détails, j’indique seulement que cela suppose que l’on distingue la morale du moralisme et qu’on lui donne comme champ d’application l’ensemble des rapports sociaux pour les moraliser, c’est-à-dire les humaniser. Dans un contexte de montée générale de l’indifférence au malheur et d’affaiblissement, chez les élites politiques et intellectuelles dominantes, de la perception morale des choses comme de la révolte devant l’inhumain, il faut se réclamer clairement des valeurs morales universelles (il n’y a de valeurs morales qu’universelles) comprises d’une manière matérialiste, montrer leur accomplissement politique dans le communisme (alors que le capitalisme ne cesse de les bafouer structurellement et non seulement dans ses excès) et contribuer ainsi à forger ce que Gramsci appelait un nouveau « sens commun », à teneur indissolublement morale et politique. Et il ne faut dons pas craindre de recourir ici au vocabulaire de la morale pour parler du capitalisme et de ses méfaits, comme le faisait Marx même s’il n’en a pas théorisé le statut, l’importance ni la présence dans son œuvre : injuste, scandaleux, inhumain, etc., disent bien ce qu’est moralement ce système. Bien entendu, la morale ne suffira pas à mobiliser les gens : il faut aussi faire appel à leur intérêt matériel le plus concret, à leur désir de liberté et de bonheur. Mais on ne saurait faire de politique sans faire appel à des valeurs, et de politique communiste sans faire appel aux valeurs morales dont j’ai parlé, en jouant aussi sur la capacité que les hommes ont de les percevoir intellectuellement et de les éprouver dans leur chair comme quand ils réclament, à l’occasion de telle ou telle revendication, qu’on reconnaisse leur dignité humaine et qu’ils demandent à être respectés dans leur vie et leurs aspirations.

Le communisme est donc à la fois possible, désirable et moralement exigible : c’est ce triple message qu’il s’agit de faire passer si nous voulons, contre le cynisme et le désespoir ambiants, que les hommes s’approprient notre projet et, à travers lui, s’approprient leur vie.

Novembre 2010

Yvon Quiniou, philosophe, vient de publier L’ambition morale de la politique. Changer l’homme ?, L’Harmattan.


2 commentaires liés à cet article

  • Thèses pour un communisme futur à partir du moment présent

    7 décembre 2010 17:25, par Alain Brachet

    Je viens de lire votre article de l’Huma Dimanche du 2/12 et, en conséquence, votre « Thèses pour un communisme futur… ». Je tiens à manifester mon entière (à 99 % près !) adhésion à vos réflexions. Très probablement communiste, comme vous, de cœur et de raison, mais « non encarté » (je l’ai été jusqu’à la Mutation de R. Hue), je pense qu’autour de telles réflexions devrait pouvoir se construire un « Manifeste (du parti) communiste » du 21ème Siècle. Il s’inscrirait évidemment dans la perspective de son illustre prédécesseur de 1848. Le monde actuel a impérativement besoin d’une mise à jour d’une telle doctrine qui, malheureusement pour l’instant, ne mobilise pas beaucoup de penseurs… et a fortiori d’acteurs politiques. Vous contribuez, avec quelques autres heureusement, à ce travail essentiel. Pour ma part, je m’efforce aussi, modestement, de faire de même, en considérant que ce doit être une œuvre collective, si l’on veut qu’elle imprègne les consciences. Dans cet esprit, voici quelques réflexions préliminaires de ma part à propos de vos écrits.

    Comme vous le soulignez, le mot communisme est désormais brouillé, aussi bien pour ceux qui en combattent l’idée (cela fait partie de leur combat) que pour ceux qui le défendent (ce qui est moins compréhensible). Je pense qu’un des moyens de clarifier les choses serait de donner ou redonner une bonne définition de ce dont on parle, et s’efforcer, évidemment quand on est de ceux qui défendent cette idée, de n’utiliser le mot communisme que conformément à cette définition (on sait que la répétition a une vertu pédagogique). La chose est d’autant plus nécessaire qu’un Parti comme le Parti Communiste a introduit depuis quelques années une définition du communisme, extraite de « l’Idéologie allemande » de Marx, incompréhensible pour le commun des mortels…et même pour certains communistes pourtant de bonne volonté (j’ai pu le vérifier en lisant leurs contributions sur le site AlternativeForge que le PC avait ouvert à l’occasion de ses derniers congrès) : « le mouvement qui abolit l’état de choses existant ». Anicet Le Pors, dans son récent livre, se risque à qualifier cette définition de banalité sans beaucoup d’intérêt…

    Je vois les choses de la manière suivante :

    Il faut revenir aux sources. Le communisme caractérise un type de société où « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (Manifeste communiste de 1848). Ou encore : « société qui exige de chacun selon ses possibilités et donne à chacun selon ses besoins », etc… On peut en effet compléter tout cela de bien d’autres façons puisqu’il est clair que l’on met dans ces définitions des aspirations qui relèvent de l’ordre de l’idéal. Idéal mais pas utopie. J’ai utilisé dans des contributions au site cité plus haut l’expression (un peu savante) « d’idéal asymptotique ». Elle veut signifier que l’humanité poursuivra éternellement un tel idéal, sans jamais l’atteindre tout à fait (si toutefois un accident, une guerre nucléaire, une catastrophe écologique ne la fait pas disparaître). Vu ainsi, il est bien évident qu’il est impossible aujourd’hui d’imaginer ce que pourrait être une de ces sociétés futures, supposée plus proche de l’asymptote que la nôtre. Toute tentative relèverait de la science-fiction et serait donc utopique. Mais il y aura toujours des hommes (des communistes ?) pour juger que l’état présent de la société qui est la leur est perfectible, et qui s’emploieront à le « dépasser ». Heureusement d’ailleurs ! Car s’il n’en était pas ainsi la société où l’on serait parvenu serait d’un mortel ennui…ce qui n’est pas, par définition, le but poursuivi !

    Ainsi, un parti communiste est un parti politique qui a pour idéal cette société-là, caractérisée seulement par son humanisme, sa démocratie jusqu’au bout, son aptitude à offrir à tous la plus grande liberté, les plus grandes potentialités de culture, de maîtrise de sa vie, etc… Mais, évidemment, un tel parti qui veut changer le monde dans cette direction, ne peut en rester là. Il lui faut aussi agir aujourd’hui, préparer demain, en pensant à cet après-demain radieux … Aujourd’hui, c’est travailler au quotidien pour gagner, si l’on peut dire, quelques miettes dans ce monde capitaliste tel qu’il est, ou éviter de plus grandes détériorations de la vie des peuples (ce qui est malheureusement le contexte actuel). Demain, c’est ouvrir une perspective à moyen terme de « transformation sociale », comme on a pris l’habitude de le formuler, formule qui signifie en clair : transformation de la société. C’est, à mon sens, préparer un après-capitalisme, qui avait nom, il n’y a pas si longtemps, de socialisme. Incidemment, on peut noter à l’appui de cette remarque, que l’Union Soviétique avait pour nom complet : Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Cette terminologie ne prétendait donc pas, comme le répètent les anti-communistes de tous poils, à faire de ce régime, le modèle du « régime communiste ». Un parti communiste doit avoir en permanence les deux fers, du présent et du futur, au feu, comme l’a dit d’une manière remarquable Jaurès en son temps : « Sous peine de se perdre dans le plus vulgaire empirisme, et de se dissoudre dans un opportunisme sans règle et sans objet, (le parti) doit ordonner toutes ses pensées, toutes ses actions, en vue de l’idéal communiste ».

    Appelons donc, de nouveau et pour être bien clair, socialisme un type de société constituant une première étape (majeure) dans la longue saga future, allant vers le communisme, tel que défini ci-dessus. Elle succèderait immédiatement à la société capitaliste actuelle. Elle en serait une sorte d’extrapolation ; comme l’a dit Marx (à moins que ce soit Gramsci ?) ce serait une société dont les prémisses existent déjà dans le capitalisme. On ne peut pas construire sur du sable, en faisant table rase du passé. Cette première étape serait fortement inspirée de ce que l’on a pu réaliser au sein même du capitalisme en termes d’expériences qualifiables de presque socialistes ou presque communistes. Par exemple, relevant du premier cas : les nationalisations type EDF ou SNCF, les coopératives en général, des tentatives d’autogestion appliquées à certaines coopératives, etc… Du deuxième type : la Sécurité Sociale dans sa forme initiale, qui « demandait à chacun selon ses possibilités et donnait à chacun selon ses besoins ». Elle s’inspirerait aussi de ce que l’on peut trouver de « bon » dans le capitalisme lui-même, et après examen critique de tout ce qui a pu être expérimenté dans les déjà nombreuses tentatives d’instaurer ici ou là une société socialiste. Il y aurait aussi, c’est évident, à regarder avec le même esprit critique, ce que la social-démocratie, quand elle a été au pouvoir, a pu tenter de son côté sous le concept, que je n’aime pas parce qu’il a été inventé dans un sens péjoratif, « d’état Providence ». Il ne faut certainement pas, enfin, négliger les travaux de Keynes… Il s’agirait d’édifier une première étape, peut-être pas trop ambitieuse, mais qui tiendrait la route. Par récurrence (encore des mathématiques !) si cette première étape perdure, elle fournirait les prémisses de son « dépassement » en une seconde étape, un petit peu plus proche de l’asymptote, et dont il est prématuré d’en définir les caractéristiques, car elles sont précisément intrinsèquement liées à ce qu’aura pu mettre en place cette première étape, et ainsi de suite… En effet, il est facile d’imaginer des phalanstères, ou de « tout changer pour ne rien changer » (dixit Le Guépard). Il est plus difficile de changer sans tout casser. C’est d’ailleurs ce que nous apprend l’histoire du « court 20ème Siècle ». Il a connu plusieurs expériences de « socialisme réel » différentes et à la destinée plus ou moins inabouties. Cela n’en condamne ni le principe, ni donc la persévérance à en poursuivre l’édification. Comme disait Mme Tatcher, mais pour un autre objectif : « Il n’y a pas d’alternative ! ». Le problème fondamental, c’est que contrairement au capitalisme qui est, comme les sociétés antérieures (esclavagisme, servage de l’ancien régime) une « solution par défaut » (en entendant par là qu’elles se sont édifiées partout selon le même processus : les puissants, les instruits, les riches, les malins immoraux, etc… exploitent à leur profit les faibles, les peu instruits, les pauvres, les naïfs au grand cœur, etc…). L’histoire du monde prouve bien qu’il en a été ainsi, et qu’aucune de ces sociétés ne s’est muée en un quelconque socialisme ou communisme de sa propre volonté (si l’on peut dire) ou par enchantement. La chute de l’Union Soviétique confirme la règle : on est bien retombé, par défaut, dans la marmite capitaliste, même s’il reste quelques traces des 70 ans de « socialisme soviétique ». Le socialisme au contraire, n’est pas une société par défaut, elle est une société à construire par la volonté et l’intelligence de tous, donc, forcément, démocratiquement, et on peut dire, comme Brecht, « résistiblement ».Ce n’est pas une petite affaire ! Et il n’est pas étonnant qu’il faille tâtonner pour y arriver, qu’il faille procéder par « essais et erreurs ». Il y aura des échecs, des semi-réussites, des voies originales. Et nous en avons désormais la preuve expérimentale (façon de parler). Ce dont ne bénéficiaient pas les premiers à se lancer dans l’aventure (en l’occurrence, les russes au début du 20ème Siècle). En fait, ce qu’il faut réussir à bâtir c’est une expérience « globalement positive », par référence à un capitalisme devenu globalement négatif. Il faudra s’estimer heureux, si l’on fait fonctionner une société basée sur « l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échange » (définition traditionnelle du socialisme). C’est pourquoi je pense qu’en termes de vocabulaire, il ne faut pas parler de « caricatures de socialisme » et a fortiori de « caricatures de communisme ». On se tire une balle dans le pied… D’abord (c’est un peu une plaisanterie) on ne peut pas caricaturer ce qui n’existe pas ! Ensuite, c’est jeter a priori un discrédit sur une expérience, effectivement ratée, mais qu’il faut néanmoins analyser et comprendre, si on veut ne pas répéter ses erreurs. Il faut séparer ce qui est de l’ordre du hasard, ou presque : l’accession d’un Staline à la tête de l’état et du Parti. Et replacer les choses dans leur contexte : la révolution de 1917 était la première du genre, elle intervenait - comme vous le soulignez - dans un pays sous-développé, mis à genoux par la guerre, un pays immense presque entièrement agricole, sortant tout juste du servage…En somme, le plus mauvais endroit pour tenter une telle aventure. Mais le hasard, les circonstances ont fait qu’il en était ainsi… Il fallait bien assumer cette situation…ou capituler en rase campagne ! Au passage, je note qu’il serait intéressant de bien comprendre pourquoi les premières révolutions socialistes (Russie, Chine, etc…) ont triomphé précisément dans des pays les moins industrialisés, les moins aptes (si l’on suit Marx) à cette transformation. Cela a été incontestablement favorable au processus révolutionnaire lui-même … mais a pénalisé la suite. Car il fallait bien, après-coup, créer le tissu économico-politique qui - comme vous le soulignez avec Marx - est probablement incontournable pour véritablement « construire le socialisme ». Ce fut sans doute ce qui pesa le plus sur la réussite ultérieure de ces expériences. L’industrialisation à marche forcée sous le socialisme a beaucoup coûté et coûte encore aux peuples concernés. En schématisant, ce fut la collectivisation forcée (le knout ou le goulag) en URSS, le retour à un capitalisme du 19ème Siècle à la Zola en Chine. Ce qui pose d’ailleurs, incidemment, la question : la sortie « par le haut » du passé collectiviste en URSS (la Glasnost, la Perestroïka), fut un échec ; la Chine, dont pour ma part je considère qu’il faut toujours la ranger parmi les « expériences socialistes », réussira-t-elle cette sortie de sa NEP, c’est à dire d’un capitalisme plus ou moins contrôlé ?

    Pour conclure (provisoirement !) sur cette question du socialisme, je pense que l’idée de promouvoir en France « un socialisme du 21ème Siècle » à l’image des tentatives du même ordre envisagées en Amérique du Sud, est une étape incontournable d’une « transformation sociale » digne de ce nom. Il ne faut pas la peindre de vertus idylliques, il faut en faire un projet crédible aux prétentions réalistes (par exemple, qu’elle « donne à chacun selon son travail », en donnant à chacun un travail pour commencer !…). En somme, qu’elle soit effectivement globalement positive. Je veux signifier par là quelque-chose qui soit analogue à ce qu’a été la décolonisation pour tous les peuples colonisés au 20ème Siècle. Elle n’a incontestablement pas apporté à ces peuples, loin s’en faut, des « lendemains qui chantent ». Mais y-a-t-il aujourd’hui chez ces peuples plus d’une pincée de gens qui souhaiteraient revenir au colonialisme d’antan ? Eh bien ! Il faut que dans le socialisme que nous pourrions bâtir, il en soit de même ! Ce serait un critère décisif de réussite…et on pourrait passer à une deuxième phase un petit peu plus proche de l’asymptote !...

  • J’ai lu le texte, un peu rapidement je l’avoue. Je précise d’emblée que je suis un sympathisant NPA.

    Je me retrouve dans une bonne majorité des propos tenus. Par contre, concernant la minorité, eh bien je dois dire que c’est n’est pas du tout le cas. Je précise que je me crois pas idéologue pour un sou, n’ayant pas une culture politique phénoménale etc. J’ai trouvé ce texte finalement intéressant dans la limite qu’il permet de tracer entre PCF et NPA. Pas que je veuille forcément tracer un trait entre les 2 : je pensais que les différences étaient nettement plus faibles que ça. Et personnellement je suis pour un rapprochement de toutes les forces anticapitalistes... à aprtir du moment où elles sont prêtes à rompre avec toute alliance participative avec la social démocratie. Par cohérence et pour ne pas brader les idées déclamées, mais pas forcément appliquées. Mettre en avant des idées est une chose, mais ce qui importe n’est pas ce qu’on déclare ou déclame, mais ce qu’on fait concrètement. Et participer à un gouvernement socialiste, comme ça a été le cas par le passé, et comme ça pourrait être le cas à l’avenir (quelles sont les conditions ? J’ai du mal à concevoir qu’un parti dit anticapitaliste puisse s’allier pour je ne sais quel but ou prétexte, avec un parti complètement intégrer dans le système capitaliste, non ?), c’est du concret. Et ça nuance passablement les propos du PCF avec lesquels, je le répète, j’adhère en assez large part.

    Bon, je vais plutôt suivre le texte dans l’ordre, et inclure mes remarques :

    * je note un manque de critique de la non-démocratie en vigueur à Cuba (qui est certes évoquée un peu plus loin). Je pense que le PCF doit, pour être "présentable" comme cela est dit (ou un autre terme ?), faire une critique sans concession de ce qui n’a pas fonctionné en URSS et Cie. Pas que le PCF d’aujourd’hui soit responsable de ce qui s’est passé ou se passe encore dans des pays dits communistes (et qui je suis d’accord ne le sont pas forcément), mais pour affirmer clairement ses orientations, en rupture ou pas, avec les pratiques ayant eu cours ou ayant encore cours. Pour clarifier les choses. De ce point de vue, dire que la Chine ou Cuba ne sont pas des dictatures (point 4), me paraît intenable ! Une société socialiste doit être démocratique, comme vous le dites, et donc liberté de la presse, pluralité des partis etc. Les expériences
    "communistes" ont pu être affectées par le poids de l’histoire ou de la culture : URSS post-tsariste, Cuba post-dictatorial etc. Il convient en tout cas d’énoncer clairement ce qui vous démarque de ces expériences, de façon intraitable. Je dis ça pour vous.

    Pour moi le PC italien s’est éteint, tout comme le PCF a régressé continuellement ces dernières décennies, du fait d’alliances quasi systématiques avec la social démocratie (qui est pour moi plutôt un gros mot actuellement). Notamment au gouvernement ! Si près du but, mais tellement loin des idées défendues ! Et dans ce cas, qui saute en cas d’insuccès ? Le fusible pratique PCF, qui est en plus victime d’incohérence. De lutte des places en lieu et place de lutte des classes ? Comment, étant miliant de base ou sympathisant, ne pas se sentir au moins vaguement trahi par une participation à un gouvernement aux idées pratiquement opposées à celles attendues, sans latitude complète d’action, donnant au moins l’impression de soutenir le PS ? Pour remplir les caisses du parti ? Lui donner une tribune ? Mais dans laquelle il ne peut défendre réellement ses idées, ne peut être 100% critique car faisant partie du pouvoir ? Le PCF devrait avoir un débat approfondi sur ces questions : cette politique d’alliance a t-elle abouti à des résultats sociaux concrets ? Oui, certainement, mais à quel prix ? Quels sont les inconvénients majeurs de cette politique d’alliance ? etc. Donc le PCI s’est fourvoyé dans des alliances et a fini dilué au milieu d’un tout qui l’a étouffé. Je ne souhaite pas la même fin au PCF, qui vit un léger renouveau dû au moins en partie à l’alliance avec le PG. Par cohérence, l’alliance avec le NPA, LO... paraît largement plus logique que celle avec le PS. Pour cela il paraît logique de rompre avec le PS. Quitte à perdre des élus et des financements. La clarté du parti et de ses idées l’exige. A ces conditions je serais personnellement largement partisan d’une alliance NPA-PCF. Ca me suffit ! Il faut en finir avec le flou artistique entre les paroles et les actes. Avoir une pratique et un discours cohérent, constant, clair et défini démocratiquement, ce n’est pas être sectaire ! C’est juste permettre aux gens de s’y retrouver ! Et d’accorder leur confiance !

    Je ne m’étandrais pas sur les médias (importants) anti-communistes et pro-NPA. Quel média est anticapitaliste ? TF1 ? France 2, France 3, M6 ??? Des noms ! Que je regarde leur chaîne !

    Le refus d’une révolution violente et la volonté d’un réformisme "de méthode"... quelques remarques (je tombe des nues ! Le PCF : réformiste finalement, ah bon ! Au moins c’est cohérent avec la participation à des exécutifs pour faire des concessions etc.) :
    1. Quelle distinction subsiste t-il entre le PCF et le PS ? On en vient maintenant à faire une distinction entre 2 réformismes différents, révélateur de la droitisation de la politique ! Certes le PS ne veut plus changer de système. Ca se saurait. Le PCF a donc la position du PS d’il y a 3 décennies alors ? Et dans 3 décennies ?
    2. Peut-on imaginer que les capitalistes se laisseront déposséder, même à petit feu, sans réagir ? Ils ont les médias, les moyens, des appuis politiques sur toute la planète. S’ils ont le temps de voir venir les choses, gageons qu’ils sauront encore mieux réagir ! Mieux réagir à de petites guérillas temporaires qu’à un combat généralisé et inattendu. Qui certes est peu probable, mais sait-on jamais ? Je suis non violent, mais persuadé que pour en finir avec le capitalisme, tout ne peut que passer par la violence des possédants et bénéficiaires actuels de ce système, s’accrochant à leur place. Leur arracher des choses ponctuellement certes c’est possible... mais la contre-attaque se préparera continuellement. Espérer que ces réactions les délégitimeront ? L’attaque néo-libérale continue se fait sans trop de souci depuis des années... les révolutions ne sont jamais prévisibles, elles viennent de conditions sociales jugées insupportables et donc ne peuvent se créer. Par contre il faut être présent au cas où, pour orienter, mettre du contenu, formuler des revendications etc. Le PCF serait contre des "mouvements spontanés" (paragr.6 : j’y reviendrai plus loin).
    3. Dans le texte est dit que le progrès social a plus été arraché sous la pression du communisme mondial (notamment russe) que sous la pression politique en France. Alors même que le PCF était 5-10 fois plus puissant qu’aujourd’hui. Ca ne veut bien entendu pas dire qu’il est fini etc. Mais vouloir appliquer une ligne identique (réformiste) dans ces conditions, semble voué à l’échec. Pensez aux opprimés ! Il faut taper du poing sur la table, défendre les acquis, certes, mais pas se contenter d’un "conservatisme" de cet ordre ni paraître brader la conflictualité des paroles pour des platitudes gouvernementales et une méthode tout sauf conflictuelle (au contraire !). Cohérence ?

    L’Etat qu’il faudrait démocratiser... rien de plus que le PS quoi. Même pas à modifier en profondeur voire révolutionner ? Contre les "mouvements spontanés", là c’est le ponpon... Les mouvements spontanés, il faut leur donner une direction... et pour ça il faut stimuler les luttes, l’auto-organisation des personnes ! Il faut des mouvements spontanés partout ! Et pas, de façon paternaliste, laisser l’autorisation de manifester à ses ouailles. Et leur dire ce qu’il faut faire ou pas. Comme le refus de la grève générale lors de la contestation de le réforme des retraites, ou la frilosité de mai 68 où les syndicats et PC freinèrent des 4 fers lorsque la situation parut leur échapper. Il faut l’expérience des luttes pour que la population se rende compte de son pouvoir, réfléchisse sur un nouveau système, de façon démocratique.
    Des élections oui, mais pour stimuler tout ça, pas pour se contenter du pouvoir. Juste une plate-forme, une visibilité pour réclamer, stimuler, et rester fidèle à ses idées.
    Les institutions sont bien bourgeoises, elles sont faites pour le système. Entre la large surreprésentation des classes bourgeoises et capitalistes, le système majoritaire...

    Sur l’écologie, bien, mais à développer. Et définir la position sur les OGM (le PCF n’y est apparemment pas opposé), l’automobile, le nucléaire... il faut étayer ces bons propos par des exemples concrets, et vérifier la cohérence !

    Bon j’arrête là ! Je trouve intéressant de pouvoir confronter ses idées !

    Salut camarades !

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