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Statut des animaux : ce qu’en disait La Fontaine...
Un rappel de Valère Staraselski après le vote du 30 octobre à l’Assemblée nationale

Dans la nuit du jeudi 30 octobre 2014, l’amendement sur le nouveau statut juridique des animaux, « être vivant doué de sensibilité » a été adopté par l’Assemblée. Désormais « être vivants doués de sensibilité », les animaux ne seront plus juridiquement définis comme des biens meubles, alors qu’ils répondent encore au régime des biens corporels. Le terme de « chose » ne s’applique pourtant guère à des « être doués de sensibilité »...

Au 17ème siècle déjà, Jean de La Fontaine polémiquait avec le philosophe Descartes qui assimilait les animaux à des machines…

Ce fait est rapporté dans Le maître du jardin, roman de Valère Staraselski.

Extrait

« Quant à la dispute avec Descartes, ainsi qu’il le lui avait écrit, la réception par le public des dernières Fables l’avait rassuré. Et cela avait au moins le mérite de la clarté. Car si, par ailleurs, la philosophie de Descartes était engageante, ce qu’il débitait des bêtes, en revanche, était tellement grossier, voire révoltant pour l’intelligence ! Enfin, un esprit si fort affirmer qu’un animal est une machine, qu’en lui nul sentiment, point d’âme, comme une montre qui chemine, tout de même !
« Tu lui as fort bien répondu ! articula calmement Maucroix. La vie rappelle toujours la réalité aux doctrines par trop serrées. Ton cerf, ta perdrix, tes castors, tes rats et ton renard ont plus fait pour la vérité du genre animal que tous les traités de nos doctes penseurs ! Tu as eu raison de montrer que la crainte donne de l’esprit aux bêtes. C’est une débauche du raisonnement à la fin que d’en avoir osé faire des machines ! »

Se levant soudain tout en tenant son bureau d’une main, La Fontaine attrapa le chandelier, laissant Maucroix dans la pénombre et alla fouiller dans les tiroirs de son secrétaire. Après un moment, il en revint avec une feuille de papier où s’étalait une écriture à la calligraphie longue et étirée. Il la tendit à son ami qui, cherchant à l’intérieur de son balandran qui avait séché puis de sa soutane, sortit une paire de bésicles pendant que La Fontaine posait le chandelier sur le guéridon. Une fois réinstallé, avec sa couverture sur les genoux, l’auteur lui déclara :
« Je t’en avais parlé et je croyais avoir égaré ce courrier dans le déplacement entre la rue Neuve-des-Petits-Champs et ici. Lis donc, il s’agit d’une ancienne correspondance du sieur de La Rochefoucauld avant la sortie du premier livre des Fables. Va, va, lis donc pour moi aussi ! »

S’exécutant, Maucroix ajusta ses lunettes et lut hautement :

Il y a autant de diverses espèces d’hommes qu’il y a de diverses espèces d’animaux, et les hommes sont, à l’égard des autres hommes, ce que les différentes espèces d’animaux sont entre elles et à l’égard les unes des autres. Combien y a-t-il d’hommes qui vivent du sang et de la vie des innocents : les uns comme des tigres, toujours farouches et toujours cruels ; d’autres comme des lions, en gardant quelque apparence de générosité ; d’autres comme des ours, grossiers et avides ; d’autres comme des loups ravissants et impitoyables ; d’autres comme des renards, qui vivent d’industrie, et dont le métier est de tromper ! Combien y a-t-il d’hommes qui ont du rapport aux chiens… Il y a des chats, toujours au guet, malicieux et infidèles, et qui font patte de velours ; il y a des vipères dont la langue est venimeuse, et dont le reste est utile… Combien d’oiseaux passagers, qui vont si souvent d’un monde à l’autre, et qui s’exposent à tant de périls, pour chercher à vivre ! Combien de fourmis, dont la prévoyance et l’économie soulagent tous leurs besoins ! Toutes ces qualités se trouvent dans l’homme, et il exerce, à l’égard des autres hommes, tout ce que les animaux dont on vient de parler exercent entre eux.

« Voilà donc, François ! »
Cela fut prononcé presque à voix basse. Les flammes des chandelles vacillèrent puis tremblèrent à cause d’un brusque courant d’air qui arriva de la fenêtre.

[…]

Deux rats cherchaient leur vie, ils trouvèrent un œuf. […]
Comme ils pouvaient gagner leur habitation,
L’écornifleur étant à demi-quart de lieue,
L’un se mit sur le dos, prit l’œuf entre ses bras,
Puis, malgré quelques heurts et quelques mauvais pas,
L’autre le traîna par la queue.
Qu’on m’aille soutenir, après un tel récit,
Que les bêtes n’ont point d’esprit !

Les Deux Rats, le Renard et l’Oeuf


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