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Sortir du communisme utopique
Par Eric Le Lann

Au cours de ce siècle, l’humanité va se trouver brutalement confrontée à des contraintes naturelles fortes, alors qu’au cours des siècles précédents, les progrès techniques, pour peu qu’ils soient bien utilisés et voient leurs fruits répartis, semblaient pouvoir l’affranchir de ce type de contraintes. Fait nouveau, ces contraintes se manifestent à l’échelle de la planète dont on ressent dorénavant le caractère fini, et donc à l’échelle de l’humanité, dont l’unité de destin peut être mieux perçue.

Il est impossible de dresser en quelques lignes un inventaire de ces contraintes. Je m’en tiendrai à évoquer celles qui me paraissent particulièrement significatives, la question des ressources et celle du changement climatique, et sur le contexte démographique.

S’agissant des ressources, la question des ressources énergétiques est souvent évoquée mais les problèmes de l’agriculture seront également sensibles. L’augmentation du prix du blé vient de donner un signe avant-coureur des difficultés qui pointent. Les spécialistes en conviennent, il ne s’agit pas d’un phénomène conjoncturel. Stagnation de rendements, dégradation de sols, épuisement de nappes phréatiques avaient déjà été relevés. S’y ajoute dorénavant la concurrence entre l’énergie et l’alimentation pour l’utilisation des céréales. Lester Brown résume brutalement cette situation : « dans ce monde de pétrole cher, les supermarchés et les stations services seront en compétition sur le marché des produits de base de l’alimentation humaine, tels que le blé, le maïs, le soja, et la canne à sucre. Dans les faits, les 800 millions de propriétaires du parc automobile mondial sont en compétition directe pour l’utilisation des ressources alimentaires avec les 1,2 milliards d’individus vivant avec moins d’un dollar par jour » (Le Plan B, son dernier ouvrage paru). Avant même que cette dernière donnée n’apparaisse, dans l’ouvrage Une voie étroite pour la sécurité alimentaire d’ici 2050, publié par l’Organisation Mondiale de l’Almentation en 2003, Philippe Collomb considérait que « l’Afrique devra multiplier sa production alimentaire par 5 tandis que l’Asie, notamment la Chine et l’Inde, ainsi que l’Amérique Latine, devront la doubler », ce alors que bien des terres arables se dégradent. Globalement, par delà la disparité des situations selon les régions du monde, la capacité à résoudre la question alimentaire dépendra des conditions de productions, mais aussi de l’évolution, ou non, des habitudes alimentaires vers une plus grande consommation de viande, qui nécessite plus de terres agricoles, et, bien sûr, de l’évolution démographique.

Le journaliste et expert Gérard Le Puill, dans L’Humanité du 1er septembre 2007, nous invitait à ne pas sous-estimer l’importance de cette question : « La production agricole ne sera jamais une activité économique tout à fait comme les autres. On ne fait pas pousser du blé comme on coule de l’acier dans un haut-fourneau. Car le climat dicte le cycle végétal du blé, donc le volume et la qualité de la récolte. Et les aléas climatiques sont de plus en plus fréquents et perturbateurs sur une planète en phase de réchauffement durable. Une pénurie de céréales réduira les rations de pain, de pâtes mais aussi de viandes. En effet, les blés fourragers et les céréales secondaires constituent l’essentiel de l’alimentation des volailles et des porcs avec ces autres productions agricoles que sont les oléagineux et les protéagineux. Parce qu’il s’agit de denrées vitales, les prix des produits alimentaires peuvent atteindre des sommets en cas d’offre insuffisante, même partielle et temporaire. En France, les plus anciens se souviennent encore des pénuries de la Seconde Guerre mondiale et des cours du marché noir. On imagine alors la situation des populations les plus pauvres si l’offre ne suivait plus la demande : des taux de mortalité élevés et des exodes de la faim, notamment dans les pays importateurs net qui seraient trop pauvres pour acheter des denrées à des prix décuplés par la spéculation. Ce risque est réel dans un monde où les réserves stratégiques de céréales ont été progressivement abandonnées, à l’exception notable de la Chine. »

Le dérèglement climatique est évidemment une autre donnée majeure dont les conséquences ne peuvent encore être évaluées avec certitude.

Le dernier rapport du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’avenir du Climat) fait état d’un réchauffement compris entre 2 et 4,5 degrés, si le taux de dioxyde de carbone double par rapport aux années 90, sans exclure « des valeurs substantiellement supérieures ». Rappelons que 2 degrés d’augmentation de la température atmosphérique représentent déjà une rupture inouïe en un laps de temps si bref et que ces 2 degrés ne sont qu’une moyenne annuelle planétaire, condensant des variations bien plus importantes, géographiques, saisonnières ou exceptionnelles. Ces modifications induiront un changement des conditions écologiques dont dépend l’activité de plusieurs milliards d’êtres humains, en premier lieu les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs, et seront facteur de drames liés non seulement aux évènements exceptionnels, inondations, tornades et sécheresses prolongées, et à l’élévation du niveau de la mer, mais aussi à la désorganisation des activités humaines. La grande incertitude est la suivante : au-delà des notions de réchauffement et de changement climatique, sommes-nous devant un processus de modification profonde des équilibres fragiles de la couche superficielle de la Terre (océans, atmosphère et mince pellicule de vie à la surface terrestre) ? Cette thèse est, notamment, celle de James Lovelock. Sans pour autant se rallier à son idéologie réactionnaire, proche du courant dit de « l’écologie profonde » et à toutes les solutions qu’il préconise sous le vocable de « repli durable », on peut porter attention à son diagnostic. Le dernier rapport du GIEC, déjà évoqué, mentionnait que « les modèles utilisés n’incluent pas les incertitudes liées aux rétroactions dans le cycle du carbone ». C’est sur ces rétroactions, qui mériteraient d’être exposées de manière détaillée, que se focalise James Lovelock. Dans son dernier ouvrage, La revanche de Gaïa, il considère que « dans une période interglaciaire comme celle que nous connaissons, le système Terre est pris dans un cercle vicieux de rétroactions positives. Toute élévation de température – qu’elle provienne des gaz à effet de serre, de la disparition de la glace arctique et de la modification de la structure des océans, ou de la destruction des forêts tropicales – est amplifiée et ses effets sont exponentiels. Le réchauffement global s’emballe, et le temps manque pour agir ». L’interpellation de James Lovelock n’est pas isolée. Ainsi, Hubert Reeves évoquait dans son livre Mal de Terre des scénarios planétaires qui convergent avec les hypothèses de Lovelock.

Enfin, donnée tout aussi importante, mais peu étudiée par les courants contestataires, le choc démographique. La population mondiale va passer de 6 milliards d’habitants à 8 à 9 milliards en 2050. Les perspectives démographiques dépendent du moment où le taux de fécondité et le taux de mortalité s’équilibrent. Les démographes estiment que si ces taux s’équilibraient en 2010, on irait vers une stabilisation de la population en dessous de 8 milliards en 2060. La stabilisation se ferait en 2095 à environ 10 milliards, si cet équilibre intervient en 2035, et à 14 milliards d’habitants en 2100 s’il intervient en 2065. Les conséquences de cette évolution démographiques se feront sentir dans tous les domaines, et notamment dans ceux de l’approvisionnement alimentaire.

Parmi les régions du monde où l’augmentation sera probablement la plus forte, figure l’Afrique. Pour une population d’environ 200 millions d’habitants en 1950, l’Afrique devrait atteindre 2 milliards d’habitants en 2050. Dans l’Humanité du 6 mai 2006, Marie-Claude Tesson-Millet et Jean-Marc Chataigner nous expliquaient qu’à cet horizon, la population du Niger serait alors probablement 5 fois plus nombreuse qu’en 2000, que celle du Tchad aurait triplée, et que celle de l’Ouganda aurait été multipliée par 4, ce qui créera des « problèmes insoutenables en termes de gestion des terres, des ressources agricoles, d’approvisionnement en eau, de construction d’écoles, de centre de santé ». Lorsque l’on sait que la scolarisation des filles est un facteur décisif de l’évolution du nombre d’enfants, on mesure l’énorme responsabilité des politiques des institutions financières internationales, qui ont pesé sur la réduction massive et brutale des dépenses publiques, malgré ses conséquences sur la scolarisation. Dans L’explosion démographique, Albert Jacquard dénonçait ainsi un véritable cercle vicieux, en invitant à le rompre : « un système éducatif coûte cher, trop cher, dans les pays où la pyramide des âges comporte une base large. Le cercle vicieux se referme : le manque de moyens empêche de mettre en place un système éducatif efficace, les jeunes filles, en particulier, restent à l’écart de la transformation des idées et des mœurs ; la fécondité ne recule que lentement ; le nombre d’enfant à scolariser s’accroît… ».

Mentionnons seulement une conséquence de cette explosion démographique : elle rend impraticable l’hypothèse d’un retour aux modes anciens de consommation et de production.

Tout au long du siècle qui vient, ces contraintes vont progressivement accroître leur emprise. On peut, certes, imaginer que des changements technologiques de grande ampleur puissent à terme apporter des solutions nouvelles. Mais, au mieux, ce sera l’affaire de plusieurs décennies, durant lesquelles c’est l’état actuel des rapports de l’homme à la nature qui dictera encore la conduite de milliards d’êtres humains. Et, dans cette hypothèse, conduire la transition vers une situation nouvelle sera un défi d’une difficulté incommensurable, qui ne pourra être, à l’évidence, l’œuvre des forces qui dominent la mondialisation à ce jour.

Nul ne peut prédire dans le détail les conséquences politiques et sociales de ce changement d’époque. Mais, à n’en pas douter, il s’agit là d’une situation grosse de tensions, de déstabilisations et de souffrances pour les perdants de cette nouvelle donne.

Ne nous le cachons pas, la France se trouve dans une situation contradictoire pour faire face à cette période nouvelle. Elle a tous les atouts hérités de son développement économique, scientifique, social. Mais, si les décennies où son économie a été largement restructurée pour une insertion totale dans la mondialisation capitaliste ont réussi à assurer la poursuite de l’augmentation du produit intérieur brut, elles aussi ont brisé sa cohérence. Chaque région, chaque entreprise, et chaque branche du système productif a maintenant son propre branchement sur le marché mondial, alors que les grands systèmes de garanties collectives, de protection sociale, les réseaux d’apprentissage et de diffusion de la culture, restent nationaux, même s’ils sont alimentés par des ressources issues de cette insertion dans le marché mondial, dont les fruits sont précaires dans une situation de concurrence exacerbée. A y regarder de près, la force des secteurs qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu (agriculture, automobile, aéronautique, armement, tourisme…) ne peut pas être considérée comme acquise et certains de ces secteurs seraient de toutes façons affectés par la réorientation écologique que tous les progressistes jugent indispensable. Qui plus est, ils ne suffisent plus à assurer l’équilibre de la balance des échanges. Celle-ci est maintenant déficitaire, fait masqué par la monnaie européenne, non plus seulement du fait des importations de pétrole comme ce fut déjà le cas, mais du fait du déséquilibre des échanges de produits industriels.

Bien sûr, ces quelques éléments devraient être développés et surtout complétés par une analyse approfondie de l’état de la société, mais ils semblent concourir à jeter les bases d’une crise nationale lourde de dangers. Et la façon de « présider » de Nicolas Sarkozy, qui ôte chaque jour tout prestige au pouvoir politique par sa vulgarité, n’est peut-être pas le plus négligeable de ces facteurs de crise.

Au plan mondial comme au plan national, les forces politiques, les courants idéologiques seront donc confrontés à des problèmes totalement inédits. Leur capacité à y apporter des réponses sera une rude épreuve de vérité.

Parmi ces forces et ces courants, comment les communistes abordent-ils cette période ?

Hantés ce qu’aurait du être à leurs yeux l’expérience socialiste du 20ème siècle, la réalisation de leur idéal, dans leur majorité ils n’ont pas fini d’en faire leur deuil. Depuis la chute de l’Union soviétique, ils sont en pleine phase de rejet et veulent se débarrasser de la culpabilité ressentie en jetant aux orties la période 1917-1991, vue dorénavant comme une parenthèse inutile, voire une suite d’odieuses trahisons des idéaux initiaux par les dirigeants de masses naïves et manipulables à volonté. Ils ont basculé dans la culture du contre-modèle, après tant d’efforts pour sortir de celle du modèle. Ils adoptent souvent la vision de l’histoire de leurs adversaires, rassemblant toutes les dictatures dans le même sac et faisant l’impasse sur l’histoire réelle des démocraties occidentales. Au point qu’il n’est pas rare de voir le concept de totalitarisme, qui sert à assimiler URSS et Allemagne nazie, repris par des dirigeants communistes, alors que l’Allemagne nazie puisait davantage ses sources d’inspirations dans l’histoire et la réalité américaines ainsi que le montre Domenico Losurdo notamment dans l’ouvrage Le révisionnisme en histoire.

Cette vision n’obscurcit pas seulement leur regard sur l’histoire, elle pèse sur leur vision du présent. Tant qu’on cherche à retrouver la pureté supposée d’un idéal entaché par l’histoire, à retrouver la voie du paradis perdu, on ne peut lire les signes du présent qu’avec les yeux du passé. Or, l’aptitude d’une force politique à jouer un rôle dépend de sa capacité à capter l’essence de la période présente.

Certes, dans leurs discours ou articles des dirigeants communistes de toutes tendances citent sans cesse la formule sur le communisme comme « mouvement réel qui abolit l’état réel ». Mais c’est rarement pour se pencher sur ce qu’a été jusqu’à présent ce mouvement réel. Et il n’est pas rare de les entendre citer, parfois dans le même discours ou le même article, une autre formule de Marx sur le communisme comme « fin de la préhistoire de l’humanité ». Or, dans cette formule, le mot de préhistoire n’est qu’un autre mot pour désigner l’histoire telle qu’elle s’est déroulée jusqu’à présent. Cette « fin de la préhistoire » n’est donc en fin de compte qu’une variante de l’idée de fin de l’histoire défendue notamment par Francis Fukuyama. En fait, on ne retient du communisme que l’idéal et on se débarrasse du mouvement communiste tel qu’il a été, tel qu’il a imprégné l’histoire.

Le communisme dans l’histoire

Plutôt que de rêver à ce qu’aurait pu être une expérience communiste idéale au XXème siècle, il est temps de la réinsérer dans l’histoire.

Il n’est pas inutile de se remettre en mémoire quelques évidences. Tout d’abord, le mouvement communiste est né d’une guerre effroyable entre puissances impérialistes dominant le monde. La Révolution russe a été à la fois un des résultats de cette guerre et une des causes de sa fin. La spécificité principale du mouvement communiste par rapport à la social-démocratie ancienne résidait dans le refus d’accepter toute conciliation avec les intérêts impérialistes, l’impérialisme étant considéré comme le « stade suprême du capitalisme » selon Lénine. D’où son écho dans les pays colonisés ou semi-colonisés, alors que Léon Blum, dont la capacité d’anticipation est si souvent vantée, justifiait la domination coloniale. Dans un rapport au comité central du PCF pour le lancement des Etats Généraux de l’intelligence, Paul Vaillant-Couturier exprimait cette spécificité en considérant que le PCF était "le parti de l’unité du genre humain". En cohérence avec cette caractéristique, le mouvement communiste se situait dans le prolongement de la Révolution française dans sa volonté d’universalité. Rappelons qu’on chantait la Marseillaise lors de la prise du Palais d’hiver, et que les participants au congrès de l’Internationale de 1935 entonnèrent avec Maurice Thorez la Carmagnole. Il n’est pas exagéré d’avancer que pour les communistes français, les idéaux de 1789 et surtout ceux de 1793 se prolongeaient dans l’œuvre des bolcheviks.

Comment apprécier le rôle du mouvement communiste sous ce double regard, refus de l’impérialisme et prolongement de la révolution française ? Ce qui s’est vraiment joué pendant la plus grande partie du 20ème siècle, n’est-ce pas la défaite des impérialismes, la défaite des dominations coloniales fondées sur les idées de supériorité raciale, et dont la pire tentative a sans doute été celle du nazisme qui monte dès les lendemains de la Première Guerre mondiale et échoue devant Moscou ? Défaite soldée par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui porte l’empreinte du communisme par sa reconnaissance des droits sociaux et se situe ainsi dans doute davantage dans la lignée de la déclaration des droits de l’homme de 1793 que dans celle des autres déclarations de droits, par la création de l’ONU, mais aussi par la décolonisation qui s’accélère ensuite. Et l’existence de ce qu’on appelait alors « le camp socialiste » peut-elle être sérieusement considérée comme un élément étranger à ce dernier processus ? En cela, le communisme n’a-t-il pas été un prolongement réussi de l’universalisme de la révolution française évoqué plus haut ?

Mais qu’en est-il alors de l’histoire de l’Union soviétique elle-même ?

Il est temps sur ce sujet de prendre en compte le travail d’historiens qui ont refusé le rôle de propagandiste d’un des deux camps.

A cet égard, les travaux de Moshe Lewin sont incontournables, et notamment son livre Le siècle soviétique. Sans la moindre clémence pour la terreur stalinienne ou l’émancipation de la bureaucratie qui lui a, selon lui, succédé, il énumère dans le chapitre « La modernité avec une torsion », les éléments suivants comme indicateurs de l’entrée de la Russie dans la modernité, en s’appuyant sur les travaux de l’historien russe Mironov : le système de valeur de la Russie est devenu laïque ; une révolution démographique a libéré les femmes du lourd fardeau consistant à nourrir des enfants qui vont mourir tôt (baisse de la natalité de 206 pour 1000 dans les années 20 à 29 pour 1000 dans les années 60 ; baisse de la mortalité de 30 pour 1000 dans les années 20 à 7 pour 1000 dans les années 60) ; la mobilité sociale a atteint un niveau élevé ; un modèle nucléaire de famille est apparu avec une attention plus grande aux enfants ; les femmes ont accédé à l’égalité juridique et vu leur statut social s’améliorer ; les mariages « mixtes » entre personnes de culture et de région différente se sont développés ; l’urbanisation a progressé ; un solide système de protection sociale avait été mis en place (retraites, soins médicaux, aides aux femmes enceintes, allocations familiales) ; un remarquable développement de l’éducation et de la sphère intellectuelle dans son ensemble avait eu lieu ; l’empire était devenu une confédération en droit avec un réel développement des nations non slaves ; une « société disciplinée » (terme repris de Foucault) était apparue. A ce bilan, Lewin ajoute : sécurité physique des individus ; développement des bibliothèques, de la lecture, du goût des arts, de la poésie, importance de la science, « toutes choses qui régresseront après 1991 ».

Dans un autre passage, Moshe Lewin résume ce que furent pour lui les réussites et les échecs : « le système soviétique a connu des réussites, mêmes tronquées, lorsqu’il a répondu à l’appel de l’histoire en mobilisant ses richesses et l’immense majorité de la population. Le système soviétique a sauvé la Russie de la désintégration en 1917-22, il l’a sauvé à nouveau, et avec elle l’Europe, d’une domination nazie qui se serait étendue de Brest à Vladivostok. A ces succès il faut ajouter d’autres réussites, mesurées à l’aune des critères qui au XXème siècle définissent un pays développé : la démographie (au moins jusqu’aux années 70), l’éducation, la santé, l’urbanisation, la place accordée à la science – tout un capital que les piètres réformateurs des années 90 ont largement dilapidé. Alors pourquoi un tel échec ? Tous les changements sociaux qui ont permis d’avancer ne représentaient que la moitié du travail. L’autre, la construction de l’Etat, a suivi une direction erronée. »

Enfin, de ce livre impossible à résumer en quelques lignes, retenons ici la critique du recours au concept de totalitarisme : « concentrer son attention sur le régime, comme si la société par définition n’était qu’argile malléable, c’est passer à côté des profonds changements structurels qu’à connu la société, et dont la prise en compte est indispensable pour comprendre les réussites du régime, ses transformations internes, ses crises et sa chute ».

Le travail des historiens est également indispensable pour appréhender la place de la violence, ses différentes phases et son contexte.

A ce sujet, Jean-Paul Scot signalait dans l’humanité du 14 décembre 2007 l’intérêt de l’œuvre d’Orlando Figes La révolution russe 1891-2004 : la tragédie d’un peuple : « Figes innove en faisant commencer le processus révolutionnaire lors de la grande famine de 1891 qui révèle l’incurie du tsarisme, la décomposition de l’aristocratie et l’immense faim de terres et de libertés de ce peuple paysan, absent des histoires politiques mais principal acteur de son destin. Entre 1905 et 1921, la révolution fut poussée par d’immenses jacqueries d’une violence inouïe que seuls les bolcheviks purent canaliser, par les décrets d’octobre et la NEP. L’autonomie des paysans-soldats explique ces violences déchaînées en ces temps de guerres. Les soviétologues ont boudé Figes car, si le romancier séduit, l’historien dérange. Il réfute les thèses politiciennes qui opposent base et sommet ou voient dans les événements de 1917 la main invisible des bolcheviks. Aux démocrates, Figes répond que la révolution d’Octobre n’est pas un coup d’état mais la victoire des soviets où les bolcheviks ont conquis la direction. Le monopole du Parti n’a pas été conçu comme un objectif mais est le résultat de son soutien aux initiatives les plus violentes des soviets de base. Aux trotskistes, il réplique que le socialisme dans un seul pays résulte de la paix séparée et non des choix ultérieurs de Staline. Figes conclut par un paradoxe : le peuple ne fut pas « la victime de la révolution mais le protagoniste de sa tragédie. Prisonnière d’un héritage d’arriération culturelle, la révolution populaire contenait en germe sa dégénérescence en violence et dictature, et pourtant plus que jamais, la Russie a appartenu au peuple ».

Signalons encore l’opinion d’un autre historien, Nicolas Werth, au cours d’un entretien publié dans l’Humanité du 7 novembre 2007, pour l’anniversaire de la révolution d’Octobre : « sur les violences du système, il faut distinguer l’avant et l’après 1930. dans la première période, il est très compliqué de distinguer entre les violences qui viennent d’en haut et les violences qui viennent d’en bas. Par exemple la collectivisation forcée où l’on requiert la participation des paysans pauvres pour aller casser du koulak, où l’on instrumentalise donc une forme de violence révolutionnaire. En revanche lors des purges de 1937, c’est une violence policière ciblée, professionnelle. Cette grande terreur est un phénomène complexe, aboutissement radical de la gestion policière antérieure du social, qui met en jeu des tensions entre centre et périphérie, relance la xénophobie, mobilise la haine des élites… »

La réalité s’est montrée beaucoup trop complexe pour rentrer dans une vision manichéenne. Est-ce nouveau ? Claude Mazauric, dans l’Humanité du 2 mai 2007 marquait son irritation devant ceux qui parlait des révolutions avec légèreté : « quelquefois nécessaires, le plus souvent inévitables, les révolutions quand elles sont « réussies », si j’ose dire, sont créatrices de valeurs nouvelles et positives, de biens durables, plus ou moins évidents. Mais mesure-t-on la somme de sacrifices, de déchirures morales et matérielles qu’entraînent les rudes moments révolutionnaires. Presque toutes les révolutions de l’histoire moderne et contemporaine ont eu à voir, directement ou médiatement, avec les guerres, civile et étrangère, et leur cortège de contraintes, d’iniquités, de violence privée, de terreur d’Etat. C’est pourquoi, avant l’enthousiasme qu’inspire l’élan des peuples en révolution et l’admiration que suscite l’héroïsme admirable des révolutionnaires, et avant de prononcer le bien (ou le mal) des « révolutions », il faut les étudier et les connaître. Saisir l’essence même des conjonctures révolutionnaires passe par l’histoire comparée ».

Cette complexité, qui ne peut se résumer à une lutte du bien et du mal, le communisme français l’a également rencontrée, même aux moments les plus glorieux : en même temps qu’un gouvernement à forte participation communiste créait la Sécurité sociale qui bénéficie à tous, c’est au nom de ce gouvernement qu’on bombardait Constantine ou Haïphong. Hô Chi Minh mesurait sans doute la complexité des situations politiques et c’est pourquoi il n’a jamais jeté l’anathème contre les communistes français. Faudrait-il maintenant jeter au feu la Sécurité sociale parce qu’elle a été conçue dans l’impureté ?

Comme quête d’une société sans conflit, de la grande harmonie où les intérêts communs et les intérêts individuels s’identifient, en quelque sorte la société des fourmis, où un homme nouveau se « construit », les expériences socialistes ont, à l’évidence, échoué. Elles n’ont pas non plus aboli l’Etat, ni les frontières. Mais cela ne suffit pas à effacer leur marque dans l’histoire réelle. Et leur part de visée messianique, hors de tout contexte historique, porteuse du refus de prendre en compte l’existence inévitable de conflits d’intérêts, n’a-t-elle pas aussi empêché de penser l’Etat d’après la révolution, et la nécessaire limitation du pouvoir ? Sans que cela puisse être considéré comme une explication exclusive, la question mérite d’être posée si l’on veut tirer les leçons des révolution passées. Domenico Losurdo pose ainsi ce problème : « au contraire de Marx et du marxisme, qui se sont souvent abandonnés à l’utopie abstraite de la disparition complète du pouvoir et des rapports de pouvoirs en tant que tels, le libéralisme a eu le mérite théorique et historique de s’être concentré sur les problèmes de la limitation du pouvoir, même si c’est avec le regard fixé sur une communauté restreinte d’hommes libres » (interview publiée sur le site filosofia.it).

Enfin, s’agissant enfin des conceptions qui favorisent une vision messianique du communisme, sans doute faudra-t-il également réfléchir à nouveau à la représentation de l’histoire comme une succession de modes de production, s’achevant avec l’instauration du mode de production communiste. A cet égard, il peut être stimulant de signaler que dans son action en faveur des biens publics à l’échelle mondiale, François-Xavier Vershave se réclamait d’une autre vision du capitalisme, celle de Fernand Braudel, où le capitalisme n’est pas un stade de développement mais l’étage supérieur du marché, étage marqué par l’opacité des échanges à grande distance. Dans La maison-monde, il proposait comme perspective « non pas l’illusoire destruction de l’étage supérieur (du marché) mais sa civilisation, en renforçant les obstacles à son omnipotence ».

L’écologie, l’Etat et les communistes

S’il est une question pour laquelle le culte de l’utopie rend tout particulièrement difficile l’élaboration de réponses appropriées, c’est la question écologique.

Dans ce domaine, ce qui domine aujourd’hui c’est l’appel à la responsabilité individuelle, au changement des habitudes culturelles. Cet appel peut-il suffire à résoudre les problèmes d’une ampleur totalement inédite, déjà évoquée, et ce, dans le court laps de temps qui nous est donner pour éviter un recul grave de la civilisation ?

Pour répondre à cette question, le livre de Jarel Diamond, Effondrement, donne des indications utiles. Jarel Diamond s’attache à décrire les expériences de civilisations confrontées à des changements de conditions écologiques, certaines ayant réussi à s’adapter, là où d’autres ont échoué et se sont effondrées. Il distingue parmi les réponses aux crises de ressources entre celles qui émergent « par le bas », et celles qui émergent « par le haut », nécessitant la mise en œuvre d’une politique par un pouvoir central. Les exemples de réponses « par le bas » sont ceux de communautés d’êtres humains, de taille limitée. Le seul exemple donné de réponse à l’échelle d’un territoire vaste et peuplé est un exemple de réponse « par le haut », celui du Japon quand ce royaume eut à mettre en oeuvre une politique de reforestation qui évita à ce pays un désastre écologique.

Pour prendre une situation contemporaine, l’Islande, qui a entrepris la réorientation de l’ensemble du fonctionnement énergétique du pays, fait appel non pas à la responsabilité individuelle mais à une politique d’Etat forte, cohérente et à long terme, dont la mise en œuvre est certainement favorisée par une culture commune et un sentiment fort de communauté de destin. Dernier exemple, dans son livre Le plan B, Lester Brown cite le cas de la lutte contre la désertification et la dégradation des sols en Chine, en évoquant la politique visant à ce que les éleveurs réduisent de 40% leurs troupeaux de chèvres et de moutons et les remplacent par du bétail destiné à la production laitière. Une telle politique pourrait-elle être menée, dans un pays où, selon lui, la richesse se mesure au nombre de bêtes possédées, par le seul appel à la responsabilité individuelle et sans l’engagement d’un Etat ?

Evidement, tout dépend de l’échelle à laquelle les problèmes se posent. Or, bon nombre de problèmes écologiques, à commencer par ceux du changement climatique et de la gestion des ressources énergétiques, se posent à une échelle qui appelle un niveau de planification, pour faire évoluer la cohérence d’activités humaines marquées par une extrême division du travail, impossible à mettre en œuvre sans politique publique ambitieuse et volontaire, et bien sûr un pouvoir politique apte à la porter efficacement.

Même pour ceux qui travaillent à imaginer des solutions qui passent par le marché plutôt que par le rationnement des ressources, il est difficile de faire l’impasse sur le rôle de l’Etat. Ainsi, ils insistent sur la nécessité que le marché intègre la vérité écologique. Comment le marché pourrait-il intégrer de tels coûts sans qu’on ne le lui impose ? Et quelle autre réalité que l’Etat pourrait lui imposer ? En France, le marché capitaliste a-t-il spontanément, sans intervention politique majeure, intégré les coûts sociaux des retraites, du chômage, de la maladie, au travers des prélèvements de cotisations sociales ?

On peut en conclure que le dépérissement de l’Etat c’est le dépérissement assuré de la planète. C’est non seulement un renforcement du rôle de l’Etat, qui abdique aujourd’hui face aux intérêts économiques, qui est indispensable pour répondre aux problèmes écologiques, mais un prolongement de sa capacité d’intervention à l’échelle de la planète, face à des marchés mondiaux. En effet, le rôle des Etats-nations ne se pose pas en concurrence avec les institutions mondiales : la faiblesse de ces dernières nourrit la faiblesse des Etats. C’est seulement si ceux-ci inscrivent leur action dans le cadre d’une politique nouvelle de gestion des ressources et de réponse aux enjeux climatiques, qu’ils pourront trouver la force d’une légitimité nouvelle. C’est dire, là encore, l’importance du travail qu’avait engagé François-Xavier Vershave sur la notion de biens publics mondiaux.

Au lieu de s’attacher à définir ce que pourrait être le pouvoir et la politique d’Etat qu’appellent de tels enjeux, les communistes, comme la gauche, ont « la hantise d’être taxée d’étatisme », ainsi que le relevait Anicet Le Pors dans un entretien publié par l’Humanité du 5 octobre 2007, en ajoutant « de crainte d’être assimilé au modèle soviétique, on ne fait plus la différence entre étatisme et Etat ». Les expressions non-étatiste ou anti-étatiste sont même devenues le sésame censé ouvrir la voie à une régénération du PCF, de son projet et de ses modes d’action. Ainsi, à lire la plupart des interventions de responsables communistes nous aurions été étatistes, et le serions encore.

Le PCF a-t-il vraiment tout conditionné à l’Etat et au changement de pouvoir politique, et a-t-il prôné un socialisme étatique ? Faut-il rappeler qu’en 1977, il y a 30 ans, après des années de critiques à l’égard de la notion d’autogestion, mise alors en avant principalement par la CFDT, il adoptait un document où il s’en réclamait. Ce document est-il resté lettre morte ? Les années qui suivirent furent marquées par une volonté de favoriser l’intervention des travailleurs dans la gestion, contre la gestion capitaliste. Il faut reconnaître qu’hormis dans les entreprises menacées de fermetures, les salariés ne s’enthousiasmèrent pas outre mesure pour cette intervention, ce qui ne disqualifie en rien la tentative. Ici ou là, des expériences de conseils d’ateliers furent également soutenues. Preuve, parmi tant d’autres, de la prise en compte de la multiplicité des formes de propriétés de la société actuelle ou future, l’expérience de la création d’une coopérative dans une entreprise importante fut aussi expérimentée avec Manufrance comme alternative à la gestion patronale qui menaçait l’emploi. D’autres formes sociales de gestion furent également défendues, pour le présent comme pour l’avenir. On ne peut davantage dire que la stratégie politique suivie depuis renvoyait au seul exercice du pouvoir d’Etat. En 1979, un congrès s’est préparé sur le thème « l’avenir commence maintenant », et depuis, combien d’interventions n’y eut-il pas pour récuser la notion de grand soir, fut-il électoral ! L’appel à l’intervention directe a depuis pris de multiples formes et constitué une donnée permanente de la politique des communistes.

En fait, peu à peu, il me semble que les communistes ont été au-delà de la volonté justifiée de se dégager de l’étatisme et ont fini par minimiser le rôle du pouvoir politique, et de la politique qu’il conduit, dans la transformation sociale.

Or, ce qui était imaginable après les années 60 et 70, époque où d’importantes transformations progressistes ont eu lieu avec le maintien d’un pouvoir d’Etat conservateur, voire réactionnaire, ne l’est plus.

Nous nous trouvons maintenant dans un contexte politique totalement différent. La sous-estimation du rôle du pouvoir politique dans les réponses à la situation actuelle du pays, et plus largement du monde, fait passer à côté du besoin d’Etat que ressentent ceux qui sont les victimes de l’adaptation de l’économie au marché mondial. On a vu avec ce qui s’est passé à Metaleurop, dans les Ardennes, comment le sentiment d’être abandonné par l’Etat-nation peut acculer à des formes désespérées de lutte, inimaginables au XXème siècle. L’exhortation à mieux lutter est alors hors de propos : comment imaginer des solutions en faveur de l’emploi pour ces salariés et ces régions en dehors d’une politique industrielle nouvelle ? A cette demande d’Etat qui tient pour une large part à la totale inscription de notre pays dans la mondialisation, les communistes restent sourds, et plus sourds encore que les autres forces politiques.

En élargissant notre regard, nous pouvons constater que dans la mondialisation actuelle, on ne s’en sort pas sans Etat. Ceux qui « dérouillent » le plus y sont ceux qui ont eu le « tort » de naître là où les Etats sont les plus faibles ou bien là où ils ne sont encore pour une large part que des constructions artificielles héritées de la colonisation. Et, force est de constater que la Chine, qui s’est redonnée un Etat après que l’ancien se soit désagrégé avec la société au début du 20ème siècle, tire son épingle du jeu. Le fait que cet Etat et cette nation aient su mener une révolution démographique, dès la sortie de la période de la Grande révolution culturelle et prolétarienne, n’y est pas sans doute pas étranger.

Dans un tout autre contexte, l’Algérie, il est intéressant de relever les analyses émises peu avant sa mort, à l’occasion du congrès du Mouvement Démocratique et Social, par Hachemi Cherifi, qui fut secretaire-général de ce parti : « On n’avancera dans la bonne direction que si on voit bien que sous quelque angle que l’on analyse la situation dans le pays, c’est la question capitale de la reconstruction, ou plutôt de la construction de l’Etat qui est vitalement posée, faute de quoi les hypothèses et projections prospectives et perspectives sur l’organisation de la société, sur la démocratie, la justice, la liberté, l’essor général, le contrat social, l’harmonie, ne seront que fantaisies. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’Etat, ou que cet Etat a failli sur toute la ligne. C’est bien ce même Etat qui a résisté contre le terrorisme islamiste (aussi parce qu’il le connaît bien) et en cela il a, en dépit de nombreuses faiblesses accompli une mission historique majeure. Mais il a failli dans sa reconstruction et sa ligne stratégique en sous-estimant la valeur de la modernité politique, civilisationnelle et culturelle. Et il devra bien s’agir d’un Etat qui se fait et se forge avec les logiques, les espaces, les instruments, les visions du XXIème siècle, celui des grands ensembles et échanges, disons des interactions, de la mondialisation bien comprise dont tous devront profiter. Chez nous, nous avons affaire à une masse informe qu’on ne peut encore qualifier de société au sens moderne. »

Sans doute, la méfiance à l’égard de tout Etat quel qu’il soit se nourrit de deux événements historiques qui ont été de nature à donner force à la vision de l’Etat comme celle d’un monstre : le nazisme (rappelons-nous le slogan CRS=SS : derrière tout Etat il y a un danger nazi, indépendamment des conditions sociales et historiques) et le stalinisme. Mais il ne faut pas se tromper d’époque . Vivons-nous sous la menace d’un Etat orwellien ou encore de l’Etat-Moloch qui dévorait les siens, dénoncé par Bakounine et qui fut une réalité à l’époque de la guerre de 1914-1918, quand Lénine remis en selle l’idée d’extinction de l’Etat ? Il n’y a pas de raison pour que ce danger soit à jamais écarté, mais la réalité de l’heure est à l’affaiblissement des Etats dans une mondialisation dominée par le capitalisme. Loin d’être une chance à jouer, cet affaiblissement ne peut que renforcer les forces du capitalisme mondialisé. C’est pourquoi, ceux qui veulent porter une alternative progressiste se couperont des salariés s’ils apparaissent comme combattant l’Etat quel qu’il soit et par principe.

Evidemment, il ne s’agit pas de revenir en arrière. Redonner toute sa place à la prise en compte du rôle du pouvoir politique, de l’Etat, n’est évidemment pas contradictoire avec la prise en compte des multiples formes d’intervention ou d’expression démocratique où toute la complexité des situations, l’extrême diversité des conceptions et des intérêts se fait connaître, diversité dont la prise en compte est indispensable pour établir la cohérence et l’efficacité de la mise en œuvre des grands choix collectifs. Ce n’est pas davantage contradictoire avec la délégation de grandes fonctions que le pouvoir politique doit garantir, hors de l’appareil d’Etat au sens strict, à l’image de la Sécurité sociale.

En résumé, la question qui est posée aux communistes en tant que force politique n’est pas d’imaginer le meilleur des mondes, c’est d’analyser ce qu’ils considèrent comme les enjeux les plus cruciaux, ici et maintenant, de proposer à la société les réponses qu’ils estiment appropriées. S’il ne s’agit pas de faire table rase de la société mais de la développer dans un contexte porteur de sa dislocation, les forces qui pourront se saisir de ce projet sont celles qui sont à la base des activités économiques, sociales et culturelles du pays. Bref, il s’agit de sortir du communisme utopique pour concevoir un communisme réaliste.

Avril 2008


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