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Rythmes scolaires
Dans un entretien le sociologue Pierre Clément évoque notamment " la réduction historique du temps scolaire à l’école primaire "

Pour le sociologue, Pierre Clément, au delà de la réforme des rythmes scolaires, les plus grosses atteintes au caractère national du service public éducatif proviennent d’abord de l’inégale répartition des moyens entre les territoires.

Avec la réforme des rythmes scolaires, l’emploi du temps des écoliers va dorénavant varier d’une commune à l’autre. L’Éducation nationale est-elle devenue un service public de l’Éducation municipale ?

Pierre Clément. Je n’irai pas jusque-là. Il existe toujours des clés de voûte pour maintenir l’existence d’une Éducation nationale. La carte scolaire, malgré ses défauts, continue d’exister, et les programmes restent nationaux, au moins formellement. Quant au temps scolaire, il demeure défini pour l’ensemble du territoire. Notre système éducatif reste l’un de ceux qui sont les plus régulés au niveau national. Ceci dit, il y a des réformes qui tendent à le remettre en cause. L’instauration d’un socle commun de connaissance et de compétences peut être lue, même si ses partisans s’en défendent, comme un pas de plus vers une école à plusieurs vitesses. Autre exemple : il n’y a plus de véritable politique nationale de formation des maîtres. Et même si les concours restent nationaux, les enseignants sont aujourd’hui formés par des universités largement autonomes. Il reste encore des gardes fous, mais ils sont grignotés, peu à peu.

" Au total, cela s’est traduit par une perte de six heures d’enseignement pour les élèves depuis les années 60. "

Et que dire des rythmes scolaires ?

Il est trop tôt pour évaluer cette réforme. Cependant, on peut d’ores et déjà dire qu’elle est un écran de fumée qui masque une question bien plus importante : la réduction historique du temps scolaire à l’école primaire. Nous sommes passés de 30 heures de cours hebdomadaires, avant 1969, à 27 heures, puis à 26 heures au début des années 90. Les heures libérées avaient pour but de renforcer la formation continue des enseignants, de leur permettre de travailler en équipe, de rencontrer les parents et de faire vivre l’école. En 2008, une nouvelle réforme a encore retiré deux heures de cours. Au total, cela s’est traduit par une perte de six heures d’enseignement pour les élèves depuis les années 60. Si la réforme Peillon pose problème, c’est d’abord parce qu’elle a renoncé à rétablir les deux heures perdues en 2008. Après, c’est évident, si les activités des enfants au-delà de ces 24 heures de cours sont de la responsabilité de la commune, on peut s’attendre à de fortes différences, en fonction des moyens ou de la politique éducative de chaque municipalité.

Quel rapport entre la réduction du temps scolaire et les programmes ?

À chaque fois, c’est la même logique politique. On définit une espèce de minimum commun pour tous les élèves, qu’ils soient scolarisés au collège Henri IV, à Paris, à Sarcelles ou au fin fond de la Creuse. Tout en gardant ce cadre national officiel, on réduit le cœur de ce qui constitue l’école commune. Le reste est laissé à la liberté des communes ou à la responsabilité des équipes pédagogiques, sans trop savoir ce qu’il advient. Mais les plus grosses atteintes au caractère national du service public éducatif proviennent d’abord de l’inégale répartition des moyens entre les territoires. Tout le monde connaît les ZEP, qui visent à donner plus à ceux qui ont moins. En réalité, c’est de la poudre aux yeux. Un rapport de la Cour des comptes datant d’avril 2012 révélait que l’on dépensait davantage pour un élève scolarisé à Paris que pour un élève scolarisé en banlieue parisienne. Les profs y sont plus expérimentés, avec plus d’agrégés, que de certifiés, par exemple. Ces différences de niveau de financement sont à mon avis beaucoup plus fondamentales que la réforme Peillon.

Entretien réalisé par Pierre Duquesne publié dans L’Humanité du 1er septembre 2014

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