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Requin, nucléaire et avion
Par Amar Bellal

À la suite d’un accident survenu récemment, un surfeur de renommée mondiale demande à ce que tous les requins soient abattus autour de l’île de La Réunion. Des élus locaux somment les scientifiques penchant sur le sujet de «  quitter l’île  » si cette solution ne leur convient pas… Pourtant, lorsqu’on examine les faits, ces accidents dramatiques sont très rares et, on le voit, le fait très souvent de pratiques à risques (surfer avec conscience dans des zones spécifiques pourtant bien signalées comme très dangereuses). La mesure est complètement absurde et disproportionnée  : le requin étant l’animal qui arrive bon dernier dans les statistiques de cause de mortalité en mer.

Les méduses, par exemple, font infiniment plus de dégâts. Et pourtant il y a de fortes chances qu’une telle mesure, l’éradication complète des requins, trouve un certain écho dans la population, et que les appels à la raison, des scientifiques notamment, n’y puissent rien. Ici c’est tout l’imaginaire que suscite un tel accident (le film les Dents de la mer, nos cauchemars, nos peurs les plus intimes, etc.) qui en est le principal responsable. Mais ce n’est pas nouveau. On retrouve la même problématique pour des sujets bien plus sérieux et graves, dans le cas de l’énergie ou des transports. On sait, par exemple, que parmi les énergies les moins «  impactantes  » pour la santé et provoquant le moins de morts, le nucléaire arrive en premier, au même niveau que les énergies renouvelables (en incluant bien les trois accidents qui se sont produits ces quarante dernières années), bien devant le gaz qui arrive devant le pétrole et le charbon (bon dernier). Des études incontestables de niveau international l’affirment et se recoupent [1].

Mais si on fait un sondage, le nucléaire apparaîtra dans les résultats comme l’énergie la plus dangereuse, celle qui fait le plus peur. Même phénomène avec les transports  : l’avion fait le plus peur, ensuite le train puis la voiture, lorsque, à même kilométrage parcouru, c’est en réalité l’inverse  : l’avion est plus sûr que le train, qui est mille fois plus sûr que la route…

C’est une des principales difficultés dans les débats  : dépasser les peurs premières, mais mauvaises conseillères, et avoir un examen plus réfléchi des problèmes basé sur des données scientifiques. Reconnaissons, on ne convainc pas juste en apportant des chiffres, même lorsqu’ils sont incontestables… mais cela peut aider.

Amar Bellal est l’auteur de Environnement et énergie (éditions Le Temps des cerises).

Tribune parue dans l’Humanité du 28 février 2017

Notes :

[1] «  Programme “Externe”. Électricité, santé, environnement  », Ari Rabl et Joseph V. Spadaro, 2000, et aussi Nuclear Power and Health, éditions Organisation mondiale de la santé, 1994.


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