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Poursuivre, prolonger et élargir le Front de Gauche pour battre la droite, oui, l’utiliser pour régler des comptes à gauche, non !
Par Gérard Lahellec

Les récentes élections européennes ont permis, grâce au front de gauche pour changer d’Europe, de renforcer de 3 élu(e)s supplémentaires le groupe de la Gauche Unitaire et écologique au parlement européen et de réélire deux députés communistes dans les deux circonscriptions où le PCF était sortant.

Ce front de gauche pour changer d’Europe, initié par le PCF, a donc permis de rassembler les forces progressistes opposées au libéralisme, de mener une campagne unitaire et d’enclencher un processus de nature à commencer à répondre aux attentes populaires.

Ces résultats positifs ne doivent pas masquer le fait que le résultat obtenu se situe sensiblement au même niveau que le score obtenu par le PCF en 2004. Le fait que le Front de Gauche ne parvienne pas encore à capter les abstentionnistes de gauche de l’électorat populaire ni la masse de l’électorat de gauche, déçu par les politiques sociales libérales, doit aussi interpeller.

Les objectifs du front de gauche demeurent d’une brûlante actualité tout comme l’urgence de travailler vite au rassemblement majoritaire de la gauche.

C’est la raison pour laquelle, sans attendre la perspective des prochaines élections, le Front de Gauche doit s’interroger sur le rôle qui peut être le sien pour poursuivre le rassemblement contre les politiques de la droite et concourir, à chaque échéance électorale, à faire le meilleur choix pour battre la droite et obtenir des élu(e)s résolument de gauche pour concourir à la mise en oeuvre de politiques progressistes dans toutes nos institutions.

Pourtant, à la faveur des prochaines élections régionales, la tentation existe, ici ou là, de suggérer que des listes du front de gauche se constituent, par opposition aux listes d’union constituées avec le Parti Socialiste et à ce qui se fait aujourd’hui dans les Régions où les communistes participent aux exécutifs

Dans ce cas, il faudrait alors considérer que le message sorti des urnes au soir des européennes constituerait un désaveu de la participation des communistes dans les exécutifs des Régions ; ceci n’est pas prouvé, mais si c’était le cas, il faudrait alors que les communistes démissionnent tout de suite des places qu’ils occupent dans les différents exécutifs des collectivités ! Personne ne le réclame mais si les communistes, par pure hypothèse, faisaient ce choix là, il n’y aurait assurément aucune composante politique pour les retenir ! Ce serait aussi un grand service rendu à la droite qui, après les européennes, a clairement annoncé par la voix de M. Raffarin son objectif de reconquérir les régions.

Le résultat du Front de Gauche ne peut donc pas être interprété comme un appel du peuple à régler des comptes à gauche mais plutôt comme un appel à la persévérance et à la pugnacité pour oeuvrer partout au rassemblement et à l’union contre la droite et contre les politiques libérales, car dans la déconvenue électorale de la gauche aux élections européennes, le seul point d’ancrage solide et déterminé à gauche est représenté par le résultat obtenu par les listes du Front de Gauche.

Une autre question se pose : à qui doit revenir la conduite d’une telle démarche politique ?

Souvenons-nous que le Front de Gauche a fait suite à la main tendue des communistes aux autres forces anti-libérales mais souvenons-nous aussi que la liste et la campagne électorale qui ont suivi n’étaient pas conduites dans toutes les circonscriptions par les communistes qui pourtant en étaient la principale composante.

Dès lors, plusieurs autres questions se posent dans la perspective des prochaines échéances électorales : la conduite de la démarche sur les contenus politiques, sur le programme, sur les négociations éventuelles à conduire et sur la restitution du mandat accompli, relève t elle d’une appréciation qui doit être conduite par le PCF ou par des composantes ou personnalités du front de gauche, extérieures au PCF ? Le ou la chef de file du front de gauche doit-il (elle) être désigné(e) de la même manière que les têtes de liste aux européennes ? De quels programmes régionaux se prévalent les autres composantes du Front de Gauche ? De quelle légitimité peuvent se prévaloir ces composantes, souvent totalement étrangères et inconnues dans le paysage local et régional. Poser ces questions, c’est déjà y répondre : il n’est pas possible de reproduire pour les élections régionales le processus qui a été mis en oeuvre pour la construction de la stratégie et des listes pour les élections européennes.

Il est une autre réalité qui s’impose à toutes les composantes politiques : c’est la loi électorale. Pour prétendre mener une liste de manière autonome et avoir l’assurance d’être présent au second tour, il faut obtenir 10% au premier tour et pour pouvoir fusionner avec une autre liste au second tour, il faut franchir la barre des 5% au premier tour. Outre le fait qu’il ne serait pas compréhensible de refuser l’union des forces de gauche et de porter une nouvelle division à gauche après avoir participé pendant 5 ans à des exécutifs dans un cadre unitaire à gauche, un autre constat s’impose : la réalité électorale peut varier d’une région à une autre ; il y a même des différences régionales au sein d’une même grande région composant la circonscription électorale des élections européennes. C’est une preuve supplémentaire de l’impossibilité de transposer pour les élections régionales la construction qui a prévalu pour les élections européennes.

Enfin se pose en toute hypothèse la question de la représentation de chaque composante du front de gauche sur chaque liste. Transposer aux élections régionales l’exemple de ce qui s’est mis en oeuvre pour la construction des listes aux élections européennes, ce serait admettre la constitution de listes où la présence communiste serait divisée par plus de deux et convenir, à priori, en cas d’élection, que le nombre d’élu(e)s communistes soit aussi divisé par deux, ce qui ne serait ni juste ni réaliste.

Sauf à prendre le risque de transformer le scrutin de prochaines régionales en champ d’expérimentation pour des listes de témoignages, admettant à priori l’hypothèse de n’avoir aucun(e) élu dans les régions, l’objectif poursuivi doit être d’une toute autre nature.

Dans le contexte que nous vivons, où les colères sont chaque jour plus vives, les attentes sociales plus fortes, les menaces de privatisations et de dérégulations toujours plus exacerbées, la question que doit se poser toute la gauche et au sein de celle-ci tout le Front de Gauche doit être la même question que renvoient le mouvement social et les luttes à toute la gauche !

Les cheminots, les dockers et agents des installations portuaires, les agents de lycées, les usagers des services publics régionaux, le mouvement associatif et sportif, les enseignants, les agents des services publics, les paysans et les pêcheurs, les citoyennes et les citoyens attaché(e)s à la préservation d’un environnement de qualité, l’ensemble des salariés actifs et privés d’emplois, les retraités, ne peuvent pas être indifférents aux actions de résistance au libéralisme et de réponse aux attentes sociales qui peuvent être conduites par des majorités de gauche dans les Régions. N’est ce pas à la construction de ces majorités là qu’il est urgent de s’attacher ? C’est à la construction de cet objectif prioritaire que doit s’attacher le Front Gauche ; le risque n’est pas qu’il y ait trop de monde à s’engager dans cette voie et pourtant le temps presse !

En ouvrant en grand le débat sur le bilan sur l’exécution du mandat qui s’achève et en engageant un processus démocratique et populaire de concertation des populations pour travailler sur les contenus transformateurs que devrait porter un projet régional authentiquement de gauche, les communistes ne fixent aucune limite à priori au rassemblement majoritaire qui devrait se réaliser dans la perspective de ces élections. Les sensibilités les plus déterminées à faire valoir ces options, résolument ancrées à gauche, doivent en être les meilleures initiatrices il y a du pain sur la planche !

Gérard Lahellec était chef de file des communistes aux élections européennes dans la circonscription Ouest. Il est coordonnateur du PCF de la Région Bretagne


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