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Poésie chez Rafael de Surtis
Par Remi Boyer

Rafael de Surtis est avant tout un éditeur non conformiste de poésie inscrit dans le torrent du surréalisme éternel. Il nous le rappelle avec quatre livres très différents, quatre puissances, imposantes ou suggestives, exhibitionnistes ou masquées, en guenille s ou élégantes, discrètes ou indiscrètes…

C’est un temps qui ne se ressemble plus de Jean-Louis Matharan, collection Pour une terre interdite. Jean-Louis Matharan est historien, professeur spécialiste de la révolution française et du discours politique. Il a notamment publié Les Républiques françaises chez Armand Collin et, récemment, Histoire du sentiment d’appartenance en France du XIIe siècle à nos jours chez L’Harmattan. Il étudie particulièrement les conditions dans lesquelles les communautés humaines s’assemblent ou se désunissent, les exigences réciproques qui lient l’individu et le groupe. Ce qui n’exclut pas la poésie, tout au contraire :

« De ce qui se dit, s’interrompt et s’affirme
Tu ne peux, au soir,
Assurer le détail,
Crois-moi.

C’était ton intuition
Et ce fut, au cœur de chacun,
une intrusion brutale
Qui vint pour dire à tous : le temps est fini qui pleurait
toutes choses,
Voici le jour permanent des fins.

Habillé de son corps de Romain Fustier, superbe, hommage aux corps qui s’aiment, à la femme et à l’art d’Eros, à l’amour de l’amour, à découvrir absolument et à offrir.

« … tu m’as fatiguée pour la journée, confie-t-elle, réveillant son corps avec le sien, découvrant, découvrant ses seins, séparant la peau de son enveloppe de coton, une main sur son sexe, ses lèvres sur sa bouche, basculant ses fesses qui lui ouvrent ses cuisses en guise de matin froissé, de draps épandus sur les épaules, de rituel de hanches & de sursaut, les persiennes encore fermées, ignorant le temps qu’il fait, l’heure qu’il est, si le réfrigérateur est plein ou vide, ainsi furent-ils, des corps malléables, des peaux déliées dans une superposition de dos, de seins, de mains sur la bouche, de lèvres sur le sexe, de fesses froissées, d’épaules matinales pour une journée déjà si lasse… »

Ultime Amer par Isabelle Lévesque, collection Pour une terre interdite. « Parfois un jour nous ignore » avertit l’auteur. Et de préciser : « Amer : Moulin, tour, clocher, bouée, balise, objet, enfin, fixe et remarquable, situé sur une côte ou en mer, et qu’il est convenu d’employer pour des relèvements, à l’effet de connaître la route à suivre près de terre. Les pilotes côtiers doivent être très-versés dans la connaissance des amers des lieux qui sont de leur ressort. »

Parfois d’une douceur infinie, parfois tranchant comme la lame du sabre, cette poésie de la vie exalte avec élégance une sensibilité accrue à ce qui se présente là. Le lecteur est pris par la vague des mots, guidé par l’auteur qui connaît ses amers, que cela soit ceux d’une mer de peau ou d’un océan de l’âme.

« Nous arrivons du ciel.

Pas de l’aube inscrit, il fallut
tout un siècle, vers brisés
pour renaître. Nous arrivons,
tout a disparu. Pas une ligne
à jouer sur la chair parcourue
d’ombre. Inventer porte nécessité.

Nous prenons quelques grains
(terre ou semence, levain).
Nous dispersons sur le corps
la certitude, chemin lisse
des promesses. Nous n’écoutons pas
l’arrêt des heures. Seul
commencement prévaut. Tu entends ma peau,
douceur pour ta main.

C’est secret.
… »

Ou encore

« A deux : couteau du soir.

Menu haché de chair.
Cœur
A vif.
Pelé.

Toi proscrivant l’appel

Appel du vide. »

Du plus nu de nos Voix. Anthologie poétique de l’Ecole de Tarbes, collection Pour une terre interdite.

Parmi les auteurs de cette belle anthologie, nous retrouvons Jacqueline Saint-Jean, membre du comité de rédaction de la revue Encres Vives, et rédactrice de Rivaginaires, primée en 2007 pour l’ensemble de son œuvre par le prix Xavier Grall ; Eric Barbier, habitué des revues de poésie ; Cédric Le Penven « en quête d’une parole qui soit une incarnation privilégiée du vivre : incertaine et résolue. » ; Michel Lac, directeur de publication de la revue Rivaginaires et co-dirigeant des éditions Cadratins ; François Laur qui a enseigné la littérature sur deux continents et écrit en vers ou en prose des textes brefs et forts ; Serge Torri, inscrit dans une quête à la fois spirituelle et poétique ; Vincent Calvet, co-dirigeant de la revue Mange Monde ; Paul Sanda qui dirige la Maison des Surréalistes et Alain Raguet :

« Magma et poésie

la poésie ce corps acéré
déchiré un
gouffre à l’
invisible transparence
une lacération à lente maturation
magma premier éblouissement une
rose au rouge arraché un mot
dégluti une parole arrachée crachant
quelques scories superbes
quintessence de la vie primordiale
pierre imaginée la beauté du sens à
jamais refroidie braise
veilleuse en ce jour où
ma cendre pleure mon
illusion geste caressé
remué
ciel métallique scié coupé … »

Ce recueil est comme un rare bréviaire caché des secrets des cœurs et des chairs.
Précieuse école de Tarbes.

Editions Rafael de Surtis, 7 rue saint Michel, 81170 Cordes sur Ciel, France.


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