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Poésie chaotique : José Millas-Martin
Par Rémi Boyer

« Assez cons pour croire
à notre éternité
face au silence des siècles »

José Millas-Martin, anar, prolo, témoin, garnement, révolté, clown, atypique… poète-philosophe et prosateur. Au moins celui-là sera vivant bien après sa mort, toujours à faire du bruit, non un bruit assourdissant mais les sons qui alertent et éveillent.
Né en 1921, il publia d’abord en revue au cours des années 50. Son premier recueil, Recto-verso est publié en 1961. Fondencre a décidé de publier une anthologie de presque cinq décennies de poésie sous le titre A mots rompus.

« Ce n’est pas un coït qui modifiera topologie du corps »

Il y a quelque chose d’époustouflant dans la langue de José Millas-Martin. Les mots se jouent avec talent et profondeur mais jamais seulement pour eux-mêmes. Cachées derrière la gouaille ou voilées par une pudeur féconde, les idées sont puissantes, ancrées dans l’humanité. Le quotidien, rural ou citadin, enseigne l’essentiel et aussi le détail qui révèle un art de vivre. Minimaliste ou torrentielle, sa poésie morcelle, hache si nécessaire. Tricherie impossible.

« La vanité de notre écriture
nous fait découvrir
le mot où habite l’oubli »

Textes de combat ou tableaux émotionnels délicats, les poèmes de José Millas-Martin sont rarement confortables pour l’esprit. Ils bousculent, soulèvent les draps narquois posés sur les souvenirs que l’on voudrait éteints.

Attentat à la pudeur

Flics de la mémoire Taisez-vous C’est moi qui pose les questions
Répondez Souvenirs vieux cons En vrac Devant tribunal
Magistrats carnaval Répit entre deux néants Téléphone ombilical
Les choses bougent On ne peut entrer par effraction Dans vie
des autres Vous là-bas Qui moi ? Vos papiers Attentat à la pudeur

Le bol

Ce bol récupéré
reste un peu de thé
bu depuis quelques semaines
La cuillère oubliée
sur l’évier fendillé
Cette cuisine minuscule
où le jour glisse
d’une courette blanchie de murs

Ce bol en verre
a balisé son désarroi
car elle savait que
les mixtures perfusées
la dirigeraient vers l’autre trajectoire

Fin de partie
à Jean Dubacq et Pierre Esperbé

Poètes mes complices
avec qui j’ai parcouru un
bout du Temps
De certains demeurent vivantes
leurs écritures
L’âge me prend mes pièces d’usure
se déglinguent
Je les médicamente
pour demeurer
Je suis lecteur de vos
idéogrammes depuis Tant et temps

parfois un livre farci d’une lettre témoin
silencieux de votre écriture…

Et toute ma vie me saute à la gueule


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