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Petit éloge de la simplicité détournée
Thierry Renard a découvert un poète jusque-là méconnu, Abed Manseur

à Monique, découvreuse attentive

La pluie et moi marchions
Bons camarades
Elle courait devant et derrière moi
Et je serrais notre trésor dans mon cœur

Pierre Morhange, La Robe

Quand je naquis ma mère en pleurait,
la nuit, seule, dans le lit désert.
Pour moi, pour elle aussi que minait la douleur,
les siens trafiquaient dans le ghetto

Umberto Saba, Autobiographie

Il y a des poètes, et ils sont rares, qui face à leur condition ne négligent rien et font preuve de cran et d’esprit. Ils se dressent, avec leurs armes que sont les mots, contre les hauts murs qui les enserrent. Ils résistent dans leur langue aux assauts de l’injustice et de l’autorité ainsi qu’aux humiliations provoquées par la pauvreté et les inégalités.

À leur manière, si singulière, ils déjouent les nombreux pièges de la réalité, puis ils la transcendent, cette réalité, afin qu’une vérité, simple comme le jour ou la nuit, éclate pour le coup au grand jour.

L’auteur des textes dont on parle ici est de cette tribu. Il écrit simplement, et sait dépeindre les choses les plus simples. Mais sa simplicité n’est qu’apparence, elle se moque d’elle-même et surtout de nous, lecteurs impatients, lecteurs toujours trop pressés. Tout son talent consiste à détourner à la fois simplicité et réalité, en usant d’une langue inventée la plupart du temps, d’une langue imaginaire, imaginée et très imagée.

Et, à chaque fois, ses mots font mouche. Ils disent l’amour et ses naufrages. Ils disent une mer à traverser. Ils disent une quête et ses retombées. Ils disent la vie qui nous transperce. Ils disent encore une terre, un pays.Un ciel, un coin de rue, un regard, une main, un rêve ou une absence.

Ils disent cette part en nous enfouie d’universalité.

Écrire simplement n’est jamais commode. Écrire simplement exige beaucoup de rigueur alliée à une absolue générosité. Écrire simplement, c’est même très compliqué. Il faut bien choisir ses vers ou ses phrases, et trier ses mots avec goût, avec soin.

Le poète qui se tient debout, là devant nous, dans le long couloir du temps, ce poète est un ami, un frère en humanité. Il chante les petits trucs invisibles que nous ne savons pas forcément voir d’emblée. Il murmure à notre oreille, et le plus souvent il hurleen silence.

Il y a quelques parfums mystiques qui se dégagent de ses joies et de ses peines, de ses émotions fortes et de ses impressions fausses. Mystiques, j’ai dit. Pas religieux ! C’est sa part à lui d’énigme et de vérité personnelle.

Et s’il joue ordinairement avec les mots, dans son propre rôle il n’en rajoute jamais. Il est sobre, il est discret, voire secret.
Les arbres et les fleurs de son jardin sont authentiques, et ses habits sont des vêtements de peau.

Ses poèmes, pour finir, sont des inscriptions dans le marbre blanc du temps.

Le poète et passeur de mots qui se tient debout, là devant nous, se nomme Abed Manseur. Il est de la race des vivants !

Qu’elle était rose la fleur
Prenant l’air sur le balcon
Comme des lèvres en pot
Aux baisers haletants
Qu’il est bref ce type
Comme un papy haillons
Le pot aux lèvres, buvant
Le vent de sa chanson

Sur l’affiche jouera printemps
Prochainement, le pourboire
Pour les autres saisons
Mai tellement plaies
Qu’il arborera des dents
Pour croquer la vie, à plein temps

Sait-on ?

Pour toute information sur les poèmes d’Abed Manseur, s’adresser à Espace Pandora : espacepandora@free.fr


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