Patrick Cohen fait de la politique sur les radios ou les plateaux de télévision, ce qui s’est passé durant les municipales l’a montré. Partisan du PS, il préfèrerait évidemment que le choix à gauche se réduise à Jean-Luc Melenchon ou Raphael Glucksman pour la prochaine élection présidentielle. Il n’a donc pas laissé passer une occasion de lancer une peau de banane devant une candidature communiste potentielle, en révélant sur un plateau de télévision une plaisanterie idiote que Fabien Roussel avait faite dans les coulisses d’un studio de France Inter à propos du recours à l’insémination artificielle pour les couples qui ont des difficultés pour avoir des enfants, situation dans laquelle s’est trouvée Marine Tondelier. Il a fait le choix, politique, de parler de cela plutôt que d’évoquer les prises de positions publiques de Fabien Roussel au même moment, qu’il s’agisse de la tribune pour une nouvelle République ou de ses interventions sur le rôle que devrait avoir l’Europe face à la guerre de Trump et Netanyahu, etc. Elever le niveau du débat, ce n’est pas son truc. Fabien Roussel s’est de son côté excusé de cette plaisanterie auprès de Marine Tondelier.
Quand j’ai appris ces faits, je me suis dit que cela allait faire oublier les attaques politiques incessantes dont Marine Tondelier est l’objet depuis des mois de la part de Jean-Luc Melenchon. Il y a eu ce SMS : « on va te renvoyer la dose que tu mérites ». Mais cela a continué, voici quelques-unes des expressions utilisées par Jean-Luc Melenchon à son encontre : « a des côtés très venimeux », « difficile à supporter », « méchante parole », « instable », « menteuse », « amitiés sulfureuses », « une imposture nocive », « est au Guiness book des losers »… Selon Marine Tondelier, Jean-Luc Melenchon véhicule ainsi des « clichés sexistes » : "On est dans un moment où même Jean-Luc Mélenchon, qui est censé être de gauche, véhicule les pires clichés sexistes". C’est vrai qu’on peut se demander s’il se permettrait de telles attaques répétées avec un autre dirigeant politique. Pour ma modeste part, j’avais réagi sur les réseaux sociaux après une de ces attaques qui a suivi les municipales [1] , mais j’ai constaté qu’il n’y avait malheureusement pas grand monde pour faire de même.
Selon le journal l’Humanité, il y a des communistes qui considèrent que la plaisanterie de Fabien Roussel était une trahison des valeurs communistes. D’abord, il faut garder la mesure des choses, la plaisanterie n’était pas de très bon goût mais elle n’a rien à voir avec des agissements sexistes répréhensibles. Surtout, il est surprenant que les attaques publiques de Jean-Luc Melenchon contre Marine Tondelier, celles-là bien réelles, et donc sexistes selon l’intéressée, n’aient pas suscité à l’époque d’émotion particulière. Est-ce qu’on s’habitue à l’outrance ? En tout cas, cela mérite réflexion.
S’agissant des plaisanteries, j’aurais tendance à partager ce que disait l’humoriste Pierre Desproges : « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Pour ma part, il m’est arrivé de sortir des plaisanteries sur les Africains avec des proches africains, comme il est arrivé qu’ils me lancent des plaisanteries sur les « Blancs ». Il m’est arrivé d’en lancer sur les sourds à un ami sourd. Je ne pense pas être pour autant raciste (ni eux) ou anti-handicapé. Il m’est aussi arrivé de plaisanter sur le travail des fonctionnaires avec des proches eux-mêmes fonctionnaires, sans être pour autant un ennemi du service public. Je connais d’autres camarades qui aiment bien lancer des blagues sur tout ou n’importe quoi, dont certaines que d’autres prendront peut-être pour « sexistes », et qui pour autant ont toute la confiance des communistes. Ils savent que ce qu’ils disent ne sera pas pris au sérieux. Evidemment, s’ils les lançaient en public ou dans un autre contexte, les blagues pourraient prendre un sens différent. Si les oreilles qui les écoutent sont malveillantes ou nauséabondes, ils ne se permettent pas ce genre de chose. J’ajoute que la plaisanterie est parfois un moyen d’évacuer la pression, voire la douleur, en fonction d’un itinéraire personnel. Mais cela vaut aussi dans l’autre sens, selon son histoire on peut être choqué par une plaisanterie qui en fera rire d’autres. Cela m’est arrivé d’une plaisanterie lancée par un camarade qui est maintenant maire de Gennevilliers. Comme la limite entre ce qui relève du cercle privé et du cercle public n’est pas toujours nette, les responsables politiques doivent en tenir compte. Attention aussi au fait que des plaisanteries répétées peuvent créer une atmosphère pesante.
Donc « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui », et pas n’importe où, et ne mélangeons pas tout, sinon on finirait par banaliser les véritables comportements nocifs.
[1] Après les municipales, Jean-Luc Melenchon avait critiqué Marine Tondelier pour son « échec permanent » face au RN à Hénin-Beaumont. Cela ne manque pas de sel venant d’un dirigeant politique qui a laissé le champ libre à Marine Le Pen dans cette circonscription après avoir été battu en 2012 et a préféré partir se faire élire en 2017 dans une des circonscriptions les plus faciles pour la gauche ! Ce personnage qui avait expliqué qu’il était celui qui allait faire reculer le RN, l’a fui. Résultat, Marine Le Pen a été élue députée de cette circonscription en 2017.