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Odyssée 2013 : la fin d’un rêve ?
Entretien avec Richard Martin, directeur du théâtre Toursky à Marseille

Jacques Barbarin évoque avec Richard Martin "Marseille, capitale européenne de la culture" pour 2013

Marseille sera en 2013 « capitale européenne de la culture » [1]. J’aimerais vous demander d’abord s’il y a une culture européenne, s’il y a une Europe, et si oui, laquelle ?

Pour l’instant il y a surtout une Europe des marchés. Ça a été la façon de rapprocher des peuples. On a surtout loupé l’aiguillage, et à partir du moment ou on a trouvé cette idée de rapprocher les peuples, on aurait dû tout faire pour les faire se rencontrer et s’unir sur d’autres fondements. Et je pense que la culture de chaque peuple aurait été un magnifique ciment pour croiser et unir ces populations qui pour l’instant ne le sont qu’avec un truc qui s’appelle l’euro avec lequel on peut de moins en moins bouffer.

Je suppose qu’avec cette année européenne de la culture il va y avoir toute une série d’événements [2]. Moi, naïvement, et les lecteurs de la Faute à Diderot le savent, je pensais, au vu de cette manifestation que vous avez initié, L’Odyssée [3], que celle-ci ne pouvait que concerner Marseille 2013 et que s’il y a bien quelque chose qui peut mettre en exergue ce que fait Marseille, c’est ça ! Or à l’exception de la Semaine slovaque en mai et de la Grande nuit Léo Ferré le 14 juillet 2013 (20ème anniversaire de sa mort), L’odyssée 2013 semble, si vous me passez l’expression, avoir été squeezée.

En effet, l’Odyssée, est une fraternité extraordinaire, et on ne pouvait guère imaginer qu’en 2013, au moment où Marseille est sous la lumière, ce projet capote. Les gens qui sont venus s’occuper de cette affaire n’ont pas pu ou pas su l’importer ou ne l’ont pas compris. Au départ de Marseille capitale culture – elle n’est pas la seule, il y aura aussi Košice, en Slovaquie, et nous allons travailler avec les slovaques - nous étions dans le projet inscrit dans la plaquette qui a eu le label et qui était porté par des Marseillais. Le problème est que l’enthousiasme qui a été levé à partir de cette idée est largement retombé parce que ce ne sont plus des Marseillais qui se sont occupés de cette affaire : on a fait venir une équipe de Parisiens, efficace pour obtenir le label mais qui, ensuite, ne savent rien de la réalité marseillaise.

Mais initialement ce projet était acté ?

Ceux-là même qui ont le projet et qui devait, après la réussite et l’obtention du label, reprendre les choses en mains ont été écartés et c’est l’équipe venue d’ailleurs qui s’occupe de ces affaires. Je regrette que ce projet fantastique ne se fasse pas, d’autant plus que pour la première fois, alors que depuis vingt ans maintenant on cherchait les moyens de détourner un bateau militaire puis un canon pour pouvoir inscrire le mot « paix » grâce à nos amis chinois artificiers, on avait trouvé le moyen de cette canonnade fantastique qui aurait laissé la trace du mot « paix » dans le ciel, à chaque départ des ports de la Méditerranée.

Que va t-il rester de cette aventure ?

On se passe de ça, j’en suis désolé, mais les amitiés qui on été soudées depuis tant d’années, les artistes de la Méditerranée qui ont résisté quels que soient les systèmes et les régimes de leurs pays, ceux-là se connaissent, sont reconnus, et continuent à fraterniser. Les Roumains, eux, ont compris la dimension du projet. Ils ont même créé, en Roumanie, un musée du Costanza [4] : une immense salle, tout le rez-de-chaussée d’un musée consacré à l’aventure de l’Odyssée. Je crois qu’ici on n’a pas pris la dimension du projet.

Vous avez quand même une certaine notoriété à Marseille, alors pourquoi ?

Je n’ai pas la réponse, tout simplement parce que je ne suis pas dans la bande. Et je peux dans la circonstance le regretter parce que je crois que c’était l’intérêt général mais je vous propose d’aller poser la question aux gens intéressés pour en savoir davantage. Moi, personne ne me dit rien, chacun se renvoie la balle et ce projet qui est inscrit dans la plaquette qui a eu le label ne pourra pas voir le jour et je ne sais toujours pas pourquoi.

Il y a une nouvelle ministre de la culture, cela augure t-il d’un nouvel éclairage sur la culture dans ce pays ?

Les choses viennent de démarrer. Je sais en tout cas que la ministre s’était engagée à mes cotés au moment où nous étions en bagarre avec le ministère : donc je suppose qu’elle sera encore attentive aux problèmes qui n’ont pas changé ici, et je vais avoir effectivement besoin d’elle assez rapidement. A l’issue du combat que nous avions mené pour que soit rétabli le théâtre dans ses aides [5] le ministre de l’époque, Frédéric Mitterrand, avait donné sa parole pour qu’en 2011, 2012 et 2013 je ne sois pas touché. Moi, je crois la parole des ministres, sinon il n’y a plus qu’à tirer l’échelle ! En 2011 et 2012 les choses se sont passées comme elle devaient et en plein exercice 2013 j’apprends – et le ministère n’est absolument pas au courant- que la DRAC, [6] arbitrairement, a retiré une partie de cette aide qui avait été octroyée jusqu’en 2013 et qui ensuite, devait évoluer aux sommes que j’avais en 1991.

Comment donc voir l’avenir du « Toursky » ?

La situation pour ce théâtre, même s’il continue à recevoir énormément de public, fait que nous risquons d’avoir encore des problèmes, considérant au niveau ces crédits qui sont amputés en plein exercice. Mais j’attends de rencontrer notre nouvelle ministre de la Culture pour essayer de tirer cette affaire au clair. Je ne doute pas qu’elle soit attentive à ce qui se passe dans ce quartier blessé où depuis 40 ans nous gardons la lanterne à la main.

Pour revenir à un peu plus de positivité, ne va pas tarder à naître votre nouveau bébé qui est en gestation depuis 20 ans, le « Petit Toursky ».

Oui, « l’espace Léo Ferré ». C’est un lieu, bien évidemment, qui va être dédié aux poètes que j’attends depuis 20 ans. Il avait été programmé tout de suite après la réfection du Toursky et d’année en année il a été reporté. Enfin, il arrive et il devrait nous permettre de recevoir des jeunes compagnies qui ne pourraient immédiatement investir le grand théâtre qui a quand même une jauge trop importante. Il pourra servir de laboratoire et d’espace de découverte aussi bien pour la musique, pour la poésie que pour le théâtre dit de recherche. Il est sorti de terre, il n’est pas encore livré, mais comme l’on dit, cela devrait se faire « incessamment sous peu ». On voit la tête du bébé, et après il va falloir lui donner le sein !

Entretien réalisé par Jacques Barbarin

Notes :

[1] Capitale européenne de la culture est un titre attribué pour un an à une ville européenne. L’attribution en a été lancée par le Conseil des ministres de l’Union européenne sur l’initiative des ministres grecs et français de la culture, Mélina Mercouri et Jack Lang, dans le but de rapprocher les citoyens de l’Union Européenne.

[2] Une fois nommée capitale européenne de la culture pour une année sur la base d’un programme culturel, la ville est responsable de la mise en œuvre de la manifestation pour l’année en question

[3] La faute à Diderot : Qu’est-ce que l’Institut du Théâtre Méditerranéen ?Site de l’IITM http://www.iitm-france.org /

[4] Porte hélicoptère de l’armée roumaine sur lequel s’étaient déroulées les deux premières Odyssées, en 2001 et en 2003

[5] La faute à Diderot : Un théâtre entre en résistance et Trois mois se sont passés

[6] Direction Régionale des Affaires Culturelles


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