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Notes, en passant sur la démocratie
Par Robert Charvin

Bienheureux ceux qui croient que la démocratie est déjà arrivée et qu’il s’agit d’un produit achevé, définitivement acquis ! Qu’il s’agisse de l’Etat ou de la vie interne des partis, quel qu’ils soient. Mais à la différence des simples d’esprit, il ne leur sera rien pardonné.

Socrate, il y a quelques 2000 ans, ne concevait le débat démocratique qu’à la condition que chacun soit en position d’adhérer aux approches de l’autre, de s’enrichir de la contribution de l’autre pour se reconstruire différent.

Or, n’assimile t’on pas la « démocratie » à la simple affirmation de soi face à l’autre conduisant le plus souvent à la seule confirmation de ses propres positions contre celle des autres ?

Le philosophe Horkeimer, dans les années trente, considérait qu’un intellectuel n’était utile aux mouvements sociaux auxquels il collaborait que s’il conservait une certaine distance critique par rapport aux siens pour leur procurer une contribution spécifique.

Or les forces politiques ne sollicitent-elles pas seulement des intellectuels une « expertise » confortant les décisions déjà prises ou fournissant un simple appui symbolique ? Si chacun perd le potentiel de rébellion qu’il a en lui, comment peut-il y avoir enrichissement collectif ?

L’esprit tribal, le patriotisme d’organisation sont les plus vieux phénomènes sociaux du monde. Ils procurent une cohésion qui semble être source d’efficacité.

Or ils ont pour résultat essentiel de dogmatiser la pensée du groupe et d’imposer à leur tête les plus « fermés » contre les « diviseurs » ! Le vieux « centralisme démocratique », si souvent perverti, n’était il pas, à juste titre, la tentative toujours nécessaire de concilier diversité et cohérence ?

La démocratie n’est-elle qu’une forme de fonctionnement de la société politique ou une critique permanente de la vie quotidienne, dans tous ses domaines ? Il faut relire le philosophe ami et libre qu’était Henri Lefèvre ! Le marxisme, dont certains n’osent plus faire mention, est plus que jamais un outil critique décisif. Mais il faut encore le vacciner pour qu’il ne soit plus un ensemble de « recettes » pour un socialisme qui reste à inventer, conjugué avec une démocratie en création continue.

A la réflexion, les liens de subordination avec l’URSS a longtemps facilité la vie des communistes du reste du monde. Outre, l’appui matériel, et malgré la répression subie durant des décennies par de nombreux militants, il n’y avait plus a penser ni à créer, il suffisait de suivre. On avait la « boussole » qui justifiait pour les « suivistes » inévitablement majoritaires (c’était la facilité) l’élimination des autres, par exemple bon nombre d’anciens Résistants de premier rang après la Libération.

Les rangs étaient « naturellement » resserrés derrière le « modèle » au prix d’une sclérose de la démocratie.

Mais n’a pas été résolue la contradiction entre le combat pour la démocratie dans la société et l’Etat et la faiblesse démocratique des outils pour mener ce combat !

Est il « plus tard qu’on ne le croit » pour reprendre une formule de Cesbron, ou tout est-il encore possible ? Sommes-nous au temps du désarroi permanent, des jacqueries urbaines ou dans celui des révolutions, c’est-à-dire des changements radicaux de logique ? L’Histoire créatrice va-t-elle quitter l’Europe pour se faire ailleurs en Amérique du sud ou en Asie ?

Les années qui viennent vont apporter leur réponse, elle-même provisoire.

Robert Charvin est professeur de Droit, doyen honoraire de la Faculté de Droit et des Sciences économiques de Nice


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