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Médée
Par Jacques Barbarin

Le Théâtre National de Nice présentait la saison dernière une création diablement intéressante que je vous conseille de ne pas rater, si vous habitez Nancy, Miramas ou Vincennes : le Médée de Corneille, dont se sont emparés des comédiens et un metteur en scène qui n’ont pas froid aux yeux. Et le charme opère (c’est normal, pour une magicienne). De quoi s’agit-il ?

Médée, fille d’Aétès roi de Colchide, pays “fabuleux”, par sa magie, va aider Jason à récupérer son trône contre promesse de mariage. Il doit rapporter la Toison d’Or et pour ce faire accomplir des exploits semblant impossibles pour un simple mortel. Mais s’ensuivent trahisons, tromperie… Médée est finalement répudiée, bannie et se venge… jusqu’à l’infanticide (version de Corneille).

Car c’est de la version de Corneille dont il s’agit ici … Corneille, c’est le gros challenge de la langue……prendre à bras le corps un texte du XVIIème avec cette difficulté supplémentaire qui tient au fait que les vers amènent une certaine musicalité qui ne va pas m’intéresser. En effet, je vais plutôt essayer de dégager le sens des situations. … C’est des moments de vie, c’est des rencontres, (Paulo Correia metteur en scène) Dés le départ de la Médée du TNN, nous somme en immersion. Je filerais bien en effet la métaphore sous-marine pour dire que nous sommes à bord du Nautilus, dirigés par le metteur en scène Correia, seul maître à bord après Zeus. J’ai lu que sa mise en scène serait « contemporaine ». C’est quand même la moindre des choses. J’entends qu’il « revisite ». On ne revisite pas une œuvre, eût-elle 500 ans : c’est à chaque fois – et forcément- une chose nouvelle.

Comment vous dire ? C’est l’immatérialité devenue réalité, c’est le vers de Corneille transporté dans la tragédie grecque, ce sont les pulsions archaïques qui viennent frapper à notre porte contemporaine. A tout instant il y a cohérence : le travail sur le ver – qui nous fait oublier ce sacro-saint piège de l’alexandrin, où, s’ils n’y prennent garde, les spectateurs peuvent s’assoupir tels des conducteurs sur autoroute, bercés, hypnotisés par la lancinante litanie que peut être ce vers de 12 pieds.

Tout au contraire, les comédiens et tout particulièrement Gaëlle Boghossian, mettent en valeur ce texte par une expression de réalité, tout en gardant cette musicalité qu’a l’alexandrin. Un plaisir pour les oreilles ! Ce travail nous envoie immédiatement vers la violence des pulsions qui animent les personnages.

Le virtuel c’est, témoignage de notre époque, le grand bain d’images vidéo mais qui n’est jamais un « forçage de sens » : c’est écrire avec des outils contemporains la contemporanéité de l’archaïsme d’une fable. Au demeurant le metteur en scène Paolo Correia intervient dans toutes les productions du TNN impliquant la vidéo, ainsi dans Enfances Algériennes (voir article) et dans Des nuits et des jours à Chartres (article à venir).

Quant à Gaële Boghossian, dans le rôle de Médée, elle époustoufle : son magnétisme, sa diction, son aise avec l’alexandrin, sa façon à elle d’en faire chair et sens (peut-être qu’elle ne s’exprime dans la vie qu’en alexandrins ?).

Heureux habitants de Nancy, de Miramas et de Vincennes…

18 au 22 février, Théâtre de la Manufacture, CDN Nancy Lorraine
5 mars, Théâtre de la Colonne – Miramas
21 mars au 21 avril, Théâtre de la Cartoucherie - Vincennes


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