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Ne laissons pas à la droite et à son extrême le monopole de la question nationale !
Par Valère Staraselski

L’effacement progressif de la nation menace aujourd’hui la démocratie écrivait Valère Staraselski dans un compte-rendu de La Raison des nations de Pierre Manent, spécialiste du libéralisme, ayant argumenté en faveur d’un non au projet du Traité constitutionnel européen en mai 2005. Pour ce dernier, « la cité et l’Etat-nation sont les deux seules formes politiques qui ont étés capables de réaliser, du moins dans leur phase démocratique, l’union intime de la civilisation et de la liberté ».

Quand on m’a demandé pourquoi je ressentais le besoin d’écrire sur l’histoire, et sur l’histoire de mon pays, je n’ai d’abord pas su quoi répondre. Puis, une certaine colère m’a envahi. Pas bon la colère, au bout d’un moment ça empêche de penser ! Cette colère venait du fait que la gauche à laquelle j’appartiens délaisse à peu près totalement non seulement la connaissance historique culturelle mais également la connaissance de l’histoire, se contentant au mieux de la vision régnante anti-jacobine, anti-Etat, libertaire, de la deuxième gauche. Ce qui laisse la voie libre à la droite et à son extrême pour asséner des opinions, des idées, voire des contre-vérités outrancières en lieu et place de faits historiques.

Aussi, Une Histoire française, retraçant année par année le quart de siècle précédant 1789, entendait aider à dépasser ce faux débat qui veut que les discours de droite bénéficient « toujours d’un certain écho dans le public,( parce que) la réponse de la gauche n’est souvent pas appropriée. Au contraire, il arrive trop souvent qu’elle adopte un discours “inverse“, mais tout autant contestable d’un point de vue historique. Il ne s’agit donc pas de substituer un récit de gauche à un récit de droite mais de rappeler que toute révolution est un phénomène complexe et que nombre d’historiens travaillent à offrir une compréhension nuancée. La dimension de lutte des classes ne saurait être gommée mais elle ne peut pas constituer l’unique grille de lecture sous peine de sacrifier à une vision réductrice et contre productive. » [1]

Qu’on le veuille ou non, le fait national est d’une grande actualité. Regardons, par exemple, la floraison des drapeaux tout au long du tour de France cycliste…

Après un roman consacré à la vie et l’œuvre de Jean de la Fontaine [2], que l’on peut opposer en tous points à Sade, dont Dany-Robert Dufour montre bien qu’il s’accorde à Adam Smith dans le traitement de l’autre [3], L’Adieu aux rois s’intéresse à l’année 1793. Année fondatrice de la république française. Ce que j’ai découvert ? D’abord, les contre-vérités flagrantes répandues ici ou là sur la destruction des tombeaux royaux dans la Basilique Saint-Denis, mais aussi la légende noire construite sur Maximilien Robespierre. Ensuite, que la République française a gagné la partie, s’est forgée d’abord et avant tout contre l’envahissement du territoire national. Si Robespierre s’est opposé aux Girondins contre la guerre de conquête, au sein de la Convention et du Comité de salut public, il a co-œuvré – le rôle de Danton a été déterminant - à la défense du pays qui a scellé l’avenir de la nation.

Dans une interview à Médiapart, Régis Debray avance qu’il y a « deux catégories de personnes qui veulent effacer les frontières : les hallucinés suprêmes et les obsédés du fric. Les premiers pour que la vraie religion se répande… Les seconds, hérauts des multinationales et des bourses, parce qu’ils considèrent la loi comme un obstacle ».

Cette année qui a célébré les trente ans de la disparition d’Aragon, j’ai répondu à de nombreuses invitations pour présenter la liaison délibérée entre l’œuvre de cet auteur et l’histoire. A la fête de la fédération du PCF du Pas-de-Calais, un camarade m’a dit que pour lui les frontières servaient d’abord à préserver la paix. A la fête de la fédération du Var, outre le souvenir d’une camarade portant le prénom d’Amarillys (pareillement à une héroïne d’un conte de Jean de la Fontaine), je me souviens qu’en pleine chaleur du dimanche après-midi, une gamine de douze ans, suivant des cours de chant, a interprété Ma France de Jean Ferrat, puis Le Chant des partisans de Joseph Kessel et Maurice Druon au milieu d’un auditoire surpris, ravi, ému. Un peuple sans mémoire est un peuple sans défense, disions-nous [4] Ne pas investir conséquemment la question nationale aujourd’hui serait une grave erreur, lourde de conséquences. Car sentiment national et nationalisme n’ont jamais partagé les mêmes objectifs.

Article publié dans l’Humanité-Dimanche du 8 août 2013. Parution de L’Adieu aux rois le 22 août prochain

Notes :

[1] Humanité Dimanche du 11-17 juillet 2013. Dossier sur la Révolution française.

[2] Le Maître du jardin, dans les pas de Jean de la Fontaine, cherche midi, 2011

[3] La Cité perverse, Denoël, 2009

[4] « Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». Foch


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