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"Les hommes sans épaules"
Remi Boyer évoque la revue fondée par Jean Breton

La revue Les hommes sans épaules fut fondée par Jean Breton en 1953. L’esprit de révolte poétique, et de révolution culturelle, toujours vivant, qui anime la revue, fut établi formellement dans un manifeste intitulé Appel aux riverains : « La poésie ne saurait se définir par sa mise en forme, puisqu’elle échappe à son propre moule pour se répandre et se communiquer. Elle est cette rumeur qui précède toute convention esthétique ; domptée, mise au pas ou libérée selon une technique personnelle à chaque poète, elle court sa chance, à ses risques et périls ; elle s’offre à la rencontre, au dialogue (…) et nous conduit, tôt ou tard, à ce chant de liberté et de justice qui patientait dans nos poumons… »

Plusieurs périodes peuvent être identifiées dans l’histoire de la revue même s’il faut se garder de figer les processus de création en catégorisant.

De 1953 à 1956, la revue est marquée par une grande activité créatrice, manifestations, rencontres, publications, se succèdent, conduites par un groupe de jeunes poètes qui n’ont pas plus de vingt-cinq ans et qui bousculent les règles comme leurs aînés. Ces poètes rebelles maillent le territoire poétique d’une manière imprévisible et originale. Un deuxième manifeste, signé Henri Miller vient compléter l’Appel aux riverains, c’est Recoupements sur Avignon : « Demeurez les hérétiques que vous avez toujours été. Ne vous adaptez pas, ne pliez le genou. Plus extraordinaire qu’aucune de celles connues par la terre, une révolution va s’accomplir. Elle nivellera toutes les classes, tous les partis, toutes les factions. Demain, le centre de gravité se déplacera de nouveau vers le Sud, là seulement où la puissance peut se changer en lumière, là seulement où la justice peut être administrée sans la souillure de la tyrannie… » Cet appel à l’émergence d’un nouvel homme ne se veut pas élitiste, séparé, un exercice abstrait, il veut plonger dans la vie commune, s’en nourrir pour mieux la libérer.

De 1956 à 1964, la revue disparaît mais le mouvement poursuit son travail, tantôt souterrain, tantôt en pleine lumière à travers d’autres expériences comme les revues Marginales, Le Pont de l’épée et l’éditeur Guy Chambelland. En 1964, paraît un nouveau texte manifeste : Poésie pour vivre : le manifeste de l’homme ordinaire. Le nouvel homme est un homme ordinaire qui se découvre par et en la poésie. C’est un avertissement et une dénonciation des dérives verbeuses et des auto-congratulations qu’incarne très bien la revue Tel Quel.

De 1969 à 1987, c’est la période Poésie 1, sans doute l’expérience durable la plus exemplaire en France, rassemblant plusieurs milliers d’abonnés et plusieurs centaines de poètes. Le tirage de la revue atteindra les cinquante mille exemplaires.

En 1991, alors que débute une période sombre pour la poésie, délaissée par ceux-là mêmes qui devraient la défendre et l’exalter, Alain Breton, fils de Jean Breton, relance la revue Les hommes sans épaules. Les numéros sont thématiques, l’amour, la guerre, ou consacrés à des poètes comme Henri Rode.

En 1997, la revue connaît un renouvellement après la disparition de Guy Chambelland. Christophe Dauphin rappelle les forces en jeu depuis la création de la revue et du mouvement : « Il ne suffit pas d’écrire et de publier des poèmes ou de la prose découpée en vers, pour se prétendre poète. Il y en a beaucoup trop qui confondent l’homme de lettres avec l’homme de l’être, la versification et la création, la gratuité verbale et la poésie, la langue bétonnée et l’aura, l’objet langagier et le poème, l’huile et la mèche, l’extériorité et l’intériorité, le marteau et l’enclume, le cliché et la métaphore, le folklore et le fatum humain, l’avant-garde et l’arrière-garde. Pour tout dire, l’être et le paraître. Le poète a, avant tout, un devoir de regard, mais pas d’écriture. La poésie est un vivre et non un dire. » Est poète, non celui qui écrit de la poésie mais celui qui vit en poète. Christophe Dauphin déploie un concept, un mène pourrait-on dire, déjà présent chez Jean Breton, l’émotivisme, cherchant une poésie vitale, affranchie de l’apparaître, spontanée, non conditionnée, libre et libératrice.

Le dernier numéro paru porte le n°32, revue-livre de 250 pages dans laquelle nous retrouvons Christophe Dauphin, Gabrielle Althen, Frédéric-Jacques Temple, Odile Cohen-Abbas, Monique Saint-Julia, Isabelle Lévesque, Katty Verny-Dugelay, Pierre Reverdy (le dossier), Gérard Bocholier, Jacques Moulin, Frédéric Tison, Jacques Taurand, Jean-Claude Tardif, Félix Labisse, Alain Breton, Loïc Herry, Elodia Turki, Jorge Camacho… Pierre Reverdy y apparaît bien comme l’un des grands navigateurs de l’Imaginal, cet « entre-deux », entre absolu et réalité.

La revue est aujourd’hui publiée par l’association du même nom : Les hommes sans épaules, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen.


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