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Le sens du combat des écrivains communistes dans les années 30
Par François Eychart

Il est difficile d’envisager tous les aspects de la situation des écrivains communistes dans les années 30 tant elle est complexe. Il y a par exemple leur statut dans le Parti qui renvoie aux rapports avec les intellectuels et à l’utilité qui leur est conférée. Ou le poids de l’URSS, en permanence attaquée et qu’il faut défendre. Mais il y a surtout le rôle assigné à la littérature qui constitue le véritable objectif des écrivains communistes. C’est ce rôle original, souvent occulté par les péripéties de la petite histoire littéraire, qui nous semble le plus intéressant car il est au centre de tous les problèmes et permettra à cette littérature militante d’être de son temps, jusqu’à la période de la Résistance et après.

Avant d’examiner le sens de ce combat pour un art nouveau, il faut faire deux observations.

L’action de la plupart de ces écrivains ne va pas se poursuivre au-delà des années 30 du fait de leur mort, souvent prématurée. H. Barbusse meurt en 1935, R. Crevel en 1935, P.Vaillant-Couturier en 1937, P. Nizan en 1940, J. Decour en 1942, J.-R. Bloch en 1947. Aragon est un des rares à avoir survécu à cette période et à avoir pu orienter son œuvre dans des perspectives nouvelles.

Il faut être prudent sur l’appellation « écrivains communistes ». Car s’il y a, formellement, ceux qui sont membres du PCF, il y a aussi ceux qui évoluent dans la mouvance des idées communistes, par exemple Francis Jourdain ou Romain Rolland, ou de celles de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) autour de Commune. La responsabilité et les contraintes des uns et des autres ne sont pas identiques, même si au fil du temps cette distinction perd de sa substance, quitte à resurgir avec force lorsque des événements considérables interviennent. Par exemple, face au pacte germano-soviétique de 1939.

Peser sur l’orientation de la littérature Un objectif les rassemble : peser sur l’orientation de la littérature en France pour lui faire jouer tout son rôle dans le mouvement d’émancipation populaire.Tout son rôle, car le système politique de la bourgeoisie rejette une partie de ce que les artistes peuvent apporter. Les luttes, que ce soit pour le Front populaire, contre le fascisme hitlérien, pour la défense de la République espagnole, requièrent cet élargissement de la fonction de la littérature. Dans cette perspective, les écrivains communistes sont internationalistes. Ils font connaître les écrivains progressistes de divers pays et popularisent la situation de la littérature en URSS. Ils n’ont certainement pas compris bien des aspects qui l’affectent, pour des raisons d’opacité propres à la société soviétique. Ils s’en sont tenus à la « tendance » telle qu’ils la voyaient ou voulaient la voir. L’exemple de la littérature soviétique - l’alphabétisation, le lectorat nouveau plus que les œuvres elles-mêmes - a constitué un piédestal sur lequel ils se sont hissés, d’où ils pouvaient questionner et même invectiver leurs confrères. Le champ littéraire n’était pas un endroit où ils allaient recueillir des lauriers, c’était un champ de combat où ils partaient « à l’assaut du ciel » dans des conditions très dures.

La droite existe bel et bien Car les tendances de droite, qu’on relègue trop souvent au second rang, sont très présentes par leurs nombreux relais. La droite est même hégémonique en termes d’influence. L’Académie française et une myriade d’autres institutions pèsent d’un grand poids, aidées par la presse écrite. L’expérience de la Grande Guerre, les frustrations des anciens combattants et les conflits politiques qu’elles alimentent permettent aux valeurs nationalistes sous ses formes bonapartistes, boulangistes, antiparlementaristes, d’être actives et offrent de belles perspectives aux écrivains de droite. La « modernité » d’un Morand s’y fondra sans difficulté comme finalement le populisme de Céline. C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier à son juste poids le rôle d’un homme comme Maurras.

Il dirige L’Action française et en fait un remarquable instrument d’analyse et de critique de la littérature, s’ap-puyant pour cela sur de jeunes écrivains qui sont parmi les bons esprits critiques de leur temps. Que certains aient fini dans la Collaboration ne change rien à la qualité formelle de leurs analyses et au fait qu’ils tiennent leur front littéraire avec intelligence et ténacité. Parmi ces jeunes talents, on trouve Kléber Haedens, Robert Brasillach, Thierry Maulnier, Claude Roy, Michel Déon, Michel Mohrt, Jacques Bainville. Quelques-uns usent parfois de pseudonyme pour des raisons de commodité. Il faudra attendre l’expérience de l’Occupation pour que les certitudes de certains s’atténuent ou se dissolvent. Ainsi Claude Roy renversera sa perspective politique et littéraire, mais ce sera en 1941, sous l’influence d’Aragon. Ces critiques sont presque tous des écrivains publiant romans, essais, livres d’histoire. Maurras était d’ailleurs très satisfait d’avoir su rassembler autour de lui une telle équipe qui collaborait en même temps à de multiples organes de presse conservateurs ou réactionnaires (La Revue universelle, Candide, Je suis partout, et d’autres), ce qui permettait de multiplier leur influence et l’impact de leurs idées.

Maurras cultivait les spécificités de ses collaborateurs et les chargeait de défendre certaines valeurs, en relation avec sa politique générale. De ce point de vue, on peut constater que l’instrumentalisation de la littérature n’est pas le fait du seul PCF. Maurras pratiquait parfaitement cet art et peut-être avec plus de maestria. Son objectif est de redresser la droite. Il la juge en effet coupable d’abandonner les esprits à des reniements qui préparent le triomphe définitif de la République avec, au bout du chemin, la perspective d’une république sociale de type soviétique, quelle que soit l’apparence qu’elle prendrait. Maurras se bat donc sur deux fronts, à gauche bien sûr, mais aussi à droite, avec une rare efficacité. La condamnation qui l’a frappé à la Libération et le silence qui est retombé sur son cas ne doivent pas dissimuler que son influence a été très importante. Aragon, qui l’a durement combattu, en parlait comme d’un poison.

Un projet révolutionnaire pour la littérature peut-il exister ? Dans ce contexte, l’affirmation d’un projet révolutionnaire pour la littérature n’est pas évidente. Car s’il a existé de longue date une réflexion sur ce que doit être une littérature se plaçant résolument aux côtés du peuple et exprimant ses combats et ses espoirs, la chose n’a jamais été aisée à formaliser et encore moins à réaliser. C’est peut-être aussi pour cette raison que le Ier Congrès des Écrivains soviétiques de 1934, qui impose les principes du réalisme socialiste, eut tant d’écho ; il donnait l’impression de résoudre un problème majeur. Depuis le J’accuse de Zola la question de la liaison entre la littérature et les combats du peuple se pose avec acuité. Les écrivains français ne sont d’ailleurs pas seuls à tenter d’y donner réponse, ceux d’autres pays européens s’en préoccupent, en particulier les Russes. L’option populiste est vite rejetée car ce qui compte n’est pas de magnifier le peuple, mais le combat du peuple et pas n’importe quel combat mais celui qui peut revêtir une portée révolutionnaire. Les réflexions d’un écrivain comme Jean-Richard Bloch, à l’époque de sa revue L’Effort, avant 1914, sont sur ce point éclairantes. Elles tournent autour de la question de ce que doit être l’art révolutionnaire, des formes qu’il peut prendre pour être accessible à tous sans perdre en qualité. Le décalage entre le niveau de culture de certains milieux acquis aux idéaux socialistes et les œuvres qui sont susceptibles de plaire au peuple ne cessait de poser problème. Ou bien on abaissait le niveau artistique et l’œuvre disparaissait, ou bien on demandait au peuple un effort qu’il ne pouvait pas faire et on restait entre soi. Finalement la littérature de gauche balbutiait dans son entreprise de s’adresser au peuple, elle demeurait confinée à une élite, de surcroît minoritaire. La seule œuvre qui puisse être considérée comme reflétant ce problème, sans le résoudre, est Jean-Christophe de Romain Rolland. C’est cet écueil que les écrivains communistes ont la volonté de dépasser car jusqu’à présent aucune solution satisfaisante, en phase avec les luttes, n’a été trouvée.

Pour avancer dans cette voie l’expérience de la guerre, qui a orienté Barbusse ou Vaillant-Couturier, et la crise sociale de 1929 jouent un rôle bien plus déterminant que l’exemple de l’URSS. Les discussions entre Breton et Aragon lorsque celui-ci se débattait dans ses contradictions ne font pas référence à l’URSS. Pour Aragon, la tentation de devenir communiste n’est pas fondée sur l’exemple soviétique mais procède d’une réflexion sur son œuvre. Il est à un moment de sa vie d’écrivain où il éprouve le besoin d’élargir son horizon, d’être en phase avec le monde du travail. Cela implique sans doute, sans les renier, de mettre en veilleuse un certain type d’écriture et les procédés qui ont fait l’intérêt du surréalisme mais qui, en même temps, n’ont touché que quelques centaines de personnes et sont imperméables au plus grand nombre. Il veut se redéployer.

C’est une nécessité intime qui bouscule tout. Ramener le ralliement d’écrivains comme Aragon, Bloch, Crevel, Unik, à l’attrait de l’URSS est insuffisant. Le choix qu’ils font est d’abord un choix d’écrivains, correspondant à des problèmes qu’ils se posent en tant qu’écrivains. L’influence de l’URSS, l’aide ou les difficultés qu’elle apporte interviennent ensuite.

Réalisme en littérature et politique L’œuvre révolutionnaire sera évidemment réaliste, pour des raisons de lisibilité et de conquête d’un public nouveau. Lénine préférait Tolstoï, « ce miroir de la société russe », à Maïakovski, tout en reconnaissant qu’il n’était pas un spécialiste de la poésie. En France, à la suite de Balzac, Hugo, Mau-passant, Zola,Vallès..., le réalisme a produit des œuvres qui sont très lues. Dans les années 30 Martin du Gard avec ses Thibault représente fort bien cette tendance qui expose les problèmes de la société sans intervenir sur les solutions. Ce réalisme critique est jugé insuffisant par les écrivains communistes. La solution est à trouver dans la liaison entre les objectifs de la littérature et ceux du combat émancipateur du peuple. Ce qui exclut non pas l’individu mais l’individualisme.

Tous ceux qui veulent participer à cette entreprise sont invités à ne pas se déconnecter des objectifs politiques du prolétariat, sachant que ceux-ci sont mis en œuvre par le Parti communiste.Aragon propose donc aux écrivains français de passer du réalisme critique au réalisme socialiste. Il n’est pas le seul. Nizan, par ses nombreux articles, s’attelle aussi à cette besogne qui est loin d’être facile car elle prend à rebours le sentiment d’individualisme dominant chez les écrivains. Dans le principe aucune recherche formelle n’est à bannir et Bloch expliquera qu’il y a des œuvres conçues pour des millions de lecteurs, d’autres pour un petit nombre, et que c’est très bien ainsi. Il n’empêche que les écrivains n’aiment pas être au service de quelque chose, encore moins être encadrés.

Aragon, Bloch, Moussinac, Nizan se battent sur deux plans : par les critiques des œuvres qui paraissent, et en ce domaine Nizan se montre souvent féroce, et par l’exemple de leurs propres œuvres. Pour les apprécier à leur juste valeur, il faut savoir qu’il y a toujours un certain décalage entre les idées nouvelles et les œuvres.

Ainsi les romans d’Aragon de ces années (Les Cloches de Bâle, Les Beaux Quartiers, puis Les Voyageurs de l’Impériale qui seront publiés plus tard du fait de la guerre) sont des panoramas critiques de la France bourgeoise, s’arrêtant dans les trois cas en 1914. Certes, 1914 est le début de la grande boucherie qui est alors l’exemple inégalé de l’inhumanité du capitalisme. Certes, les mécanismes de l’aliénation sont présents dans ces romans et la dénonciation de l’individualisme y occupe une place centrale, mais tout se passe comme si l’auteur avait besoin d’une certaine distance historique pour mieux dominer son sujet. Une lecture attentive montre aussi qu’Aragon a mis en veilleuse certains procédés d’écriture venant du surréalisme mais qu’il ne les a pas complètement rejetés. Le passage de l’individuel au collectif, du « je » au « nous », est difficile. Au niveau de la conception même du roman le réalisme socialiste d’Aragon ne se distingue pas tellement du réalisme critique. Il en est plutôt une évolution. La nouveauté réside dans les partis pris politiques qui apparaissent et deviennent un élément de la trame romanesque. Mais, comparés aux ouvrages d’écrivains soviétiques comme Fourmanov, Sérafimovich ou Ostrovski, ses romans sont plutôt sages.

On peut faire un constat semblable pour les œuvres de J.-R. Bloch qui restent dans une certaine tradition française. C’est sa conviction depuis longtemps que la littérature ne joue bien son rôle qu’au moment où la lutte des masses bouscule la vie et rend féconde la rencontre avec une œuvre. Encore faut-il que soit produite une œuvre qui permette cette rencontre. De ce point de vue Naissance d’une cité, pièce de théâtre « de masse » - et à ce titre originale -, fut bien reçue en 1937. Mais si la préoccupation sociale n’est pas chez lui absente de la conscience esthétique, elle ne devient jamais prépondérante au point de brouiller ce qui permet d’accéder à ce qu’il appelle « une totalité équilibrée et audacieuse », cette totalité étant constituée par les personnages et leur destin. La maîtrise de Bloch va de pair avec une haute exigence de rectitude en politique qui l’amène à adhérer au PCF. Cela modifiera peu le fondement artistique de ses œuvres. Il n’y aura pas chez lui d’œuvres de commande, l’acte de création l’engage tout entier.

Paul Nizan s’implique très tôt dans la politique culturelle du PCF, se donnant le rôle de haut-parleur de la cause communiste. Mettant au centre de sa parole la défense du prolétariat il intervient dans ses nombreux articles dans une perspective qui privilégie le rapport au politique.Il veut provoquer chez le lecteur une prise de conscience communiste dont il attend beaucoup et se montre dur avec ceux qui lui semblent sur la voie des compromis, par exemple l’équipe de Monde autour de Barbusse. Inversement, il soutient ceux qui cultivent la lutte de classe : Politzer, Aragon,Vaillant-Couturier, Jourdain, Moussinac, etc. Outre deux pamphlets, dont l’un, Aden Arabie, lui apportera une belle célébrité, il publie trois romans à la matière autobiographique marquée. Ces romans sont une évocation de la petite bourgeoisie française depuis le début du siècle. L’engagement difficile au sein du Parti communiste est la matière principale de La Conspiration qu’Aragon présentera dans un article retentissant comme un bel exemple de réalisme socialiste et il est vrai que les thèmes politiques de ce roman et son ton le désignent comme tel. Le Cheval de Troie, son second roman qui connut moins de succès, était déjà une œuvre forte et attachante.

Léon Moussinac, scandaleusement oublié, joue plutôt un rôle d’animateur dans les mouvements culturels, en particulier dans le développement des ciné-clubs. Il publie des essais sur le théâtre, le cinéma et devient une autorité en ces domaines. Il est l’auteur de deux romans dont l’un Manifestation interdite, à la tonalité très « lutte de classes », aurait reçu le prix Renaudot s’il n’avait pas fait savoir qu’il le refuserait. Il dirige les Éditions sociales internationales ; c’est un personnage central au sein des intellectuels communistes, un homme de ressources multiples qui choisit de ne pas se mettre en avant. Son emprisonnement à Gurs dans le cadre de la répression des menées communistes en 1939/1940 sera le prix de son militantisme.

Il faudrait aussi évoquer le rôle de Francis Jourdain qui déploie ses activités dans le domaine pictural et deviendra plus tard un remarquable mémorialiste, les débuts d’un jeune écrivain qui regarde beaucoup vers la Russie de sa jeunesse,Vladimir Pozner, ceux d’André Wurmser et de Jacques Decour soutenus par Paulhan, l’évolution de Paul Eluard qui se dégage progressivement des positions surréalistes et rejoindra les communistes en 1942. Sans oublier que d’autres écrivains ou intellectuels tels Claude Aveline, Louis Parrot, Jean Cassou, Louis Guilloux sont des proches qu’on retrouve dans les revues ou les journaux qui soutiennent les combats communistes.

André Malraux et André Gide ont à cette époque un statut spécial, ils sont un peu des compagnons de route de haut prestige.André Malraux a choisi la Révolution avec éclat. On le trouve aussi bien au Kremlin qu’en Espagne, plus à l’aise sans doute en Espagne qu’à la table de Staline. La Condition humaine puis L’Espoir et Le Temps du mépris lui ont donné une large célébrité qui surpasse même celle d’Aragon. Mais il reste une sorte de franc-tireur qui règle son engagement à sa convenance.

Gide avait fait deux pas en avant vers les communistes avant de publier son Retour d’URSS suivi des Retouches qui augmentent encore la portée de ses critiques. Ce livre arrive à un moment dramatique de la guerre d’Espagne alors que l’URSS était le seul État osant soutenir la République espagnole. Pierre Herbart et Malraux étaient d’ailleurs réticents, non sur le contenu mais sur le moment de la publication. Pour les communistes, tout se passe comme si Gide, en qui ils avaient cru trouver un allié, venait de retomber dans les pièges de son individualisme. Pour eux, jouent contre lui, sans aucun doute,son mode de vie, son éloignement du peuple, ses préoccupations d’esthète. Gide n’a pas assez d’abnégation pour affronter en militant le conflit qui vient. Celui qu’on avait commencé d’accueillir avec joie est vite classé dans la colonne des pertes.

Pièges et vertus de l’engagement Les années 30 sont donc pour les écrivains communistes des années de combats intenses qu’ils mènent dans des revues comme Commune, pour partie dans Europe, dans L’Humanité et Ce soir, bien que ce quotidien ne soit pas officiellement un organe communiste. La création et le développement de la Maison de la culture leur sont aussi un point d’appui considérable. Ils réagissent vivement à l’actualité et par conséquent consacrent trop peu de temps à leurs propres œuvres comme le redoutait J.-R. Bloch en prenant la direction de Ce soir. L’URSS, qui était pour eux le point d’appui de toute lutte, se révèle une réalité dont ils ne peuvent percer le fonctionnement réel, même lorsqu’ils y font de longs séjours de travail, comme Aragon ou Nizan. Quand celui-ci s’interroge, dans un article, sur les raisons qui poussent les intellectuels français à préférer Trotski à Staline, c’est pour conclure qu’ils n’aiment pas se frotter à la réalité. Presque tous approuvent les procès de Moscou après avoir été insensibles aux thèses trotskistes. D’ailleurs les luttes ouvertes ou feutrées avec les défenseurs français de Trotski ont préparé à ce genre de réaction tranchée. En fait la menace fasciste joue un rôle déterminant dans leurs prises de position. Ainsi l’AEAR, fondée en 1932, sera suivie en 1934 du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes auquel adhéreront des écrivains catholiques comme Bernanos ou Maritain. Le Front populaire, la lutte pour l’Espagne républicaine, le soutien aux émigrés antinazis sont des moments d’intense militantisme. Ils n’empêchent pas les reculs face à Hitler, Munich et l’isolement de l’URSS, la montée vers la guerre.

Finalement, ce qui distingue les communistes des autres écrivains réside dans leur volonté de fondre l’œuvre dans l’action, avec la part de risques que cela comporte.Un romancier comme Martin du Gard privilégie les aspects du métier et fait passer avant tout son indépendance d’esprit, ne prenant parti que quand il le veut bien, considérant que les œuvres qu’il écrit sont sa meilleure contribution aux problèmes de son temps. Les écrivains communistes n’acceptent pas cet attentisme, quitte à se tromper. En se ressourçant sur les traditions nationales qu’ils intègrent au moment du Front populaire, ils se donnent les moyens de conjuguer la visée révolutionnaire avec l’état réel du pays. Cela permettra, quelques années plus tard, la floraison de la littérature de Résistance. Et ce n’est pas Martin du Gard qui écrira Le Témoin des martyrs, bien qu’il lui ait été proposé de le faire.

Les années 30 sont riches d’une espérance qui croit que son triomphe est pour demain.

Article paru en 2007 dans le numéro 3-4 de la revue Nouvelles Fondations de la Fondation Gabriel Péri.

François Eychart est enseignant et essayiste. Rédacteur en chef de Faites entrer l’Infini, revue de la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet.


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