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Le fédéralisme comme antidote à la dérive totalitaire. Esquisse
Par Rémi Boyer

Le diable est optimiste s’il pense pouvoir rendre les hommes pires qu’ils ne sont.
Karl Kraus

« L’Etat-nation est lié à la guerre dans sa genèse et en chacune de ses étapes en direction de la formule finale qui sera l’Etat totalitaire » rappelait Denis de Rougemont [1]. Si tout Etat est d’essence totalitaire, cette essence ne se manifeste pas sans de nombreuses complicités qui donne chair, sueur, larmes et sang à cette abstraction toxique qu’est l’Etat-nation. Parmi ces complicités, deux sont déterminantes. La première réside dans la volition consciente et intéressée d’une poignée d’êtres humains qui se laissent investir par cette essence et cristallisent l’action, naturelle chez tout humain, du triangle archaïque « Pouvoir – Territoire – Reproduction » (ou « Réplication » de soi-même, personne, caste, groupe... à l’identique). La deuxième complicité est celle d’une majorité de personnes qui, d’abord de manière pré-consciente et lâche puis de manière consciente et toujours lâche, soutiennent activement ou passivement la souvent lente dérive totalitaire. Parmi ces complices, relevant de ces deux catégories, se distinguent les « banquiers », depuis les hauts financiers apatrides aux « petits spéculateurs » de Province.
Car tout totalitarisme est essentiellement commerçant, « épicier », au sens le plus péjoratif. Le totalitarisme est une excroissance de la marchandisation du monde qui fait que tout se vend, du blé à l’être humain, par morceaux ou en son entier, en passant par l’eau et bientôt l’air.

Sarane Alexandrian, le grand penseur du surréalisme, qui nous a quittés le 11 septembre 2009, dans un roman exemplaire [2], en quelques lignes, a identifié et dénoncé les grands mécanismes de la marchandisation.
Samarangad, éphémère pamphile d’un pays idéal, la Gondwanie, reçoit l’ambassadeur du Continent 4 :

-  « Chers Gondwaniens, reprit l’Ambassadeur en s’adressant alternativement à Samarangad et à l’assistance, le Continent 4 ressemble en beaucoup de points à votre pays. Nous sommes faits pour nous entendre. Nous non plus, nous n’utilisons pas l’argent ; vous ne trouveriez jamais de billets et de pièces de monnaie dans nos poches, alors que celles de nos voisins en regorgent. Nous vivons du système des crédits ; chaque être est affecté d’un numéro à la naissance, dont l’importance croit ou diminue selon les services qu’il rend ou les achats qu’il fait. Il lui suffit de présenter à un commerçant son bracelet d’identité, marqué du chiffre de sa fortune, pour qu’on lui accorde ce qu’il veut, moyennement un abaissement de ce chiffre, dont tous les éléments sont amovibles.
-  Aucun rapport avec nous, fit dédaigneusement Samarangad. Vous gardez la manie mesquine de comptabiliser la vie, nous avons répudié jusqu’à la notion du doit et de l’avoir.
-  Notre facilité de moeurs, dit l’Ambassadeur sans se décourager, est comparable à la vôtre. La preuve en est que l’homosexualité [3] est le seul type de relation normale du Continent 4, l’hétérosexualité y étant considérée comme une perversion à soigner. Nos enfants sont fabriqués dans des établissements scientifiques, par un personnel spécialisé.
-  Chez nous dit Samarangad, les deux sexes sont passionnément attentifs l’un à l’autre, et pratiquent l’amour tel un jeu raffiné, partant de la surprise pour aboutir à l’harmonie. Si nous avons séparé la procréation du plaisir sexuel, c’est dans l’intérêt même des enfants, qui sont bien plus heureux de devoir leur éducation à des parents bénévoles et renouvelés, et non à des géniteurs immuables, imbus d’autorité et de fausse gloriole.
-  Pas plus que vous, insista l’autre, nous n’avons de corps de police constitué. Tout le monde, sur le Continent 4, est policier de naissance. Chacun peut conduire lui-même son voisin en prison, cela est inclus dans ses droits civiques.
-  Je ne m’en étonne pas. Je sais quel prix vous attachez à la délation et à la contrainte par force. Ici, nous n’avons pas de prison, et nous sommes tous gardes civils à tour de rôle, pour un temps très court, afin que la protection de nos biens soit l’oeuvre de tous, et n’ait aucun caractère professionnel.
-  Il y a un certain point où nous vous dépassons, je me permets de le dire. Vous êtes entichés de la liberté de pensée. Nous allons plus loin : nous favorisons avec succès la liberté de ne pas penser.
-  Je le crois bien volontiers. Vous avez formé, au long des siècles, une conception de l’homme-machine, au nom de laquelle vous introduisez en l’individu des dogmes, des programmes et des slogans, annihilant ses réactions saines et naturelles. En Gondwanie, parler au premier venu est une aventure intellectuelle : chacun est original et a son idée personnelle de la vie. »

Il est également intéressant de noter comment tous les mécanismes du capitalisme outrancier s’étaient mis en place dans l’économie des camps de concentration nazis. Jacques Bergier (1912-1978), auteur insolite et grand résistant a publié [4] un témoignage terrifiant de lucidité :

« Le monde où nous vivons, m’a dit le Déporté 63.573 Mauthausen, aurait pu être défini comme un système capitaliste simplifié. Tous les motifs essentiels du système capitaliste y subsistaient, mais simplifiés : aussi visibles que les rouages d’une montre que l’on aurait mise en cage dans une cage de verre.

Ce qui frappait d’abord, c’était l’alternance des crises de chômage et des crises de manque de main d’oeuvre. Cette alternance existe aussi dans votre monde à vous, mais elle est camouflée sous toutes sortes d’explication comme les crises cycliques et autres formules des économistes distingués. Au camp, elle était très nette. On passait par les périodes de pléthore de main d’oeuvre où les chefs de camp s’arrachaient les cheveux pour trouver de la place, de la nourriture, des emplois ; où l’on ouvrait frénétiquement des usines nouvelles, où les détenus étaient tassés par centaines dans des chambres pour vingt et où la nourriture se faisait de plus en plus rare. Puis, au bout d’un certain temps, la crise de chômage faisait place à une crise de main d’oeuvre : les nouvelles usines exigeaient plus d’ouvriers qu’on ne l’aurait cru, le nombre des morts était plus grand qu’on ne l’avait prévu, les razzias d’esclaves dans les pays conquis ne rapportaient pas autant que les statistiques savantes de Berlin l’avaient laissé prévoir et la crise de main d’oeuvre commençait. (...)

Comme dans votre monde à vous, ces crises étaient totalement imprévues. Les experts de Berlin et leurs représentants au camp faisaient des graphiques savants, perçaient des trous dans des cartes perforées, déterminaient les heures de travail, le nombre de nouvelles baraques à construire pour loger des travailleurs et les rations de nourriture, de façon à avoir un système établi pour un an au moins (ce qui équivalait à une dizaine ou une quinzaine d’années de votre temps). Puis, en une quinzaine, toutes les prévisions s’effondraient et ils se trouvaient totalement débordés par la crise.

Le Déporté 63.573 Mauthausen décrit alors dans le détail les mécanismes du marché privé du travail au sein des camps, auquel s’ajoutait le marché noir. Tous y participaient : détenus, encadrement, SS, Gestapo des camps :

Comme dans votre monde, ceci produisait des différences de conditions sociales entre les riches et les pauvres. Mais ces différences y étaient beaucoup plus marquées (...)

En temps normal, il y avait des cours assez stables reliant les principales denrées vitales : pain, saucisson, cigarettes. Il y avait aussi un cours assez défini reliant les cigarettes à l’or (...)

Naturellement, les autorités faisaient tout leur possible pour drainer cet or et pour le mettre dans une réserve privée (...)

L’élimination de l’excès de population était un problème qui se posait assez fréquemment dans notre monde. Dans le vôtre, cette contradiction du capitalisme est résolue par des guerres fréquentes. Dans le nôtre, les guerres civiles entre détenus n’étaient généralement pas admises (...)

Habituellement le moyen d’élimination des faibles était ce qu’on appelait communément une « sélection », c’est-à-dire, la désignation des faibles par un médecin SS, ces faibles étant ensuite acheminés, soit vers les chambres à gaz, soit vers les laboratoires expérimentaux de recherches des savants allemands.

Au bout de ce témoignage effarant, Jacques Bergier pose une dernière question au Déporté 63.573 Mauthausen :

Et que pensez-vous de notre monde à nous, où vous êtes maintenant revenu ? Que pensez-vous de toutes ces contradictions depuis que vous avez pu en voir le schéma simplifié ?

Je crois, répond alors le Déporté 63.573 Mauthausen, que dans votre monde à vous, comme dans le nôtre, la délivrance finira par venir, mais je crois que chez vous non plus, elle ne viendra pas toute seule. »

Il ne s’agit pas de conclure de ce témoignage que la présente situation est concentrationnaire, de faire un parallèle déplacé entre ce début de XXIème siècle et les terrifiantes années du IIIème Reich, ni de suggérer qu’un ultra-capitalisme a conduit au nazisme et conduira nécessairement à une horreur similaire. Certes, Guantanamo a émergé sans hésitation dans le cerveau de G.W. Bush et des néo-conservateurs américains, mais cela renforce plutôt l’idée de l’accointance de l’Etat-nation avec la guerre et s’inscrit dans les réplications propres à toutes les guerres. « Né de la guerre et pour la guerre » disait Denis de Rougemont de l’Etat-nation. Plus intéressant est le fait que les mécanismes de l’économie capitaliste s’adaptent parfaitement à toutes les horreurs, profitent des situations extrêmes et, dès lors, participent à leur maintien et leur développement. La structure archaïque qui sous-tend le capitalisme ne peut être combattue seulement par le droit, l’idéologie, la politique. Elle ne peut être corrigée, rénovée, transformée. Elle peut être seulement détruite. Cela nécessite une prise de conscience individuelle et collective de nos propres conditionnements, un effort éthique sans précédent pour inventer « autre chose ».

L’humanité n’a jamais connu de véritable expérience démocratique [5], sauf peut-être à très petite échelle, dans des cités libres. Proudhon, comme Péguy, en leurs temps, dénoncèrent les trahisons et les déviances de l’électoralisme qui ruine l’esprit démocratique. Nous n’avons pour l’heure connu que des dictatures lourdes ou des dictatures subtiles, jamais réellement éclairées, quels que soient les habits politiques ou culturels empruntés. La dictature lourde présente l’unique « avantage » d’être franche et assumée par quelques personnalités qu’il convient de combattre ou d’abattre. Les dictatures subtiles (il s’agit des stato-démocraties) se dissimulent habilement derrière le suffrage universel pour mettre en place des systèmes complexes se masquant les uns les autres. Les véritables responsables, soit n’apparaissent pas, soit se cachent derrière de flambants discours sur des valeurs qu’ils piétinent au quotidien.

Exagération ? Distorsion ? Caricature ? Non. Pamphlet ? En partie seulement. Toutes les trois secondes, un être humain meurt de faim dans le monde. Toutes les six secondes, un enfant meurt de faim [6]. Ce simple et terrible fait devrait être suffisant pour réduire à néant toute prétention démocratique. Mais encore, il n’y a jamais eu numériquement tant d’esclaves, enfants et adultes, qu’en ce début de troisième millénaire. Les aberrantes inégalités actuelles rendent ridicules les richesses accumulées et les pouvoirs divins des pharaons, empereurs, rois et papes du passé.

L’exploitation sexuelle des femmes se développe comme jamais. Attardons-nous sur la terrible litanie des chiffres concernant les femmes qui se trouvent toujours au cœur de la problématique « Pouvoir – Territoire – Reproduction », à la fois comme symptôme et comme victime-marchandise privilégiée. Si la religion a eu pour première fonction le contrôle des femmes et ainsi la reproduction, elle a confié progressivement la gestion de cette fonction aux institutions capitalistes, qu’elles soient, dans l’apparence, privées ou d’Etat.

Une femme sur trois, selon UNIFEM (United Nations Development Fund for Women.), a été violée, battue, forcée à l’acte sexuel ou abusée du moins une fois dans sa vie.

La violence domestique est, d’après une étude commandée par l’OMS et la Banque Mondiale, la cause principale de la mort ou de l’atteinte à la santé des femmes entre 16 et 44 ans, plus importante que le cancer, la malaria ou encore les accidents de la route.

Aux Etats-Unis, 700000 femmes sont violées ou victimes d’autres formes d’agressions sexuelles chaque année. 14,8% de ces femmes ont moins de 17 ans. En France, entre 50000 et 90000 femmes ont été violées, et de nombreuses victimes n’ont pas dénoncé leur viol.

Les abus sexuels sur des enfants sont également très nombreux. Sur 1200 filles, âgées de 16 à 17 ans, interrogées lors d’une étude effectuée à Genève, 20% ont répondu avoir été au moins une fois abusées sexuellement.

Chaque année, environ 4 millions de femmes et de fillettes sont vendues pour le mariage, la prostitution ou l’esclavage.

Chaque année, environ 2 millions de filles âgées entre 5 et 15 ans sont contraintes à la prostitution.

Les statistiques de la Commission Européenne et de l’OSCE parlent de 120000 à 500000 femmes qui seraient victimes de la traite chaque année depuis les pays de l’Europe centrale et orientale vers l’Europe occidentale. [7]

On peut déterminer le degré d’aliénation d’une société au traitement fait aux femmes dans la réalité quotidienne et non dans son traitement législatif qui ne fait souvent que pointer les carences sans jamais les réduire. L’Etat français, qui se targue d’être le pays des droits de l’homme, qui ne l’est plus en réalité depuis 1793, a renoncé, malgré l’épouvantail de la burka, l’agitation médiatique de projets de lois inapplicables, au combat pour les droits des femmes, non seulement dans les faits, mais même dans les apparences.

La dérive totalitaire que nous vivons en France (annoncée par l’arrivée inopinée de Jean-Marie Lepen au second tour de la présidentielle de 2002), maintenant évidente à un nombre croissant mais encore insuffisant d’individus et de plus en plus dénoncée en tant que telle, prend les formes sournoises habituelles, historiquement connues et analysées, auxquelles se surimposent des formes spécifiques autorisées par l’avancement technologique.

Le sarkozisme cristallise tous les ingrédients d’un totalitarisme autant banal que vulgaire. Il tend vers une sombre machinerie qui n’est pas sans rappeler celle de la colonie pénitentiaire de Franz Kafka publiée en 1919. Certes, Nicolas Sarkozy n’est que le pantin mis en avant par un petit groupe de personnes, hauts financiers et grands industriels [8], désireuses de mettre main basse sur les richesses et les pouvoirs de la République comme un vulgaire gang, il ne doit pas moins être désigné comme responsable de ce que Mediapart désigne comme une contre-révolution [9].

Il faut peut-être prendre le temps de préciser ce qui est ici entendu par « totalitarisme ». Il ne s’agit pas de la définition courante du système à parti unique ne tolérant aucune opposition politique ou populaire. Il ne s’agit pas non plus de la vision restreinte de certains historiens qui s’en tiennent aux deux réalités historiques du nazisme et du stalinisme qui ont nourri le concept même de totalitarisme. Nous pourrions aussi distinguer entre absolutisme, autocratie, autoritarisme, caporalisme, despotisme, fascisme, tyrannie, etc. Distinctions légitimes sur le plan théorique qui n’apporteraient rien à la compréhension pratique de la réalité. Nous parlons d’une essence qui se cristallise en des degrés divers d’aliénation selon les situations. Cette essence peut se caractériser par :
- Une vision unique et uniformisante du monde, globalisante, niant les particularismes, incluant son propre système organisationnel et le justifiant par des tautologies répétées.
- La surveillance et le contrôle des individus et des assemblées d’individus tant dans la sphère publique que dans la sphère privée.
- La recherche de l’adhésion par l’exploitation des peurs et des espoirs, le conditionnement de la population. Cette recherche s’appuie sur l’asservissement volontaire ou forcé des médias.
- La disqualification, l’étouffement, l’épuisement ou l’élimination par des moyens coercitifs graduels de toute contestation ou alternative.

Parmi les signes de la dérive totalitaire sarkoziste, nous en relèverons quelques-uns qui feront une quasi-unanimité, d’autres moins évidents mais particulièrement pernicieux :
- L’exaltation de la bêtise, au sens philosophique du terme, comme seule vision politique. Rappelons que philosophiquement, la bêtise réside dans la croyance que l’on détient la vérité et dans le fait de prendre des décisions basée sur cette vérité prétendue.
- La promotion du kitsch en politique.
- L’appel répété à la puissance de séduction des préjugés les plus vulgaires et les plus destructeurs.
- La trahison envers la parole, les mots, la langue, par la permanence du mensonge.
- La progressive criminalisation de l’enfance qui ne cesse de s’affirmer sournoisement dans la société française à travers, notamment, le fichage précoce de « potentiellement délinquants », qui préfigure le fichage total de la population, sous prétexte d’une prévention sociale en réalité absente. Le gouvernement Sarkozy hait la jeunesse qu’il ne conçoit que contrainte au conformisme sous un carcan de préjugés réactionnaires. Vieille antienne déjà dénoncée par François Villon [10] :

Et quand le noble Roman de la Rose
dit et déclare,
en son premier commencement,
qu’à un jeune coeur
on doit pardonner ses fautes de jeunesse
du moment qu’on le voit sage en vieillesse
hélas !, il dit vrai ;
ceux donc qui me font si dure guerre
ne voudraient pas me voir parvenir à l’âge de sagesse.

La remise en cause, sous prétexte de crise, des fragiles acquis des femmes conquis depuis les années 60.
- Le déni et l’humiliation des institutions de la Vème République : Premier Ministre bouffon muselé, gouvernement fantôme, parlement bafoué. Cette dérive autoritaire, déjà inscrite en creux dans une constitution d’essence monarchique, a été renforcée par le passage du septennat au quinquennat que quelques-uns avaient justement dénoncé comme déséquilibrant les institutions. Il n’aura fallu à Nicolas Sarkozy qu’accentuer les défauts constitutionnels pour réduire à néant les contre-pouvoirs existants.
- Le détournement du principe démocratique, certes une constante dans toutes les démocraties, qui veut qu’une fois élu, le candidat ne se préoccupe nullement des besoins du peuple électeur.
- La multiplication des atteintes aux libertés. Les lois, décrets, règlements, comportements liberticides se multiplient depuis l’irruption de Nicolas Sarkozy au Ministère de l’intérieur. La surveillance paranoïaque de la personne et la limitation de son expression sont devenues et restent une priorité sarkoziste depuis sa conquête de la présidence.
- Les atteintes répétées à la laïcité.
- La négation de l’indépendance de la justice [11]. Alors même que la Cour européenne des droits de l’homme a dénoncé [12] le manque d’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif de tout procureur de la République française qui n’est pas de ce fait une autorité judiciaire légitime, la présidence française envisage de renforcer les pouvoirs du procureur en supprimant le juge d’instruction. De plus, à titre personnel, le procédurier Nicolas Sarkozy use et abuse de son « irresponsabilité juridique » comme président de la République pour multiplier les plaintes contre des particuliers qui ne peuvent se défendre, le président étant « intouchable ». Il jette ainsi le discrédit sur la justice, le tribunal étant, non sans raison, considéré comme partial.
- Le détournement de la fonction législative en usant de la promulgation de loi comme moyen de communication. L’accumulation de lois inutiles et inapplicables, lancées fait divers après fait divers, rend inopérante et incompréhensible la Loi et contribue à la paralysie des tribunaux. Rappelons la sentence de Saint-Just : « Trop de lois. Trop peu d’exemples. »
- La collusion du monde politique avec la haute-finance et les grandes industries, du simple conflit d’intérêt jusqu’à la corruption.
- La déstabilisation des services publics pour favoriser leurs destructions et la grande braderie de l’éducation, de la santé, de la culture au marché. Cette atteinte majeure aux droits à l’éducation, à la santé et à la culture, affectent d’abord les plus fragiles et les plus démunis, renforçant encore inégalités et injustices.
- Le népotisme et le clientélisme aggravé.
- La mise sous tutelle et le contrôle des médias, soit directement, en nommant les responsables et sanctionnant par le seul fait du prince, tel ou tel qui refuse de se soumettre, soit indirectement, par la pression des financeurs. Karl Kraus [13] fut le premier sans doute à dénoncer la corruption de la presse comme source de toutes les autres et de voir en elle l’annonce de la marchandisation de la culture. Il serait pourtant étonné de découvrir l’ampleur prise aujourd’hui par la corruption des médias.
- La systématisation de la garde à vue [14], en violation du droit national et européen, afin de répandre dans la population un climat d’insécurité et d’intimidation entretenu par les services de Police. « Les châtiments servent à l’intimidation de ceux qui ne veulent commettre aucune faute. » avait encore noté Karl Kraus. Sous la présidence de François Mitterrand, la Police et le peuple français, traditionnellement hostiles l’un envers l’autre, avaient esquissé un fragile rapprochement. Grâce au sarkozisme, nous sommes repartis pour plusieurs générations de ruptures et d’oppositions. Tout comme la duchesse d’Albe, surnommée « la duchesse rouge », répétait que sous Franco, tout homme honnête se devait d’avoir fait un séjour dans les geôles espagnoles, nous pouvons aujourd’hui annoncer que sous Sarko, tout citoyen honnête doit avoir connu les conditions indécentes de la garde à vue à la française héritée des pratiques de Vichy.
- L’entretien dédaigneux de prisons indignes, haut lieu d’inhumanité, pour incarcérer innocents, personnes à la dérive qui auraient besoin d’être aidées socialement et professionnellement, grands malades qui ont surtout besoin de soins psychologiques et médicaux et quelques véritables malfrats qui ont davantage d’éthique que ceux qui nous gouvernent, prisons dans lesquelles la seule allégresse consiste à se suicider pour échapper à la « merdicité » humaine.
- La constitution et le contrôle d’un puissant service secret centralisé sous la seule autorité de président de la République et sans la moindre transparence, la DCRI, fusion de la DST et des RG, dont les activités sont en totalité couvertes par le fameux et fumeux « secret de la défense nationale ». On a vu tout le danger de cette inféodation des services secrets à l’autorité de Nicolas Sarkozy, qui en a nommé tous les responsables, dans l’affaire dite de Tarnac dans laquelle ces services ont fabriqué de toute pièce un groupe terroriste pour servir les effets médiatiques de la présidence.
- Une politique de l’immigration honteuse et xénophobe en violation des principes et valeurs de la République comme des outils juridiques internationaux en matière de droits de l’homme pourtant ratifiés par la France. Cette politique s’accompagne d’une stigmatisation particulière des populations musulmanes vivant en France
- Etc, etc.

Inutile de développer davantage, vous trouverez sur les sites de Vendémiaire, La Faute à Diderot, Mediapart, Nonfiction, France Inter, entre autres, toute la matière nécessaire à l’approfondissement de ce qui est ici seulement rappelé. Tous ces éléments, et ceux non cités, constituent les ingrédients d’un totalitarisme avéré. Il suffit d’un contexte approprié pour que soit mis en place un état d’exception qui ferait basculer la France dans une dictature pesante. Rappelons-nous que la promulgation de l’état d’exception était envisagée par l’Elysée en cas de pandémie massive de grippe H1N1, autre fiasco. L’occasion fait le larron. Il n’y a pas de différences flagrantes de comportement entre Nicolas Sarkozy et Mahmoud Ahmadinejad (prétentions aussi exorbitantes que ridicules, décisions réactionnelles, provocations, menaces, intimidations, abus de pouvoir, mensonges, manipulations, courtes vues...) si ce n’est... le contexte. Notre chance, justement, réside dans un contexte européen certes très imparfait mais qui toutefois freine, modère, essouffle, détourne ce qui dans un contexte aigu muterait en cette horreur que seule l’espèce humaine, parmi toutes les espèces, sait mettre en œuvre. Venons-en maintenant au second volet de cette contribution, invitation à penser et à résister, à savoir l’apport du fédéralisme au recul voir à l’effacement d’une tentation totalitaire permanente de l’appareil d’Etat.

Qu’est-ce que le fédéralisme ? La question mérite d’être posée tant la France néglige le fédéralisme alors que certains des grands penseurs du fédéralisme, Alexandre Marc (1904-2000) [15] en tête, connus et reconnus à l’étranger, demeurent ignorés des français.

Rappelons que le mot « fédération » vient du latin foedus, génitif foederis, qui désigne un pacte, un contrat, un traité, une alliance, une convention, une charte par lequel plusieurs parties (individus, familles, entités diverses, communes, régions, nations…) s’engagent réciproquement les uns envers les autres pour la réalisation de buts déterminés en commun. Ce qui distingue le contrat fédératif du contrat social tient dans le processus. Au lieu de l’acte législatif fixant arbitrairement le contrat social, le contrat fédératif est un acte positif né d’une recherche de consensus, d’une élaboration, d’un échange véritable d’intérêts partagés entre les contractants.

Le fédéralisme, issu des mouvements anarchistes, qui doit s’entendre comme un pluriel, est impossible à définir, il est un processus illimité [16], une prise de conscience, un avènement sociétal qui demande pour être approché, compris et intégré un processus et un avènement individuels. Philosophie, révolution « totale », re-commencement, pensée politique audacieuse, souvent incomprise, métaphysique sociale et politique [17], personnalisme en action [18]… le fédéralisme dans sa complexité veut prendre en compte l’hypercomplexité de l’être humain. Il refuse radicalement de réduire l’être humain et n’a de cesse que de favoriser l’émergence de la liberté. Il n’en est pas moins éminemment pragmatique. Un pragmatisme audacieux et visionnaire.

Le fédéralisme n’est pas une nouveauté. Alexandre Marc en vit les prémisses pour l’Europe dans l’émergence de la raison grecque, du droit « objectif » romain et de la révélation judéo-chrétienne [19] qui dans le sillage du stoïcisme, reconnaît l’importance de la personne. Le Moyen Âge, soi-disant sombre et bien plus lumineux qu’on ne se le représente, se révèle davantage fédéraliste que l’Europe de ce début de XXIème siècle. Les empires féodaux sont étudiés parfois comme « des prototypes de l’Etat fédératif en laissant le maximum de souveraineté aux chefs féodaux et aux cités libres et en concentrant le minimum nécessaire entre les mains des suzerains ou des barons réunis en assemblées. » [20] Ce sont les monarchies souveraines, aux pouvoirs très centralisés, qui vont fragmenter ces esquisses de fédérations. Dès le XIIIème siècle, nous observons deux lents glissements. Le premier voit le « bien commun » disparaître au profit de la « puissance publique ». Le second installe la souveraineté en lieu et place du principe de suzeraineté qui sait conjuguer unité et pluralité.

Vint ensuite la fédération américaine, étape de la plus grande importance dans le processus de conscientisation du fédéralisme par lui-même même si le fédéralisme américain demeure à l’état d’ébauche. Mais ce fut à partir du début du XIXème siècle que se déploya le véritable processus d’une pensée fédéraliste aussi exigeante que pertinente.

En 1863, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) publia, à contre-courant des orientations et des vouloirs de l’Etat-nation jacobin issu de Rousseau et de la Révolution, Du principe fédératif. On distingue dans sa proposition de constitution d’un Etat fédéral en France quelques-uns des grands principes du fédéralisme qui se développeront dans les décennies suivantes comme la fédération d’unités de tailles moyennes, la séparation systématique des pouvoirs, le renforcement du jeu des contre-pouvoirs, mais la perspective est encore davantage confédérale que fédéraliste. Le Fédéralisme a en effet trois ennemis, le capitalisme, le socialisme [21] et l’Etat-nation.

Ce furent sans doute Denis de Rougemont [22] et Alexandre Marc qui approfondirent de la manière la plus aboutie et la plus sophistiquée les grands principes du fédéralisme dans des travaux exemplaires malheureusement méconnus. Les principes du fédéralisme ne furent pas énoncés comme des abstractions à partir d’autres abstractions, ils s’imposèrent à partir de la pratique sociale, politique et économique, une pratique qui voulut mettre l’être humain, la personne, au cœur et non au service de la société. Ces principes ne sont pas des vérités établies mais des élaborations inachevées et choisies, des approches mutables du réel pour le bien commun, un bien conçu d’emblée comme relatif.

Le fédéralisme est donc un art de penser, d’agir et de vivre ensemble en toute liberté. Ces principes énoncés par Denis de Rougemont [23] peuvent aujourd’hui se synthétiser ainsi :
- Renoncer à l’hégémonie.
- Renoncer à l’esprit de système.
- Préserver l’hétéroclite.
- Sauvegarder toutes les minorités.
- Préserver l’identité et les qualités des Nations (non des Etats-nations) et des Régions.
- Apprécier la complexité, se méfier des simplifications [24], toujours totalitaires.
- Dénoncer toute tendance à l’uniformité. Prôner la voie du particulier.
- Favoriser la multiplicité des idées.
- Accepter l’altérité et apprendre à s’en enrichir culturellement. Reconnaître la personne de l’autre.
- Développer l’élaboration et la prise de décision à partir de la base. Rejeter toute décision imposée du sommet.
- Concevoir le pouvoir non comme pyramidal mais résultant du tissage de réseaux non finis dans une vision organique de la société plutôt qu’organisationnelle et structurelle.
- Respecter et protéger le « petit » de tout gigantisme, ce qui n’est pas sans rappeler un grand principe de la philosophie de Gregory Bateson, « Ce qui est petit peut être beau. »
- Favoriser la subsidiarité. Ne jamais confier à une grande entité ce qui peut être accompli par une entité plus petite.
- Développer les pouvoirs autonomes notamment au niveau des Régions comme des services.
- S’appuyer sur la technologie pour développer la démocratie directe et favoriser un dialogue continu entre les individus et les centres fédérés, communautaires, nationaux ou régionaux.

L’approfondissement, l’expérimentation de ces principes guidèrent une évolution qui trouva son épanouissement dans le fédéralisme intégral d’Alexandre Marc.
Alexandre Marc reste le grand théoricien et philosophe du fédéralisme. Ses travaux demeurent incontournables et pour longtemps, même pour des adversaires du fédéralisme, tant il oblige à penser dans un monde qui ne sait plus qu’« opinionner » et faire de la politique un bêtisier sans fin. Né Alexandr Markovitch Lipiansky à Odessa, le 19 juin 1904, il émigra à Paris avec sa famille en 1919. Sous le nom d’Alexandre Marc, il étudia en France les différents systèmes et modèles philosophiques des années 30 et s’intéressa au personnalisme. Il fut le précurseur de ce courant [25] à qui Emmanuel Mounier, fondateur de la célèbre revue Esprit en 1932, donna tout le relief qu’on lui connaît. Les rapports entre personnalisme et fédéralisme sont on ne peut plus étroits, nous y reviendrons.

Alexandre Marc cherchait un antidote aux dérives totalitaires de droite comme de gauche. Il fonda en 1931 le mouvement L’Ordre Nouveau et en 1933, la revue [26] du même nom, à ne pas confondre avec l’Ordre Nouveau des forces de l’Axe pendant le deuxième conflit mondial, à ne pas confondre non plus avec le mouvement fascisant Ordre Nouveau des années 1960-1970 qui se développa en France et en Italie et lutta notamment contre les Brigades Rouges et les communistes. Alexandre Marc sut rassembler des personnalités brillantes comme Arnaud Dandieu, Robert Aron, Daniel-Rops, Claude Chevalley, Denis de Rougemont, Jean Jardin, Xavier de Lignac, Albert Olivier. En 1933, il publiait son premier livre Jeune Europe, couronné par l’Académie Française.
La même année, il rompit avec Emmanuel Mounier, trop conformiste pour le personnalisme radical d’Alexandre Marc. Dès lors, apparurent les grandes lignes du fédéralisme intégral, d’abord dans les aliénations qu’il rejette : réformisme, pacifisme, individualisme dit « atomistique », nihilisme, condition prolétarienne, nationalisme, Etat-Moloch et internationalisme ! Cependant, le fédéralisme d’Alexandre Marc, synthèse du personnalisme et du socialisme libertaire [27], est une philosophie positive en action. Pendant la deuxième guerre mondiale, entré dans la Résistance, Alexandre Marc diffusa ses idées parmi les réseaux de résistants. Dès la guerre terminée, il reprit son prophétisme fédéraliste. Il enseignera dans le monde entier.

L’observation attentive du réel conduisit Alexandre Marc à combiner synchroniquement quatre grands vecteurs de changement créatif qui correspondent à quatre niveaux logiques ou quatre dimensions pour rendre compte du caractère prospectif du fédéralisme :
- L’autonomie, au niveau de base, phénoménologique.
- La coopération conflictuelle, au niveau problématique.
- L’exacte adéquation, au niveau théorique
- La participation, au niveau du dépassement. Le développement plus différencié de ces quatre vecteurs conduit à distinguer [28] au sein de l’autonomie [29] :
- L’autoaffirmation qui permet à une entité composée d’être humains d’affirmer son existence
- L’autodéfinition qui permet à cette entité de définir son identité et l’altérité.
- L’autodétermination qui permet à l’entité définie de choisir ses appartenances éventuelles régionales, nationales [30], communautaires, etc.
- L’auto-organisation qui permet à l’entité de se doter elle-même d’un statut, de lois, de règles adéquates.
- L’autogestion.

La coopération exige un consensus, une unanimité, non pas obtenu par le plus petit dénominateur commun, ce qui conduit à un nivellement, mais par un processus de co-création visant à dépasser les conflits par les échanges multiples (et non bilatéraux) de compétences, développer un commun plus vaste, plus grand, plus ambitieux. La participation directe des citoyens aux prises de décision, ceci à tous les niveaux de la société, permet de prendre des décisions à la majorité quand le consensus n’est pas possible ou quand il ne fait pas sens dans la situation donnée.

L’articulation entre participation et coopération, une véritable respiration sociétale, dépend de l’exacte adéquation soit du degré de subsidiarité. L’idée de subsidiarité, ou d’exacte adéquation, veut qu’entre deux entités sociétales superposées, la préférence est donnée à l’entité composante qui détient les capacités requises. La subsidiarité transforme ces capacités en compétences. Le principe de subsidiarité ne résout pas toutes les divergences. C’est la mobilité, la dynamique entre participation, coopération, subsidiarité et autonomie qui peut assurer une dialectique qui prend en compte la complémentarité des oppositions et non leur irréductibilité. Les garanties ultimes de la pérennité de cet organisme vivant tiennent dans la fédération elle-même soit la collectivité composée, entité autonome, au contraire d’une confédération qui amalgame les souverainetés étatiques.

La lutte contre les aliénations passe par la maîtrise de la technè qui a déterminé l’évolution de l’économie. Alexandre Marc observe dans ses travaux que l’économie est désormais :
- « ouverte sur les perspectives planétaires »
- « dynamogène, c’est-à-dire engendrant l’énergie »
- « complexe et réflective : notamment parce qu’elle subit les conséquences des variations, partout dans le monde » [31].

Scientifiquement, le fédéralisme intégral rejette aussi bien l’approche libérale ou ultra-libérale que les approches planificatrices qualifiées de « monomaniaques » par Alexandre Marc qui se gardera sa vie durant de toute tentation moniste et absolutiste.

Parmi les réponses proposées [32], le fédéralisme intégral en avance six très pertinentes, prises dans un ensemble complexe :
- Un minimum social garanti, un revenu de vie attribué à tous, de la naissance à la mort, indépendamment du travail. Ce minimum permet effectivement de vivre décemment et non de survivre. Il n’a rien à voir avec le concept de RMI [33] ou de RSA.
- « La suppression de tout travail indifférencié dont la nécessité sociale ne s’impose point objectivement », ce qui signifie la suppression de tous les intermédiaires dont la seule compétence est de spéculer sur les compétences d’autrui, du maquignon au trader.
- Le développement de l’automation afin de supprimer le travail servile, de réduire le temps de travail comme la difficulté du travail.
- La promotion d’un service civil partagé par tous les membres sans exception de la collectivité couvrant « la part irréductible, socialement justifiée, du travail indifférencié ». Ce service civil soutient et constitue une contrepartie à la part du revenu inscrite dans le minimum social garanti.
- La répartition du produit de l’enrichissement collectif à tous les citoyens sous la forme d’un bonus social.
- La possibilité pour tout citoyen fédéral d’obtenir un crédit social individualisé afin de devenir entrepreneur (ce qui ne le dispense nullement du service civil).

Cela signifie qu’un citoyen fédéral peut choisir de ne pas travailler à condition de remplir les obligations du service civil. Il peut ainsi se consacrer à L’art de ne rien faire cher au penseur portugais Agustinho da Silva, à la création artistique, la recherche scientifique ou tout au contraire développer une autre activité économique afin d’augmenter ses revenus. Mireille Marc-Lipiansky voit dans le minimum social garanti du fédéralisme intégral une institution révolutionnaire [34], c’est-à-dire bouleversant les relations sociales :
- « sur le plan éthique et social : elle répond à un impératif de justice et apporte une solution simple, et foncièrement anti-utopique, au problème des inégalités sociales. »
- « sur le plan économique : elle permet de résoudre le problème majeur des sociétés industrielles avancées, qui n’est plus celui de la production, mais celui de la distribution du pouvoir d’achat. »
- « sur le plan politique : elle contribue à saper le pouvoir de l’argent en le diffusant, en donnant à chaque citoyen un bargaining power capable de contrebalancer le pouvoir du « capital », que celui-ci soit « privé » ou étatique, qu’il s’agisse de ploutocratie ou de statocratie. »

Parmi les nombreux points d’interrogation qui demeurent, il y a celui des étapes du processus fédéraliste. Alexandre Marc a milité avec insistance pour la création d’une Fédération européenne, d’une Fédération américaine, d’une Fédération asiatique, d’une Fédération africaine, d’une Fédération océanienne. Il concevait ces fédérations continentales comme une étape nécessaire vers la Fédération mondiale. Lors de la session de 1987 de l’Institut d’Etudes Mondialistes, consacrée au fédéralisme, Guy Marchand, grand Citoyen du Monde, lui opposa le fait que ces cinq fédérations reproduiraient la situation des grands empires qui n’eurent de cesse de se faire la guerre. Guy Marchand était opposé à l’étape continentale et tendait vers la création directe d’une Fédération mondiale. Une autre piste pourrait résider dans la création de fédérations croisées. Par exemple, nous aurions une Fédération européenne, une Fédération africaine et une Fédération méditerranéenne rassemblant des régions et des nations sur les deux bords de la Mer Méditerranée membre aussi d’une autre fédération. Bien entendu, une telle complexité ne peut être viable avec des modèles institutionnels hiérarchiques. Il convient peut-être de fouiller du côté des « ad’hocraties » à géométrie variable d’Alvin Toffler [35] susceptibles de favoriser une mobilité de la psyché politique inenvisageable aujourd’hui. Révolution ou processus démocratique ? Dès les années 1980, Alexandre Marc avait prévu l’impasse dans laquelle se trouve l’Europe aujourd’hui par absence socio-politique et primauté de la finance et de l’économie. Il a d’abord parié sur une forme de démocratie parallèle et autonome, pleinement agissante à tous les niveaux de la société européenne, un Congrès permanent du peuple européen, élu selon un processus non officiel, prenant une telle ampleur qu’il puisse induire ou même conduire une véritable révolution pacifique en Europe. Mais face à « l’involution rampante » de la construction européenne, le recul des grandes idées européennes, il a considéré, stratégie pessimiste, que l’urgence commandait de prendre en compte la voie électorale, le lobbying et un fédéralisme moins radical et plus englobant [36], commençant par un rapprochement avec le fédéralisme hamiltonien [37]. Cette stratégie contribuera à rendre illisibles les principes fédéralistes. Une autre approche fut celle du World Federalist Movement, O.I.N.G. qui lutte pour donner à l’O.N.U. une toute autre dimension, une véritable autorité, amorce d’un gouvernement mondial.

Le fédéralisme intégral prit son essor dans les années 30 du XXème siècle, période de créativité exceptionnelle sur le plan des idées et des arts. Tout comme nous n’avons pas intégré, en plus de deux siècles, la totalité des idées fécondes jaillies de la période révolutionnaire, de 1789 au sacre de Napoléon 1er, les idées anticonformistes qui nourrirent les années 30 apparaissent encore à beaucoup comme inaccessibles, littéralement impensables.

Un certain nombre d’idées fédéralistes trouvèrent pourtant un écho favorable dans les mouvements écologistes et alternatifs. Cependant, elles s’y trouvent le plus souvent diluées ou morcelées. La pensée politique figée, au mieux engluée dans les préjugés du passé institutionnel, qui sépare la politique de la philosophie, la science, l’art et la métaphysique, ne peut réellement revendiquer une approche intégrale ou globale. D’autre part, on a pu voir des mouvements d’extrême-droite, opposants eux-aussi à l’Etat-Moloch (jusqu’à leur éventuelle arrivée au pouvoir), revendiquer une Europe des régions. Un certain nombre d’intellectuels dits de gauche se laissèrent prendre.

L’Europe d’aujourd’hui est un fragile pare-feu contre les autoritarismes. En cas de crise majeure, la France sarkoziste se figerait très probablement dans une crispation totalitaire. C’est une toute autre Europe qui doit être inventée et, manifestement, les décideurs d’aujourd’hui en sont incapables. Ils n’en ont ni la vision, ni l’intelligence, ni l’ambition ni le désir. C’est dans l’émergence des réseaux informels de compétences que l’invention peut dépasser l’imitation.

Le fédéralisme intégral est d’essence libertaire, il ne peut s’accommoder d’ambigüités encore moins de compromis avec sa propre radicalité. Il est une source formidable, en ses évolutions et métamorphoses, pour penser le monde qui vient. Il nous invite à construire une véritable fédération plutôt qu’une vague confédération au service de la haute finance, du dogme de la croissance, du mythe prométhéen de la rentabilité et de l’épouvantail du marché. Sans nécessairement adhérer aux idées personnalistes ou aux idées fédéralistes, jamais très éloignées les unes des autres [38], tout être soucieux de l’intégrité de la personne trouvera dans le fédéralisme intégral une source intellectuelle capable de vivifier aussi bien des utopies créatrices nouvelles que des pragmatismes respectueux. Il ne s’agit ni d’envisager un être humain parfait ou une société idéale mais de relever le défi gigantesque du XXIème siècle en instaurant des règles non doctrinales et des mécanismes audacieux mais responsables, assurant l’épanouissement et l’autonomie de la personne, en développant par le penser et l’agir une praxis de la liberté. Ambition presque banale qui, dans la France grise et l’Europe essoufflée d’aujourd’hui, apparaît évidemment subversive et offensivement non-conformiste.

 [39].

Notes :

[1] L’Etat-nation contre l’Europe, article de Denis de Rougemont paru dans le n°25 de la revue Cadmos, Genève, 1984.

[2] Les terres fortunées du songe de Sarane Alexandrian, Editions Galilée, Paris, 1979.

[3] Sarane Alexandrian dénonce ici les comportements énantiodromiques qui font passer d’une identification ou d’une adhérence conditionnée à l’identification ou adhérence contraire, tout aussi conditionnée, sans que puisse se développer un authentique et libre art de vivre.

[4] Economie politique d’un enfer dans la revue Les Cahiers du Sud, n°236, Tome XXVI, 2ème trimestre 1947.

[5] La pensée de Cornélius Castoriadis (1922-1997) est précieuse pour penser la démocratie au XXIème siècle caractérisé par la « mondialisation » qui pose la question de manière crue de l’universel et du particulier. Castoriadis, philosophe, psychanalyste et économiste fut le fondateur et animateur du mouvement Socialisme ou barbarie et de sa revue éponyme. Pour lui, il n’y a de démocratie que directe. Nos démocraties sont donc des simulacres basés sur la représentation qui est toujours une trahison. Castoriadis, conscient des imperfections de la démocratie, envisage des mécanismes adjacents pouvant garantir la liberté individuelle, mais ils ne garantissent pas contre « la folie des hommes ». Il rappelle aussi que la démocratie n’est pas une exigence par elle-même, mais une exigence que l’on se donne.

[6] Voir et revoir le film Faim.

[7] Source Amnesty International.

[8] La plupart d’entre eux firent partie des invités obligés du Fouquet’s le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy comme président de la République, première erreur politique de celui-ci et premier bras d’honneur à ceux qui venaient de l’élire.

[9] N’oubliez-pas ! Faits & gestes de la présidence Sarkozy par la rédaction de Mediapart, sous la direction d’Edwy Plenel, Editions Don Quichotte.

[10] Extrait de Le Testament, dans Villon, Oeuvres, édition bilingue par André Lanly, Editions Honoré Champion, Paris, 1992.

[11] Nous sommes actuellement à contre courant d’une véritable théorie globale de la justice. Ce n’est pourtant pas fautes de recherches et travaux d’exception. Prenons, parmi d’autres grands théoriciens de la justice, John Rawls, auteur de Paix et démocratie, le droit des peuples et la raison publique publié à La Découverte qui fait suite à deux autres livres traduits en français et disponibles en poche au Seuil, Théorie de la justice, son oeuvre maîtresse, et Justice et démocratie. John Rawls réhabilite de manière originale le « contrat social » de Locke et Rousseau. Sa théorie est construite sur le principe d’une égale liberté et d’un droit égal au système le plus étendu de libertés de base pour tous. Elle refonde le politique comme art de gouverner et s’oppose à un utilitarisme qui légitime une violation des droits de l’homme, comme le démontre l’actualité récente en matière de terrorisme, dès l’instant où cette violation pourrait « servir » le bien commun. Les inégalités, sociales, éducatives ou économiques, ne sont légitimées que dans la mesure où elles profitent aux désavantagés et aux exclus et compensent une situation déficitaire. Le refus de l’arbitraire est en effet une pierre angulaire chez John Rawls qui bouleverse ainsi nos conceptions du droit à la santé et de la répartition des richesses. Bien que nombre d’idées de John Rawls soient révolutionnaires, il ne prône pas la révolution mais une réforme raisonnable et négociée dont les citoyens seraient véritablement les acteurs. Tout en s’inscrivant dans la continuité de la philosophie morale et politique, John Rawls se réclame de l’héritage kantien et renouvelle ce courant par bien des aspects. Il n’est plus question d’une justice transcendante mais bien d’un projet humain d’équité. Ses adversaires, comme ses partisans, reconnaissent que ses travaux sont incontournables dans le domaine de la philosophie politique et ne sauraient restés ignorés. L’influence de John Rawls sur les philosophes, les politologues et les économistes est grandissante et nombre de ses idées font leur chemin : la singularité reconnue des individus, les biens sociaux premiers pour mesurer le bien-être et les inégalités sociales, le large équilibre réfléchi pour résoudre les conflits, la volonté d’annuler les effets nocifs de l’arbitraire, etc. Il appartient maintenant sans doute aux citoyens de s’approprier également ses travaux pour redonner des couleurs à une vie politique devenue désenchantée et cynique.

[12] Arrêt Medvedyev contre France du 10 juillet 2008, attendu 61.

[13] Karl Kraus (1874-1936), écrivain, journaliste, dramaturge et polémiste de talent, commença son œuvre iconoclaste et salutaire en 1899 avec la création d’un journal, Die Fackel, soit Le Flambeau. Ce titre est comme une bannière de la vie et de l’œuvre de Karl Kraus qui ne cessa d’éclairer, d’alerter, de réveiller ses contemporains, et aujourd’hui nous-mêmes, quant à l’ignorance, l’obscurantisme, la lâcheté, les petites haines ordinaires, qui préparent toujours l’avènement du pire.

[14] Le livre noir de la garde à vue de Patrick Klucman, Nova-éditions, 2010 et Le guide du manifestant arrêté en pdf sur le site du Syndicat de la magistrature.

[15] Lire notamment d’Alexandre Marc, A travers le siècle, fragments d’une autobiographie, Editions Presses d’Europe, Nice, 1998.

[16] Pour étudier l’historicité de ce processus, lire l’ouvrage de Bernard Voyenne, Histoire de l’idée fédéraliste en trois tomes, Editions Presses d’Europe, Nice, 1973-1981.

[17] Lire Fondements du fédéralisme personnaliste d’Alexandre Marc, Editions Presses d’Europe, Nice 1995.

[18] Lire De la pensée à l’action d’Alexandre Marc, Editions Presses d’Europe, Nice, 1986.

[19] Bien avant sa « normalisation » sous forme d’Eglise organisée.

[20] Dusan Sidjanski, notice Fédéralisme du Dictionnaire international du Fédéralisme sous la direction de Denis de Rougemont, Editions Bruylant, Bruxelles, 1994.

[21] Marx visait l’instauration d’une société anarchiste. Il a voulu y parvenir, de façon très jacobine, en renforçant le pouvoir de l’Etat, comptant dans un deuxième temps sur un improbable « dépérissement de celui-ci ». De distorsion en trahison, ceux qui se revendiquèrent de Marx, à commencer par Engels et Lénine oublièrent très vite l’idéal de liberté pour se consacrer au pouvoir étatique.

[22] Sur Denis de Rougemont, se référer à l’excellente biographie de Bruno Ackerman, Denis de Rougemont, une biographie intellectuelle. T. 1 : De la révolte à l’engagement – L’intellectuel responsable et T.2 : Combats pour la liberté – Le journal d’une époque.

[23] L’Europe en jeu, Neuchâtel, 1948.

[24] Paul Watzlawick, à l’origine de la pragmatique de la communication, parle de Terribles simplifications (notons qu’il a choisi la langue française pour cette expression dans des textes en américain) c’est-à-dire : « Il n’y a pas de problème. » ou « Il y a toujours une solution. ».

[25] Lire l’étude très complète de Christian Roy, Alexandre marc et la jeune Europe (1904-1934) : L’Ordre Nouveau aux origines du personnalisme, Editions Presses d’Europe, Nice, 1998.

[26] La revue L’ordre Nouveau fut rééditée en 1997 dans un coffret de cinq volumes par la Fondation Emile Chanoux, 4 rue Crétier, 11100 Aoste, Italie.

[27] Lire Le fédéralisme de Bakounine par Arnaud Marc-Lipiansky, Editions Presses d’Europe, Nice, 1994.

[28] Lire Le fédéralisme de Guy Héraud, Editions Presses d’Europe, Nice, 1982.

[29] Selon Castoriadis, est autonome, étymologiquement, celui qui se donne à lui-même sa propre loi.

[30] Il convient peut-être de revenir sur le concept fédéraliste de « nation » afin d’éviter toute ambigüité. Le fédéralisme intégral distingue nettement la nation de l’Etat. D’une certaine manière, il veut arracher la nation, historique et culturelle, au carcan artificiel et institutionnel de l’Etat. Anthony D. Smith en donne la définition suivante : « une communauté de mémoire et de mythes partagés, une culture commune, un lien d’origine historique, une unité économique ainsi que des droits et des devoirs communs pour tous ses membres » (Notice Nation et nationalisme du Dictionnaire international du Fédéralisme sous la direction de Denis de Rougemont, Editions Bruylant, Bruxelles, 1994).

[31] Prospectives socio-économiques du fédéralisme, quelques repères par Alexandre Marc, Editions Presses d’Europe, Nice, 1984

[32] Le cadre général de ses réponses reste inscrit dans la Charte fédéraliste publiée en 1963, largement rédigée par Alexandre Marc et signée de nombreux intellectuels. Elle demeure la base sur laquelle s’appuient encore en Europe de nombreux mouvements fédéralistes.

[33] Michel Rocard emprunta sans doute l’idée du premier revenu minimum aux fédéralistes mais en le dénaturant totalement.

[34] La crise des temps modernes de Mireille-marc Lipiansky, Editions Presses d’Europe, Nice, 1985.

[35] Alvin Toffler est un penseur. Il n’appartient pas à cette petite caste d’intellectuels médiatiques qui produisent un livre par an pour vivre et parcourir les plateaux télés invités par des journalistes complices de leurs leurres, de leurs raccourcis, de leurs mensonges et de leurs petites manipulations. Le dernier livre d’Alvin Toffler et Heidi Toffler, sa compagne, est le fruit de vingt ans de travail et de réflexion. Nous nous souviendrons que la plupart des conclusions rationnelles comme des intuitions d’Alvin Toffler, publiées dans Future Shock en 1970, se sont avérées justes. Alvin Toffler est sociologue et futurologue. Mais sa prospective, tout comme celle de son épouse, fait appel à l’ensemble des disciplines qui appréhendent l’humain et ses expressions. En 1970, Alvin Toffler annonce ce que Paul Virilio appellera l’accident de vitesse, il est d’ailleurs intéressant de faire une lecture conjointe des travaux de ces deux chercheurs. Il note la difficulté de la construction de l’identité du sujet et de sa singularisation en raison des changements rapides et successifs auxquels l’individu est confronté. Il précise les conséquences de la brièveté des choses, l’évolution scientifique qui conduit l’humain vers un nouveau rapport, intime, à la machine voir vers une fusion avec celle-ci, thème qu’interroge aujourd’hui avec persistance les mangas japonais, l’élargissement des choix culturels et individuels qui le conduit à parler d’un nouveau paradigme dans tous les domaines de l’activité humaine mais aussi dans le processus d’individuation, induit par la révolution de l’information. On pense au principe de Gregory Bateson : « De rien, il ne sort rien sans information. ». En 1980, Heidi et Alvin Toffler publient The Third Wave, poursuivant le travail entrepris dans Future Shock. L’ouvrage est plus classique et annonce un troisième type de société, poussé par une troisième vague de changement génératif, une société post-industrielle, informationnelle et hautement technologique. Il prolonge sa vision établie dans Le Choc du futur, d’une société non plus bâtie autour d’une hiérarchie de pouvoir mais d’une « ad’hocratie » construite sur le tissage des compétences et des expertises, modèle passionnant qui n’a jusqu’à ce jour été qu’approché de manière lointaine ou marginale dans les faits. En 2006, Heidi et Alvin Toffler publient de nouveau un livre essentiel, Revolutionary Wealth, traduit en français sous le titre La richesse révolutionnaire, paru en 2007 chez Plon. C’est le fruit d’un long processus d’observations et d’analyses des fondements et des comportements de notre société, de ses mouvements, de ses mutations présentes et futures. Nous entrons de manière assez brutale dans un monde autre et, d’une certaine manière, l’humanité qui vient, celle que nous engendrons aujourd’hui, pourrait être fort différente de l’humanité actuelle. Le développement générique de la richesse financière sur la planète, et de ses abus, ont conduit les décideurs, ceux que l’Inde traditionnelle regroupe dans « la caste des commerçants », à ne prendre en compte que la dimension économique de l’activité humaine et sa monétarisation. En ignorant les activités non monétaires, ils ont omis une part essentielle de la richesse produite par les êtres humains, les connaissances. Les activités qui ne se transforment pas en monnaies comptables sont multiples, créatrices, insaisissables et particulièrement révolutionnaires, nous disent Heidi et Alvin Toffler.

[36] Aux urnes, citoyens ! Réflexions sur la stratégie fédéraliste par Alexandre Marc, Editions Presses d’Europe, Nice 1985.

[37] Le fédéralisme hamiltonien diffère grandement du fédéralisme intégral. Pour Hamilton, dans la continuité de Hobbs et Montesquieu, l’Etat reste le garant de l’intérêt commun. Il s’appuie sur les institutions et rejette toute philosophie politique intégrale préalable.

[38] A ce sujet, Alexandre Marc dira : « le personnalisme requiert le fédéralisme (au sens le plus large), en tant que son accomplissement ; et le fédéralisme englobe le personnalisme, en tant que sa source spirituelle, éternellement vivifiante » (De la pensée à l’action, le fédéralisme, Editions Presses d’Europe, Nice 1986).

[39] Pour aller plus loin et pour des ressources bibliographiques, se rendre sur le site de l’Institut Européen des Hautes Etudes Internationales, http://www.iehei.org/


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