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Le crépuscule du Che
Une pièce de José Pablo Feinmann, mise en scène par Gérard Gelas

Qui est le Che ? Qu’es-ce que le Che ? A la première question on peut répondre, en faisant court : « Ernesto Che Guevara, révolutionnaire marxiste et internationaliste ainsi qu’homme politique d’Amérique latine ».

Pour la deuxième question, on peut dire que l’héritage, l’image du Che s’est chosifiée : une photographie de Che Guevara prise par Alberto Korda est devenue une des images les plus célèbres du XXème siècle. Transformé en graphique monochrome, le portrait est reproduit sur toutes sortes de supports comme des tee-shirts, des posters, des tasses à café ou des casquettes, une manière plutôt ironique de faire de larges profits à partir d’un symbole de l’anticapitalisme.

Cette marchandisation d’une icône n’est pas spécifique au Che : que l’on pense à Rimbaud, par exemple. Révolutionnaire en politique, révolutionnaire en poésie, parce qu’ils sont allés jusqu’au bout, ils ne connaissent pas le tiède : la société récupère aisément ceux qu’elle a rejeté tout aussi aisément.

Je voudrais vous parler d’une une pièce de José Pablo Feinmann, mise en scène par Gérard Gelas Le crépuscule du Che. 9 octobre à La Higuera en Bolivie. Le Che, prisonnier, s’apprête à vivre sa dernière nuit... Quelques heures avant son exécution, il rencontre un journaliste venu l’interroger. Au fur et à mesure de leur entretien se dessine une image du Che loin de celle véhiculée par les produits dérivés à son effigie : un homme complexe, ni monstre sanguinaire ni surhomme romantique. Le Che redevient un homme de chair et de sang, interrogé à vif, quelques heures avant sa mort...

Or la pièce est une confrontation de deux temporalités : celle du Che – l’histoire se « passe » en 1967- et celle d’un journaliste du XXIème siècle, André Cabreira. Ce dernier à reçu une bourse de la Fondation Guggenheim pour son projet : raconter ce qui s’est passé lors des 48 heures qui ont suivi l’arrestation de Che Guevara en Bolivie et son exécution "dire ce que personne ne sait". André Cabreira est en quelque sorte notre porte-parole, à la recherche d’autre chose que l’histoire officielle.

Le Che n’apparaît ni comme une icône ni comme un être assoiffé de sang, mais avec les contradictions propres à tout être, peut-être un peu plus chez cet être hors normes : impitoyable et humain, idéaliste et extrémiste, communiste et électron libre, provocateur et spirituel. Le journaliste cherche à comprendre le Che, voire à l’affronter pour connaître sa vérité, mais il a en face de lui une « force qui va ».

Le cours de la pièce est interrompu par des flashbacks au cours desquels le Che est mis en présence de divers personnages de son histoire, dont notamment Fidel Castro et Aleida March, sa seconde épouse. Or, ces flashbacks qui pourraient heurter la continuité, y sont très intelligemment intégrés par la mise en scène de Gérard Gelas : peut-être parce que la pièce est une double confrontation entre deux personnes et deux époques, voire deux mondes, l’apparition de Fidel, de Aleida… est totalement intégrée à ce cursus. Il y a unité de temps, dans la règle dite des trois unités, même si la pièce est la rencontre de plusieurs temps.

La mise en scène allie une sobriété qui n’altère, ne parasite pas la rencontre des deux protagonistes et en même temps, elle la fait respirer sous un ciel étoilé : bien sûr la dernière nuit du Che, mais aussi la nuit dans laquelle nous sommes plongés face peut-être à un enjeu qui nous dépasse.

Dans le rôle du Che, Olivier Sitruk s’impose. Sur l’apparence physique, évidement, mais aussi sur une prégnance de jeu. Comme tous les grands rôles, l’appréhension ne doit pas manquer. Lorsque je l’ai vu en décembre, à Nice, il était tellement envahi par ce rôle qu’il se trouvait encore « dedans » au moment des applaudissements.

Quant à Jacques Frantz, le journaliste, c’est un bonheur : pour sa voix, pour son énergie qui en peu d’instants donne corps, donne vie : ce qui est mot sur du papier est transcendé. Ils sont accompagnés par Laure Vallès, Guillaume Lanson et François Santucci.

Le tout début de la pièce est comme une ouverture d’opéra, en fond de scène une gigantesque image du Che (la fameuse photo) s’affale : l’histoire (l’Histoire ?) peut commencer.

Jacques Barbarin

le 12 janvier 2012 à 21h00 - Théâtre Jean Marmignon - 31806 SAINT GAUDENS
20 janvier 2012 à 20h30 - Salle Verdun - 61300 L’AIGLE
24 janvier 2012 à 21h00 - Théâtre Toursky - 13003 MARSEILLE
25 janvier 2012 à 20h30 - Théâtre El Zocalo - 04400 BARCELONNETTE
26 janvier 2012 à 20h30 - Théâtre Giacosa - 11100 AOSTE (Italie)
28 janvier 2012 à 20h30 - Espace culturel - 76700 GONFREVILLE L’ORCHER
30 janvier 2012 à 20h00 - Théâtre de Cambrai - 59400 CAMBRAI
31 janvier 2012 à 21h00 - Espace Jacques Prévert - 77270 VILLEPARISIS


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