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Le Diable rouge d’Antoine Rault
Montreurs d’ours et autres gens de théatre... la chronique de Claude Chanaud

Le Diable rouge ou la loi d’un Jules

Depuis la chute du rideau de fer, le « Diable rouge » n’est plus Lénine ou Mao, ni Staline ou Fidel Castro. Par la grâce d’un dramaturge doué, c’est un cardinal : Jules Mazarin, qui fut Premier ministre d’Anne d’Autriche en l’an 1658.

L’histoire de sa fin de règne vue par Antoine Rault est une pièce brillante qui, va sans doute cavalcader toute la saison au Théâtre Montparnasse. Et les commentateurs vont ressasser, non sans raison, des points communs avec nos récurrents problèmes de déficit, puis broder sur la raison d’état dévoreuse de vie privée et destructrice des amours, vieille antienne qui fait vibrer les cœurs sensibles. Et participe à la fois de la vérité historique et de la presse people.

Par ailleurs, on peut se demander pourquoi Racine qui explora le choix douloureux « vivre ou régner » a été chercher bien loin Titus et Bérénice alors qu’il avait sous la main (si j’ose dire !) la douloureuse aventure du jeune Louis XIV fort amoureux de Marie Mancini qui épousa néanmoins une princesse espagnole par pure raison d’état. Mais lui aussi avait sa politique…

Mazarin, Premier ministre majuscule et tonton flingueur de ces amours adolescentes, est donc un sujet idéal pour une dramaturgie à caractère historique. Là où le cœur a ses raisons… D’une part, le public est friand de ces pièces où il pense rencontrer un de ces personnages fabuleux qui font bouger l’histoire. L’exemplaire pièce Le souper de Jean-Claude Brisville est encore dans toutes les têtes.

D’autre part, Claude Rich est un de ces comédiens dont la large palette permet de passer avec aisance ou virtuosité du cynique monsieur de Talleyrand à l’angoissé personnage d’un philosophe marxiste (Le caïman) et, enfin, au subtil aventurier romain en soutane pourpre.

Pour le signataire des Montreurs d’Ours, Le Diable rouge est une pièce fort bien ficelée que le metteur en scène Christophe Lidon peut signer sans déroger à son image. De plus les ingrédients déjà cités se complètent d’un décor éblouissant de Catherine Bluwal. Elle a su très opportunément placer de vastes miroirs au plafond de la scène pour multiplier nos regards et penser des éléments transformables qui facilitent les changements de scène. Elle mérite donc une part généreuse des applaudissements que le public ne ménage pas à la pièce.

Les comédiens qui entourent et portent Claude Rich sur le grand pavois sont aussi d’excellents serviteurs du théâtre, y compris si le personnage d’Anne d’Autriche joué par Geneviève Casile est infiniment plus sophistiqué, intuitif et intelligent que l’original généralement retenu par les historiens.

Enfin tout cela est truffé de ces mots d’auteur qui sont autant de petits bonheurs pour l’oreille contemporaine. Bien ficelé vous dis-je !


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