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Le Bambi de Felix Salten
Par Valère Staraselski

Avant d’être film d’animation, Bambi est d’abord le roman d’un écrivain né en Autriche-Hongrie en 1869 et mort à Zurich (Suisse) en 1945. Félix Salten, de son vrai nom Sigmund Salzmann, a publié Bambi, l’histoire d’une vie dans les bois en 1923. Ce roman qui fut un succès de librairie, sera traduit en anglais en 1928, interdit en Allemagne nazie en 1936 et adapté en film en 1942 par les studios Disney. Vivant à Vienne, donc à proximité des Alpes et donc de la nature, Félix Salten a imaginé l’histoire d’un faon, Bambi d’après le mot italien Bambino qui signifie à la fois bébé et enfant, ou en d’autres termes, l’histoire d’une initiation en même temps qu’une formidable ode à la nature et surtout à la vie animale.

L’angoisse étreint si fortement le lecteur quand sont décrites les scènes de chasse qu’à la sortie du film aux Etats-Unis, pourtant bien édulcoré par rapport au livre, l’Association des chasseurs Américains voulait que les projections soient précédées d’un avant-propos réhabilitant l’image des chasseurs. Walt Disney ne céda pas. Ainsi, dans le Bambi de Salten, dans le Bambi original, on peut lire le début d’une de ces scènes de chasse : « A l’intérieur du taillis retentissaient maintenant de brefs trilles flutés, l’ample claquement des ailes déployées. Là-bas, sous Ses pas, (du chasseur) un faisan se leva. Les chevreuils entendirent le froissement de ses ailes affaiblir à mesure qu’il montait dans les airs. Un coup de tonnerre. Silence. Puis le bruit sourd d’un choc contre le sol.

« Le faisan est tombé », dit la mère de Bambi, toute tremblante.
- C’est le premier…. » ajouta Ronno.

Marena, la jeune biche, reprit : « Beaucoup d’entre nous vont mourir en cette heure. Peut-être en ferai-je partie. » Personne ne l’écoutait. La grande terreur était là. »

Et, après plusieurs pages de ce récit de chasse à l’animal – Bambi y perdra sa mère – chasse restituée de manière si empathique et si véridique que le cœur se serre, Felix Salten écrit : « Bambi courait. Un faisan à l’agonie gisait dans la neige, le cou tordu, battant faiblement des ailes. Lorsqu’il entendit Bambi arriver, il cessa ses mouvements convulsifs et murmura : « C’est fini… » Bambi ne fit pas attention à lui et continua de courir. Les broussailles enchevêtrées dans lesquelles il se retrouva l’obligèrent à ralentir sa course et à chercher un sentier. Impatient, il gratta le sol autour de lui avec ses pattes. « Ici », cria quelqu’un d’une voix brisée. Bambi la suivit sans réfléchir et déboucha aussitôt dans un endroit praticable. Mais quelqu’un se dressa péniblement devant lui. C’était la femme de Maître Lièvre. C’était elle qui avait appelé. « Ne pourriez-vous pas m’aider un peu ? » dit-elle. Bambi la regarda et eut un choc. Ses pattes de derrière traînaient inertes dans la neige qui fondait, rouge du sang chaud qui suintait. « Ne pourriez-vous pas m’aider un peu ? » répéta-t-elle. Elle parlait d’un ton calme, presque enjoué, comme si elle se portait bien. « Je ne sais pas ce qui m’est arrivé, poursuivit-elle, c’est certainement sans importance… C’est juste que maintenant… Je ne peux plus marcher… » Elle s’écroula sur le côté au beau milieu de sa phrase. Elle était morte. Bambi fut à nouveau pris d’épouvante et se remit à courir. »

Les nazis savaient lire. C’est pourquoi ils attribuèrent à ce livre qu’ils interdirent le caractère, nous dit l’américain Paul Reitter, « d’une allégorie politique sur le traitement des juifs en Europe » et leur désarroi dans l’entre deux guerres. Ils brûlèrent de nombreux exemplaires de Bambi avant de brûler les juifs et de leur faire subir durant la guerre elle-même cette fois, pour ceux qui échappèrent aux fours crématoires, le sort des animaux traqués dans la forêt par les chasseurs.

Aussi, point d’allégorie lorsqu’on lit ces scènes de traques, de tueries, mais la vérité transposée aux animaux de ce qui s’est réellement déroulé dans les forêts de Pologne ou d’Ukraine durant la Seconde Guerre mondiale. Alors oui, on peut qualifier Bambi, comme le fait Gilbert Salem, de conte d’une tragédie juive.

Bambi, l’histoire d’une vie dans les bois, Felix Salten. 256 pages. Rivage, poche. 8,90 €


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