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La petite fille qui venait de loin
Valère Staraselski commente le dernier livre d’Huber Huertas

Hubert Huertas, chef du service politique de France Culture, donne un roman d’une brûlante actualité. Son sujet : les liens entre algériens et français depuis 1962.

On ne réécrit pas l’histoire lance Albert, le narrateur de La petite fille qui venait d’Alger. C’est fort de cette évidence qu’Hubert Huertas entraine le lecteur entre présent et passé, à travers l’histoire d’Albert, pied noir ayant du quitter l’Algérie en 1962, parti à la recherche de sa fille adoptive, Sohane, jeune algérienne recueillie après l’assassinat de ses parents en 1997. La fugue de la jeune fille et l’arrivée d’Omar, grand oncle de Sohane et meilleur ami d’Albert vont faire resurgir cinquante ans de non-dits. Ici la petite histoire devient pretexte à évoquer la grande : la guerre d’Algérie, les massacres islamistes des années 90 et une part de la réalité de certaines de nos banlieues d’aujourd’hui Albert, alors jeune pied-noir de 20 ans, reconnaît : « si j’étais communiste (la majorité des pieds-noirs votaient à gauche avant les événements qui menèrent à l’indépendance), et même si, sous l’influence d’Omar, je soutenais les idées du front de libération qui luttait pour l’indépendance, ma France elle se trouvait en Algérie ». C’est la tragédie des pieds-noirs revendiquant le droit du sol. La lecture de La petite fille qui venait d’Alger, en nous plongeant dans les affres de la jeunesse émigrée d’aujourd’hui, guérit de tout blocage nostalgique. Elle invite à tourner la page pour de bon et à construire autrement qu’on ne le fait dans « cette France officielle qui invente des débats sur l’identité nationale pour trier les conformes et les douteux ».

Le but de Zinedine Zidane, fils d’émigrés algériens et capitaine de l’équipe de France de football, contre l’équipe d’Algérie atteste que le sort des uns et des autres est inextricablement lié. C’est ainsi que le récit qui n’est autre que le récit d’une tragédie enchâssé dans une intrigue alerte, refusant toute sensiblerie, revient à célébrer la vie ici et maintenant. Et ce faisant, près de cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, Hubert Huertas, enfant d’Algérie, adresse un message très clair : « Mais De gaulle s’est planté jusqu’à la garde républicaine. Il redoutait que son village ne devienne « Colombey-Les-Deux-Mosquées », eh bien c’est fait, tant pis pour lui. Peut-être pas « Les Deux Mosquées », faut pas exagérer, mais « Colombey – l’Eglise et la Mosquée » il faudra qu’on s’y fasse. Et ce président Bouteflika, avec ses plébicistes à quatre vingt-quinze pour cent, il l’aura sa démocratie, et ses militaires qui carburent au pétrole, ils l’auront leur révolution, comme en Egypte et en Tunisie, et leur islam de barbarie il faudra bien que les fous d’Allah nous lâchent un jour les baskets !... »

La petite fille qui venait d’Alger. Roman. Hubert Huertas. Presses de la Cité. 242 p. 18,50 €.

Critique parue dans Témoignage Chrétien.


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