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La méthode Camus
Par Luc Chatel

Albert Camus, dont on honore la mémoire, nous permet de commencer l’année avec un peu de hauteur. Essayons d’oublier un instant quelques clichés, le soleil, la mer, les amantes, les aphorismes passe-partout et les petites phrases ; évitons les débats infinis sur la guerre d’Algérie [1] ou sur son anticommunisme [2].

Arrêtons-nous sur la méthode. On a pu entendre ces jours-ci des commentateurs assimiler Camus à l’intellectuel français type, pétition à la main, s’emparant de toutes les causes, s’invitant dans le débat public pour peser de tout son poids. Cela, ce n’est pas Camus. Quand débute la guerre d’Algérie, et qu’il essaie de faire entendre sa voix – pour une égalité des droits mais sans l’indépendance – il se retrouve à contre-courant de tous ses amis de gauche. Plutôt que d’utiliser les nombreuses tribunes à sa disposition, il décide de se taire, constatant que le dialogue est impossible. Voici une première leçon, qui le distingue de nombreux intellectuels : la prise de parole publique ne vaut rien en soi, mais suppose une bonne réception.

Son rapport au journalisme est également riche d’enseignements. Camus en avait une conception austère et digne : des rubriques telles que l’horoscope, les mots croisés ou même le courrier des lecteurs lui semblaient inutiles. Il portait une détestation absolue aux journaux à sensation, tel France-Soir. Face aux journaux de l’époque il se désolait : « le ricanement, la gouaille et le scandale forment le fond de notre presse » (cité par Olivier Todd, dans Camus, une vie). Que dirait-il aujourd’hui ?

Enfin, Camus fuyait tous les honneurs (le Nobel a été l’exception), les pouvoirs et les élites. Ses amis proches étaient anarcho-syndicalistes ou pharmaciens. Il ne comptait sur aucune connivence, aucun réseau pour porter ses idées. Seul comptait son travail solitaire. Comme méthode, Camus ne prônait rien d’autre que la solitude, la distance et la discrétion. À ce titre, le constat est évident : il nous manque.

Article paru dans Témoignage Chrétien. Janvier 2010

Notes :

[1] En conflit avec Témoignage Chrétien sur la question de l’indépendance, on peut dire, avec le recul, que Témoignage Chrétien, par la voix d’André Mandouze ou de Jean Amrouche, a eu raison de la défendre, et que les avertissements de Camus, redoutant une Algérie fragilisée, étaient eux aussi justifiés.

[2] Rappelons qu’il a été exclu du PCF en 1937 pour avoir fraternisé avec le PPA anticolonialiste de Messali Hadj


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