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La fable dit la farce
Rémi Boyer évoque "A fleur de fables" du poète albanais Dritëro Agolli

Dritëro Agolli est d’origine albanaise. Il est né tout prêt de la frontière grecque, dans cette région qui, longtemps, a échappé à l’accélération. Journaliste, puis écrivain, il fut président de l’Union des Ecrivains de 1975 à 1992. Il contribua à la formation du Parti socialiste, siégea au parlement avant de se retirer de la vie politique. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages de poésie, d’une dizaine de romans et d’essais, il fut aussi traducteur, notamment d’Eluard. Plusieurs de ses ouvrages sont traduits en de nombreuses langues dont le français. Poète reconnu, tant par ses pairs que par les lecteurs, il demeure une voix essentielle du peuple albanais.

La fable dit la farce du monde. Elle éclaire nos travers et invite à les abandonner… simplement. Moins un jugement qu’un ajustement de bon sens. Elle est éminemment politique mais aussi d’une grande intimité. Elle parle de nous. A fleur de fables de Dritëro Agolli, publié aux Editions Fondencre s’inscrit parfaitement dans la tradition des fabulistes. L’allégorie y est révélatrice. Mais, dans ces pages, le poète n’est jamais éloigné du fabuliste. Il en est comme l’ombre lumineuse.

Paysage avec pluie monotone

Une pluie monotone
aux flaques fadasses.

Livrée à l’oubli,
là, sous le balcon,
une hirondelle morte
depuis la veille.

Silencieux voyageur, où penses-tu aller
sous le ciel que dénude
cette pluie monotone ?

Elégamment introspectif ou délicieusement provocateur, Dritëro distille avec grand soin ses mots. Il sait le pouvoir des mots. Il sait aussi que le poète ou le fabuliste n’a souvent que sa plume pour libérer. Il sait que les mots sont précieux.

Le cheval et l’âne

Le long d’un sentier de montagne
Allait un cheval sur les talons d’un âne

Tous deux ployant l’échine, inondés de sueur,
Sous le poids des sacs et de la chaleur.

Le maître, derrière eux, pressé de rentrer au bercail,
Bastonnait à plaisir la croupe du cheval.

A bout de patience, la queue dressée en l’air,
Celui-ci à la fin éclata de colère :

« Cesse de frapper ou je flanque tout à bas !
Et qu’as-tu mis aussi cet âne devant moi !

Comment diable forcer le train
Quand un long-de-la-feuille encombre le chemin ?

Place-moi donc en tête et si son pas te contrarie,
Cravache le baudet tant que le cœur t’en dit ! »

Ainsi va ce monde pervers, délirant,
Qui veut que des ânes le tirent de l’avant.

Dans ce livre, A fleur de fables, les textes de Dritëro Agolli, traduits et présentés par Alexandre Zotos, bénéficie du travail d’illustration d’Alain Lacouchie, dont le trait précis et original, parfois presque minimaliste, sert parfaitement le propos.

Editions Fondencre, Beaupré, 23800 Sagnat, France.
http://www.fondencre.fr/


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