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« La Paume des jours » Michel Menache. « Aperture du silence » de Carole Carcillo Mesrobian
Lucien Wasselin nous conseille ces deux recueils de poèmes

Michel Menache : « La Paume des jours ».

JPEG Ce nouveau recueil de Ménaché commence bien : par des poèmes publiés en revue dans des conditions parfois particulières et d’autres qui semblent inédits… C’est une sorte d’auto-biographie très attachante : Jean-Louis Jacquier-Roux va jusqu’à affirmer en quatrième de couverture que le poète « avance hardiment dans sa quête inépuisable de l’énigme de vivre », il ose même parler d’optimisme lucide. L’humour ne manque pas : « - dérision de l’idiot qui s’enchante / de son chant sidéral ! - » (p 26), mais la lucidité non plus : « on torture à Alger / comme on noie à Paris » (Octobre 61, p 28).

« Avec tous ou jamais » (pp 41-43) montre à l’évidence qu’une poésie engagée est toujours possible. Du reste, la poésie de Michel Ménaché est toujours engagée, peu ou prou, même si un poème (ainsi celui de la page 46) l’est : le droit au bonheur est une terre de désir. Les dévots sont toujours amers (p 51), déclare Ménaché dans un poème intitulé Chant de Samos ou le sourire des statues. Poésie éternellement engagée : Michel Ménaché écrit pour que « chante le petit homme » (p 56), pour que « Des arbres de sang / explosent / dans nos labyrinthes » (idem), pour chanter la paix universelle, pour que « Chaque souffle suspendu / recrée le monde disparu / réenchante le chaos fumant / des décombres » (p 58), pour combattre « la Grande Tuerie » (p 59). Ainsi se termine la première suite. Le deuxième ensemble de pièces de vers est une libre médiation sur le mot âme dont les (mauvais) poètes usent et abusent ; mais Michel Ménaché n’est pas un mauvais poète, non, tout matérialiste qu’il soit, Ménaché n’est pas un être qui ignore l’âme ! Une personne qui se vautre dans le stupre et la consommation ! Mais bien un homme pour qui « l’âme est la plaie de l’être » (p 68) : c’est que « l’âme fait feu / de toute foi ». (P 70). Peut-être que la vérité, le sens de toute la poésie est dans cette brève notation « Au tréfonds de l’âme / béance / du cri » (p 72). On se révolterait devant le sort des homme ? Ainsi finit « La pointe aux âmes » : « la pointe aux oies » pour reprendre l’appellation d’un coin de côte où l’on peut aller à la pêche aux moules et aux tourteaux de la région dans laquelle je vis… Ce qui serait un retour à la matière, un retour à la géographie. « Au bonheur des âmes » (la troisième suite) est de la même eau : elle est comme le prolongement de la précédente. L’ensemble intitulé « Les mots incurables » est peut-être, à mes yeux, la partie la plus faible de ce recueil mais j’aime cette strophe, « De l’eau à l’encre il y a la soif / jamais assouvie / et la coulée des mots / au bout des doigts » (p 97). Et celle-ci : « Une giclée de mots en trop / face au vent / te revient en pleine figure » (p 98) qui me rappelle que le meilleur poème est celui qui compte le juste poids de mots. Finalement, je suis peut-être sévère avec cette suite car j’y trouve une approche de la poésie. Je ne suis pas loin de penser que c’est aussi difficile d’écrire ainsi de brèves strophes sur le manque ou la poésie plutôt qu’un long poème engagé. En tout cas, Michel Ménaché n’esquive pas la difficulté. « L’œil nomade », la dernière suite du recueil, est consacré à des expositions que Ménaché a visitées : je ne connais pas tous les artistes exposés… Toiles, sculptures ou installations figuratives (natures mortes, fleurs/jardins, paysages, poissons rouges de Matisse, surréalisme de Magritte, Ernest Pignon-Ernest à Naples…), œuvres non figuratives (machines gratuites de Tinguely, gravures, palimpsestes de Claude Melin…). Quelques inconnus (de moi) sont signalés par Michel Ménaché ; me gêne de n’avoir pas les reproductions sous les yeux…

Ménaché est un poète très libre qui virevolte avec élégance !

Michel MENACHE, « La Paume des jours et autres poèmes. » La Rumeur libre éditeur, 160 pages, 17 euros.

Carole Carcillo Mesrobian : « Aperture du silence »

JPEG Aperture du silence : cela signifie-t-il le degré d’ouverture du silence ou l’écartement des organes au point d’articulation du système ? Je préfère, bien sûr, le degré d’ouverture du mot silence… Vers longs et vers brefs (réduits parfois à un mot) se mêlent pour parler des perles de silence… Mais c’est pour aussitôt ajouter que « C’était quand le temps vendait sa guipure aux orties / Parfois le souffle s’accommode de nos suffocations » (p 12). Ce distique résume admirablement la problématique de Carole Mesrobian, car écrire est une activité physique : « Ecrire c’est tenter de saisir un instant, une seconde, l’aperture d’un univers enclos dans le silence » proclame la quatrième de couverture. Placés sous l’exergue d’une citation de Guy Viarre extraite de « Tautologie une et autres textes », c’est dire que ces poèmes scrutent l’apparition de l’écriture. Ce qui ne va pas sans ruptures de ton…

Je citais la quatrième de couverture pour caractériser son travail ; j’y retrouve ce que je disais. Ce recueil est un chant d’amour qui n’élude pas la difficulté de dire les choses : « Sous le sillon des apertures se dépenaillent les étés / Et rime autant que la clôture l’entêtement de respirer » (p 15). Les mots aiguillent la lecture : amant, page 23, fraternité, page 26)… A moins que ce ne soit la littérature, la poésie ; le surréalisme n’est pas absent de ces vers : « L’envol ne subit de l’azur que la respiration des poutres » (p 30). Mais l’aperture se rappelle au lecteur : « Le fouet // De ta respiration / l’acide / Même sans essouffler d’épouser la texture de ta peau d’emmuré » (p 34). Mais Carole Mesrobian ne se contente pas de distinguer la plaie de sa rature, le mensonge du poison (idem). Ce recueil de poèmes est un livre de vers sur lesquels on butte tant ça résiste : quelle est la signification précise de ce vers : « Ma fidélité est un mot emmuré dans la glaise » (p 36) ? Mais dans le vers suivant, le mot aperture revient pour rappeler le projet de Carole Mesrobian (et pourquoi ne répéterai-je pas le mot vers alors qu’elle répète le mot fidélité dans le poème ?). Et il y a le goût des images comme « la mitraille indocile / des oiseaux » (p 43 ) …

Finalement ces poèmes résonnent du mot aperture. Tant Carole Mesrobian insiste sur le silence.

Carole Carcillo Mesrobian : « Aperture du silence ». Editions PhB, 58 pages, 10 euros. Sur commande chez l’éditeur (BP 30132. 75921 Paris Cedex 19).


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