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La Chine ne m’inquiète pas
Par Sébastien Lapaque

Sébastien Lapaque livre les réflexions que lui a inspiré le livre "Mourir pour le Yuan ? : Comment éviter une guerre mondiale"

Je ne rejoindrai pas Madame de Guermantes pour déclarer : « La Chine m’inquiète ». C’est plutôt la faiblesse de l’Europe et son absence de politique qui m’inquiètent.

Aspects de la Chine

« La Chine, forte de ses épreuves et de son passé, a réalisé une sorte de synthèse entre les trois grandes idéologies qui dominent le monde depuis deux siècles, écrit Jean-Michel Quatrepoint dans Mourir pour le Yuan [1]. Elle est capitaliste pour l’économie, c’est-à-dire qu’elle accepte les principes du marché, de la propriété privée, de l’enrichissement personnel. Elle est communiste pour l’organisation politique, c’est-à-dire que c’est le règne du parti unique. Les débats existent, mais à l’intérieur du parti, et non en dehors. Elle est éminemment nationaliste. »

Nul n’ignore les résultats de cet alliage. Oubliée la sinophobie des partisans de l’ingérence droits-de-l’hommiste et des amis du Tibet libre, la Chine, ses réserves de liquidités et sa balance commerciale excédentaire fascinent le monde.

Pour éclairer ce « miracle » chinois, Jean-Michel Quatrepoint s’attarde longuement sur les humiliations subies par l’Empire du Milieu tout au long du XIXe siècle, lorsque les puissances occidentales se sont employées à lui imposer la loi du marché, d’abord en exerçant une forte pression économique puis en organisant plusieurs expéditions militaires au nom du libre-échange bafoué.

Ironie de l’histoire, c’est l’Europe et les États-Unis qui subissent un siècle et demi plus tard la loi du marché imposée par la Chine. En disciples avisés de Confucius et en stratèges de la globalisation, les Chinois ont fait profil bas durant les deux dernières décennies du XXe siècle pour re­tourner contre leurs adversaires un rusé dumping qui les avait anéantis entre 1840 et 1860, provoquant la chute de la dynastie des Qing.

C’est que les Occidentaux ont fait preuve d’un mélange d’arrogance et de naïveté dans leurs relations avec les Chinois. La revanche de la Chine marque ainsi la défaite d’un libéralisme béat. En Chine, contrairement à ce qu’on observe en Europe et aux États-Unis, le politique n’a pas cessé de contrôler l’économique. Il est toujours en mesure d’imposer ses propres exigences, ses nécessités singulières et ses impératifs stratégiques.

Le spectre de la guerre mondiale

Je ne rejoindrai pas Madame de Guermantes pour déclarer : « La Chine m’inquiète ». C’est plutôt la faiblesse de l’Europe et son absence de politique qui m’inquiètent.

Mêlée à l’égoïsme des multinationales et à l’aveuglement des marchés financiers, cette faiblesse peut être à l’origine d’une nouvelle guerre mondiale, une hypothèse que n’exclut pas Jean-Michel Quatrepoint à l’horizon des vingt ou trente prochaines années.

Puissance du Milieu se regardant comme le centre du mon­de, la Chine n’a jamais mené de guerre pour étendre son territoire. Elle n’est ni conquérante, ni universalis­te, ainsi que voudraient nous en persuader les prophètes du péril jaune. Ce n’est donc pas son désir expansionniste qui risque de mener l’humanité à la ca­tastrophe, mais une crise insurmontable de la globalisation financière. Si le libre-échange débridé continue d’appauvrir le monde occidental, une réduction brutale et nécessaire des échanges avec la Chine pourrait avoir des suites tragiques.

La vocation de la France

La Chine ne m’inquiète pas car je préfère insister sur notre impuissance que sur sa supposée avidité. Ce ne sont quand même pas les Chinois qui ont fermé leurs frontières : ce sont les guérilleros du Capital qui ont imposé aux Européens que celles de leurs pays soient complètement ouvertes aux marchandises venues d’Extrême-Orient. Et ce sont eux qui aujourd’hui placent leurs économies en Asie.

Des humiliations des années 1840-1860 à la Révolution de 1949 et de la Révolution de 1949 à l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping en 1978 et au « grand changement de l’ouverture au monde extérieur », les Chinois, illustre et antique peuple de marchands dont l’économie était la plus florissante du monde au XVIIIe siècle, ont retrouvé dans le concert des nations la place qui leur revenait.

Si la France n’était pas prisonnière d’une solidarité atlantique et occidentale contraire à sa vocation et à ses intérêts, si la France avait un dessein politique et diplomatique supérieur aux intérêts financiers privés, elle devrait s’entendre avec la Chine du XXIe siècle.

La Chine ne m’inquiète pas. À l’occasion d’un premier voyage à Pékin, Qingdao, Chengdu, Hong Kong et Macao en 2008, j’ai été surpris par la permanence des traditions de la Chine des calligraphes et des maisons de thé. À l’université de Qingdao et à celle de Chengdu, j’ai donné à des jeunes Chinoises qui étudiaient le français un cours dans lequel il était question de Proust, Claudel et Malraux. Je voudrais être sûr que des jeunes Françaises auraient la même attention à la leçon d’un Chinois. La Chine ne m’inquiète pas : je prends l’avion pour Pékin ce soir.

Témoignage Chrétien. 23 avril 2012

Notes :

[1] Mourir pour le Yuan ? : Comment éviter une guerre mondiale. Jean-Michel Quatrepoint, Bourin Editeur, 2011, 279 pages


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