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L’interrogation des personnages de Djamel Tatah
Brigitte Chéry nous invite à découvrir cette oeuvre à la Fondation Maeght

Après Play-Bach d’Eden de Gloria Friedmann, puis Les aventures de la vérité proposé cet été par Bernard Henri Levy, La Fondation Maeght présente une monographie de Djamel Tatah jusqu’au 16 mars 2014 : une exposition d’une cinquantaine d’œuvres (tableaux et gravures) créés entre 1980 et 2013, qui fait suite à celle présentée au MAMA d’Alger, cet automne. Pour cet artiste d’à peine cinquante-quatre ans, qui plus jeune, venait aux expositions à la Fondation, ce lieu mythique ranime bien des souvenirs intimes. Etre ici est très honorant confiera-t-il plus tard…cette sélection d’œuvres vit dans cet endroit habité et dialogue avec plein de fantômes !

JPEG Alors que planent les fantômes du passé, Djamel Tatah parcourt l’exposition. Les personnages de ses œuvres nous interpellent. Seuls avec le visage baissé, ou groupés face à nous, que veulent- ils nous dire ? Nous les interrogeons. Le parcours de l’exposition distille une impression étrange. Comment avec de simples personnages peut-on créer une atmosphère aussi mystérieuse ! Les attitudes, les gestes arrêtés, font penser aux portraits du Fayoum, clichés de vie à l’interrogation muette. Figures silencieuses, ces personnages présentés sur des aplats aux couleurs vibrantes, sans perspective, peuvent inquiéter.

Qu’elle est la raison de leur présence ? Djamel Tatah donne rarement un titre à ses tableaux afin de ne pas diriger la lecture du spectateur. A chacun de cueillir et d’interpréter le message de ces figures à répétitions, de taille humaine, visages blancs, bouches closes, regards perdus dans le vide ou fixés sur le visiteur. Présentés de plain-pied avec le public, ces silhouettes humaines établissent petit à petit un contact avec le visiteur, une inter- résonnance.

Ici ce sont des personnages morts, échoués en tas, ou d’autres seuls en suspension dans l’espace, un autre allongé. Plus loin des moments de vie et de solitude, tableaux- montages présentés sans insistance. L’œuvre provoque une réflexion intime, nous questionne, nous, citoyens du monde, loin de l’anecdote, du documentaire et de la sensiblerie. Voici encore des rangées de femmes, plus loin des hommes ou des adolescents alignés, aux visages familiers qui, de visage en visage, de corps en corps, par répétition, constituent une foule anonyme, face avec nous. Une sorte de provocation, de confrontation interrogative.

Au loin, Djamel Tatah continue de parcourir l’exposition, il accompagne, plus qu’il ne commente, il dit tellement dans son travail. Chacun interprétera selon sa sensibilité, son ressenti, se souviendra du silence suspendu des personnages, de ses interrogations sur la surpopulation, sur l’exclusion et bien plus encore. De la solitude humaine exprimée avec pudeur et retenue, sans complaisance morbide.

Le travail de Djamel Tatah constitué de formes humaines, aux gestes arrêtés et aux attitudes suspendues, apparait au fil de l’exposition nourri de références au cinéma et à la danse contemporaine. L’artiste qui connait bien aussi l’histoire de l’Art, et s’y réfère volontiers, en utilise des techniques classiques, huile et cire, pour ces fonds vibrants, alors que ses personnages adaptés de photographies de ses proches sont travaillées avec des techniques numériques actuelles. C’est toutefois l’aspect intemporel de la solitude qui domine l’œuvre, l’exil, la détresse, la tragédie humaine. Il faut parcourir la biographie du peintre pour comprendre encore mieux sa création. On pense à Arroyo, Giacometti, à Beckett, à Camus, à Pina Bausch qu’il a beaucoup aimée et étudiée. Il y a certes, une certaine mélancolie dans cette recherche de contact, dans ces scènes de peinture au temps suspendu, mais c’est avant tout une aventure avec nous-mêmes, un appel à la générosité, à la rencontre de l’autre à laquelle nous convie Djamal Tatah, ceci dans un espace abstrait et hors du temps.

Photo © Béatrice Heyligers

Exposition du 14 décembre 2013 au 16 mars 2014
Fondation Maeght
623 chemin des Gardettes - 06570 Saint-Paul
tel : 033 (0) 493 32 81 63
contact@fondation-maeght.com


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