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L’insoumis de John Grisham
Il y a du Sanders dans ce livre, nous dit Philippe Pivion

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de John Grisham, un auteur de thrillers américains et de son dernier livre, L’insoumis paru chez Lattès et repris par le Livre de Poche. Est-ce parce que j’errai dans une improbable gare, que je cherchai un bouquin pour meubler le temps d’un voyage, ou parce que le titre, L’insoumis, m’a agacé depuis qu’il connote un personnage mégalo qui n’a pas aidé à rendre lisible une gauche de transformation ? Toujours est-il que je l’ai pris et pas lâché, ce bouquin de quai de gare !

L’auteur n’en est pas à son coup d’essai, mais, si la trame est parfois récurrente, ses textes d’une lecture simple comme il sied à ce genre d’ouvrage est forte d’un contenu politique et sociétal. Le héros est un avocat, Sebastien Rudd. Un avocat des causes perdues, de celles qui nuisent à l’image de la profession, car personne n’aime les défenseurs d’assassins d’enfants, les violeurs, les tueurs de flics et autres estourbisseurs de vieilles dames dans des actes plus horribles les uns que les autres. Et tout particulièrement aux Etats Unis ! Il en sait quelque chose, le bougre de Grisham puisqu’il a exercé la profession durant une dizaine d’année. Enfin pas jusqu’où en est réduit son héros : son cabinet a explosé, son véhicule, un van, est blindé et lui sert de bureau ; tous les soirs il quitte la ville où il plaide de peur de représailles et d’attaques de la part des bons citoyens qui regrettent la justice expéditive du Far West et rêvent de la remettre en application. Une vie de paria au sein du paradis. Et sa vie privée est elle aussi semée des embûches que son ex-épouse lui colle dans les pattes afin de lui ôter le droit de voir son fils de 10 ans, une fois par mois.

Dans cet opus, le lecteur est happé dans la tourmente d’affaires limpides au premier chef, qui se retournent à l’analyse, s’entremêlent et se percutent. Notamment une : la police porte nuitamment un assaut contre une maison, les types sont suréquipés, ont même un char d’assaut, se prenant pour des Rambo en goguette, bousillent le chien des propriétaires, fusillent la bonne femme et alpaguent le proprio qui vient de riposter et de tuer un des assaillants. Seul problème, les poulets, pas très fufute, se sont trompés d’adresse.

Sur cette affaire, vraie, l’auteur démontre la puissance des services de police, qui récupèrent les stocks d’armes du Pentagone, des armes destinées aux militaires et aux opérations guerrières. Ils n’ont ni la formation, ni le besoin de tout cet attirail. Grisham dénonce le mécanisme répressif des states et s’attaque aussi au régime judiciaire du pays de la liberté. Il condamne ce système où l’on recherche plus des voix pour les futures élections que la vérité, qui dérangerait l’ordre établi. Même si Grisham a soutenu la candidature d’Hillary Clinton, sans croire un instant à l’élection de Trump, il y a du Bernie Sanders dans ses propos. Il y a cette critique acide d’une société à bout de souffle, une société de l’injustice érigée en principe de justice.

On est pris par l’histoire, j’allais écrire, par les histoires, et Sebastien Rudd est un personnage attachant, avec un cœur gros comme ça, qui flirte avec l’illégalité pour faire valoir la justice.

A l’heure où vous songez à faire le lézard sur le sable chaud, ou humidifier vos voutes plantaires dans ce ne sais quelle flotte salée ou javellisée, je vous recommande L’insoumis. Gare aux coups de soleil !


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