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L’injonction de « sauver la planète » sécrète un politiquement correct
Par Jean-Pierre Legoff

La « percée » d’Europe Ecologie, même si elle doit être relativisée en raison du taux élevé de l’abstention et des hésitations jusqu’à la dernière minute d’une large fraction de l’électorat, témoigne d’une mutation assez positive de la sensibilité collective. On assiste à une prise de conscience salutaire du caractère limité des ressources. Désormais, dans de larges secteurs de l’opinion, la volonté se manifeste de concilier la poursuite du développement avec la préservation des grands équilibres écologiques. Pour autant, il n’est pas absolument sûr que, comme l’ont répété Daniel Cohn-Bendit et son entourage, « rien ne sera plus comme avant ». Tout d’abord, l’Union européenne est encore loin de susciter l’adhésion politique : la question de son fonctionnement et de sa crédibilité comme acteur dans le monde fait problème. Ensuite, la fracture sociale – tant en France qu’en Europe – est loin d’être résolue et se double d’une fracture culturelle, en termes de mentalités et de valeurs. Le monde mental qui semble être celui de la plupart des électeurs d’Europe Ecologie se distingue du reste de la France, pour lequel la question sociale reste prioritaire. La montée en puissance de l’écologie est indissociable d’évolutions culturelles en partie positives mais aussi porteuses d’ambiguïtés. Au chapitre des ambiguïtés : l’injonction de « sauver la planète » secrète aussi son conformisme, au risque d’empêcher la reconstruction dynamique d’un sens historique. Pour le dire autrement, la montée en puissance des verts trahit aussi la double tentation de la gauche de se détourner de la question sociale et de se retirer de l’histoire. De ce point de vue, l’écologie politique est un des haut-parleurs de l’évolution des mentalités des nouvelles couches moyennes, désormais culturellement et médiatiquement hégémoniques.

En parallèle au succès d’Europe Ecologie, on voit se développer un nouvel hygiénisme et une sorte d’utopie universelle qui ferait de la planète un thème de réconciliation entre les hommes. Tous les écologistes ne nourrissent pas forcément cette utopie, mais cet ethos pacifiste et moralisateur est un terreau qui leur est favorable. Un messianisme dépolitisé, teinté de catastrophisme, qui dissout la dimension culturelle et politique au profit d’une vision naturaliste – et aussi fortement moralisante – des évolutions. Le débat démocratique sur les questions écologiques doit pouvoir se faire en toute liberté, en dehors de toute forme de politiquement ou de moralement correct.

Propos recueillis par Alexis Lacroix, publiés sur Marianne 2


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