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L’« accident » ne doit pas devenir la loi
Faut-il légiférer sur l’homoparentalité : le point de vue de Jean-Pierre Winter, psychanalyste

La victoire des associations favorables à l’« homoparentalité » est avant tout rhétorique puisqu’elles ont réussi à persuader une large partie de l’opinion, la quasi-totalité des médias, et bon nombre de politiques que leur demande de légalisation de l’adoption homoparentale se posait en termes politiques et démocratiques ! Mais, dans les faits, il ne s’agit en aucun cas d’un problème de discrimination. L’orientation sexuelle n’a jamais été un motif d’interdiction de faire des enfants. Et les cas ne sont pas rares d’enfants conçus dans des couples dont l’un des partenaires s’avérait homosexuel, sans que la société s’en inquiète.

Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui de la filiation. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc.. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà qu’il est exigé – et avec quelle véhémence ! – que l’État organise légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Qu’on ne nous dise pas, sans rire, que nombre d’études américaines, canadiennes, finnoises ou autres démontrent que les enfants élevés avec des parents du même sexe vont, aujourd’hui, aussi bien que les autres. Jamais citées, au demeurant, elles ne sont pas plus pertinentes que la présence de cellules de crise psychologique lors de la moindre catastrophe car la psychanalyse nous a appris que les effets d’un trauma ne sont déchiffrables qu’après son refoulement, et donc dans l’après coup. Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ?

Le débat ne fait que commencer. Il aura pour objet de sortir d’une confusion savamment entretenue, consistant à tenir pour équivalentes toutes les formes de parenté. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandoniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi.

Article publié dans l’Humanité du 11 novembre 2009 (dossier de l’Humanité des débats sur l’homoparentalité)


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