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Kijno éclaboussé de lumières
Lucien Wasselin évoque la parution de "Kijno e(s)t l’art d’aimer"

JPEG En 2010, François Xavier publiait un essai consacré à Kijno, Kijno e(s)t l’art d’aimer, dans lequel il mettait en évidence combien le peintre rayonnait sur un réel ouvert à la beauté du monde qu’il donnait à voir au plus grand nombre par son œuvre en constant renouvellement. C’est cet essai que les Éditions du Littéraire donnent à lire aujourd’hui dans une nouvelle version. Car François Xavier ne s’est pas contenté de revoir en surface son texte, de le toiletter comme on dit, il l’a profondément remanié et l’a considérablement augmenté d’une part. Et, d’autre part, il a également accru l’iconographie, adjoint à son texte une "introduction" de Bernard Noël, le fameux questionnaire de Proust auquel s’était soumis Lad (comme l’appelaient ses amis) en 1997 pour l’hebdomadaire La Croix, une chronologie… C’est donc un livre nouveau qui est proposé aux lecteurs.

C’est par le plus grand des hasards que François Xavier fit la connaissance de Kijno : lors d’une séance de dédicaces de Salah Stétié qui signait son livre, Fenêtre d’aveugle, consacré aux papiers froissés de Kijno. De cette rencontre va naître une découverte de l’œuvre dont le présent art d’aimer est l’illustration. C’est dire que ce n’est pas une biographie, ni une monographie érudite, encore moins un catalogue. La découverte de l’homme précède donc celle de l’œuvre ; tout le livre va consister à mettre en lumière le rapport entre les deux, à éviter le piège des apparences, à voir en quoi l’homme et l’œuvre coïncident, se déterminent réciproquement. Le récit de François Xavier ne suit que de loin la chronologie du peintre mais s’attache à une démarche picturale autant que personnelle qu’il définit comme un art d’aimer. Dès lors il ne faut pas s’étonner de découvrir au fil des pages des affirmations montrant que Kijno est à l’opposé du marketing pictural qui gangrène la démarche de tant d’artistes dits contemporains. C’est que Kijno exprime sa fraternité envers les regardeurs par les signes qu’il dépose sur sa toile. La description de l’atelier du peintre devient la métaphore de l’éternel migrant que fut Kijno, la métaphore du voyage tant intellectuel et pictural que physique qui traversa sa vie. L’amour est affaire de respect de l’autre. Or, les artistes marketing méprisent le regardeur car ils ne pensent qu’à l’argent… La peinture de Kijno est une résistance à toute forme mercantile d’art ou d’esbroufe intellectuelle.

François Xavier connaît bien l’œuvre de Kjno mais aussi ce qui a été écrit sur celle-ci. C’est pourquoi le lecteur rencontre dans cet essai de nombreuses citations (parfois assez longues) extraites de la monographie de Raoul-Jean Moulin (Kijno, Cercle d’art, 1994), de l’essai de René de Solier (Kijno, Le Musée de Poche,1972), de l’entretien avec Jacques Chancel (la Radioscopie de 1975) et de quelques autres ouvrages… De ce dialogue entre les différents commentaires émerge subtilement cette idée que l’œuvre de Kijno est un art d’aimer : "Ses coups de gueule sont des déclarations d’amour, ses réflexions cinglantes sont des poèmes d’amour". Mieux, c’est toute l’œuvre qui est un tel art car : "Si Kijno veut se battre, c’est bien pour la justice et les plus humbles". D’où la générosité flamboyante de cette peinture… car ce que montre encore François Xavier, c’est que toujours la peinture (organisée en séries) naît des circonstances de la vie (Apocalypse 2000, les variations sur Les Bronzes de Riace, le cycle Retour de Chine par exemple…).

Nouveau livre, écrivais-je en début de cet article… Nouveau par l’introduction de Bernard Noël, Petit équipage mental pour prendre le chemin, qui est la reprise du texte paru en 2004 dans le catalogue de l’exposition Kijno, Chemin de Croix de l’Amour, d’après un poème de Bernard Noël (Galerie Sapone, Nice). Nouveau par la reprise du Questionnaire de Proust paru dans le n° 1502 de La Croix du Nord Pas-de-Calais : on y devine à travers ses réponses les différentes facettes de Kijno. Une anecdote à ce sujet : en août 2009, Liberté-Hebdo me proposa de remplir ce questionnaire. Lad découvrit mes réponses dans le n° 873 : il me téléphona et me demanda de lui envoyer un exemplaire vierge du fameux questionnaire de Proust. Ce que je fis à plusieurs reprises car il l’égarait… Il ne me dit jamais ce qu’il voulait en faire mais il y attachait beaucoup d’importance. À tel point que dans le catalogue de l’exposition Kijno/Combas du Château de Vascœuil (été 2013), on peut lire ces lignes : "… il gardait avec lui en permanence [le questionnaire vierge…] et méditait en silence. Il n’inscrit sur la page aucune réponse." On trouve encore par rapport à l’édition 2010 des "chapitres" supplémentaires consacrés aux travaux de Lad sur les poèmes de Ponge, sur le Brocéliande d’Aragon, sur la dernière grande rétrospective Kijno au centre d’art La Malmaison à Cannes (hiver 2011-2012). Et de nombreuses photographies inédites de l’atelier de Kijno. Un livre nouveau, à lire absolument…

Sur la page de faux-titre de l’édition 2010 de ce livre qu’il m’avait envoyée, Kijno avait dessiné au feutre rouge un cœur et signé. Tout l’art d’aimer de Kijno est là…

François Xavier, Kijno e(s)t l’art d’aimer. Éditions du Littéraire,180 pages, 23 €. En librairie et sur internet.


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