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Kijno à Noeux-les-Mines
Par Lucien Wasselin

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La première fois que je rencontrai Kijno, ce fut lors d’une visite privée de sa rétrospective du Palais des Beaux-Arts de Lille en 2000. Mais je connaissais son travail depuis longtemps : sans doute depuis 1975, quand il exposa au Centre Noroît d’Arras … Cela fait plus de dix ans que je publiai mon premier article sur son travail, intitulé Portrait d’un éternel jeune homme. Et, en une dizaine d’années, ce fut une cinquantaine d’articles divers que j’écrivis : comptes-rendus d’expositions, notes de lecture de livres sur son œuvre, études sur des thèmes particuliers… C’est dire que Kijno n’est pas un inconnu pour moi : il est l’éternel jeune homme que je découvris de visu dans le Palais des Beaux-Arts de Lille, il est l’ami qui me demanda en 2008 de le représenter auprès des élus de Nœux-les-Mines qui voulaient l’honorer d’un lieu où quelques-unes de ses œuvres seraient visibles par le plus grand nombre. Je me souviens encore de son coup de téléphone : c’était un samedi après-midi, nous partions, je venais de fermer à clef la porte de la maison quand le téléphone sonna. Je rentrai, c’était Lad…, il ne pouvait, il ne voulait pas venir à Nœux pour ces négociations et comme je vivais à la limite du bassin minier du Pas-de-Calais… Ce fut le début d’une aventure qui reste l’une des plus belles de mon existence publique…

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Fin 2010, seize œuvres, de cet ensemble qui devint la donation Kijno, étaient accrochées dans la salle de réunion de l’Hôtel communautaire de Nœux-les-Mines et présentées au public. Parce que Kijno, dans sa générosité habituelle, avait refusé de vendre ses tableaux à Nœux, il entendait les offrir à la ville où il arriva de Pologne à l’âge de quatre ans et où il avait passé son enfance jusque l’année 1932 où il partit faire ses études secondaires à Arras avant de rejoindre la faculté de Lille pour des études de philosophie. Mais comme il n’oublia jamais cette petite commune minière du Pas-de-Calais, en 2007 il lui fit don d’une toile intitulée Hommage à Mozart et, peu après, pour honorer l’école primaire Saint-Éxupéry où il fut scolarisé, un triptyque Hommage à Antoine de Saint-Éxupéry. On le voit, la générosité de Kijno quant à cette donation n’est pas sans antécédents. Les seize œuvres de la donation, soigneusement choisies par le peintre, arrivèrent à Nœux en octobre 2010 et l’inauguration officielle eut lieu le 17 novembre de la même année. Ce ne sont pas des œuvres mineures que le peintre offrit à Nœux car l’ensemble (quinze toiles et une bannière, qui furent exposées de par le monde à plusieurs reprises) rend compte de l’évolution de Kijno et couvre la période 1963-2005. Se donnent à voir les techniques employées par le peintre et qui l’ont rendu célèbre : le froissage, la projection glycéro-phtallique, le dripping et le mélange de ces techniques sur un même tableau… On peut découvrir ainsi la façon de Kijno de travailler par séries : le cycle Retour de Chine (avec les séries des Bouddhas, des Cavaliers de lumière, des Pierres…), né d’un voyage en Chine fait au printemps 1983 avec son ami le peintre Chu Teh-Chun, est particulièrement bien représenté dans l’accrochage. Et l’on peut découvrir l’attention sans failles dont Kijno a toujours fait preuve à l’égard des civilisations et des cultures (et de leurs manifestations) les plus étrangères à l’économisme ambiant qui caractérise notre société : la Chine et le Japon traditionnels certes, mais aussi l’île de Pâques, le jazz et la poésie…

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Depuis 2010, cette donation n’a cessé de s’enrichir. Tout d’abord, fin 2011, Kijno fit don à la Communauté de Communes de Nœux & Environs de divers documents d’un grand intérêt mais aussi d’une toile de 1938, Le Coron de Nœux-les-Mines qui, non seulement est rescapée de l’autodafé de 1955, mais montre les premiers tâtonnements picturaux de l’artiste… Début 2012, les deux toiles offertes antérieurement à la ville de Nœux-les-Mines rejoignirent la donation et sont donc désormais visibles par tous les visiteurs sur un lieu unique. Fin 2012, Kijno (qui avait précédemment offert plusieurs livres) donna le violon de son père, Józef Kijno, qui obtint au début du XXème siècle un premier prix de violon au Conservatoire de Varsovie… Et au début de l’été 2013, le peintre nous ayant quittés fin 2012, c’est son épouse qui enrichit la donation d’un ensemble de 17 ouvrages (catalogues et beaux livres) dont certains très rares aujourd’hui…

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On le voit donc, c’est un tout qui intéressera aussi bien les néophytes que les chercheurs. La donation a été faite en juin 2010 à la communauté de Communes de Nœux et Environs (CCNE). Or la réforme des collectivités territoriales engagée en 2008 par le président de la république de l’époque a été appliquée, en ce qui concerne les communautés de communes, au 1er janvier 2014. En conséquence, les communautés de communes de Béthune (Artois Comm) et de Nœux-les-Mines (CCNE) ont fusionné. Ce qui fait qu’Artois Comm est devenue donataire des œuvres offertes par Kijno à la CCNE. Il reste à espérer que les Conditions particulières contenues dans l’acte de donation seront à nouveau prises en compte et que les œuvres de la donation seront visibles ou consultables par le plus grand nombre de personnes… Un catalogue a été publié en décembre 2013 par les Éditions du Littéraire sous le titre Kijno, une donation et il contient la reproduction couleur de toutes les œuvres exposées.

Oeuvres illustrant cet article :
Miroir pour un Totem, 1993, 130 x 98 cm. Acrylique et glycéro-spray sur papier froissé et marouflé sur toile.
Hommage à Rimbaud et Louise Michel, 1978, 116 x 90 cm. Acrylique et glycéro-spray sur toile.
Violon
Hommage à Charlie Parker ou Hommage à Gagarine et Charlie Parker), 1963, 138 x 102 cm. Huile, encres, vinyle et glycéro-spray sur toile. Photos LW

La donation est conservée dans la salle de réunion de l’ex Hôtel communautaire de Nœux-les-Mines au 138 bis rue Léon Blum dans cette localité (62290). Il est vivement conseillé, avant tout déplacement, de se renseigner au 03 21 54 78 00.


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