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Il est minuit en Europe
Hoang-Ngoc Liêm

Au plan macroéconomique, l’Europe sortie des urnes est d’ores et déjà confrontée à trois crises.

1) La crise financière n’est pas finie. Le bilan des banques n’est pas nettoyé. De nouveaux actifs sont contaminés jour après jour par les défauts de paiement qui se multiplient avec la récession. Tous les crédits à la consommation ont été titrisés. Les LBO, ces crédits aux entreprises gagés sur la valeur future des entreprises rachetées, sont autant de bombes à retardement sur un marché où les titres ont perdu la moitié de leur valeur. 30milliards de LBO gangrèneraient les bilans des banques françaises. L’entrée de l’Etat au capital des banques est la seule mesure qui soit de nature à enrayer la crise de confiance et de solvabilité qui frappe le système bancaire malgré les vagues de recapitalisation qui sont intervenues. La BCE est intervenue pour injecter des liquidités. Il est temps qu’elle passe aux travaux pratiques en matière de réglementation bancaire des produits dérivés de crédits, notamment en imposant une limite au volume des crédits titrisables.

2) La crise de l’économie réelle s’approfondit. Les « réformes structurelles » néolibérales l’aggraveront. La décroissance du PIB sera de - 6% en 2009 dans l’Union européenne. Ses effets cumulatifs se feront sentir en 2010. La perte de revenus des salariés licenciés ou en chômage partiel pèsera sur la consommation. Les débouchés des entreprises se restreindront à nouveau. Le taux d’utilisation des capacités productives est à son plus bas historique. L’investissement ne redémarrera donc pas. Le déficit du commerce extérieur se creusera encore, ainsi que les déficits publics, compte tenu de recettes fiscales inférieures. Il faudra pourtant laisser filer les déficits pour mettre en oeuvre de véritables plans de relance. On regrettera à cet égard l’orthodoxie néolibérale sempiternellement affichée par les ministres allemands et espagnols de l’Economie et des Finances, lors de la réunion de l’Eurogroupe du 9juin, ces derniers demandant une procédure de sanction pour déficits excessifs à l’endroit de pays comme la France. Certes, la politique budgétaire et fiscale française a dilapidé inutilement des dizaines de milliards d’euros. Il faut la réorienter. Mais l’impératif de véritables New Deal requiert la suppression du pacte de stabilité pour permettre aux Etat de financer leurs relances par l’emprunt, d’autant qu’il est pour l’heure interdit d’accroître par ce moyen les ressources du budget communautaire. Certes, l’émission de bons du trésor par certains Etats se fait à des taux d’intérêt de plus en plus élevés. Face à cette situation, Américains et Britanniques ont eu recours à la planche à billets de la Banque centrale pour racheter les emprunts. La monétisation des déficits est malheureusement interdite par les statuts de la BCE. Sur ce point également, il faudrait en rediscuter les missions.

3) Une crise de change internationale couve. Désormais au-dessus d’1,4 dollar, l’euro, surévalué, pénalise les exportateurs, les industries et les emplois européens. L’Italie pourrait, de plus, être tentée de sortir de l’euro pour créer sa monnaie et financer sa dette publique par la planche à billets. Face à la baisse inexorable du dollar, la Chine est en train de diversifier ses réserves de change et de rapatrier ses avoirs. Dans un contexte de récession mondiale, elle cherche à recentrer sa stratégie autour de sa demande intérieure et a donc intérêt à mettre un terme à l’alignement du yuan sur le dollar faible (notamment pour réduire le coût des importations en énergie). S’il était ambitieux, le Conseil de l’Union, à qui revient la charge de la politique de change de l’Union, lancerait le projet d’une monnaie de réserve internationale, gérée par le FMI. Cette monnaie, rêvée par Keynes avant Bretton Woods, représenterait le pivot de la redéfinition des bonnes parités entre les différentes monnaies. On convoquerait à cet effet la Chine, favorable à un tel projet, la Russie, les pays d’Amérique latine et les Etats-Unis. Il n’est pas sûr que le code génétique de la majorité conservatrice et atlantiste issue des urnes la prédispose à affronter ces trois crises. Il est déjà minuit en Europe.

Article paru dans Politis du 18 juin 2009


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