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Hommage et trahison
Paul Desalmand revient sur la prestation de Nicolas Sarkozy au Plateau des Glières

Le 16 avril 2007, quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy se rendait à Colombey pour prendre un air compassé au pied de la tombe du général de Gaulle. L’objectif était simple : ramasser des voix en s’affichant dans la ligne du grand homme. Deux ans plus tard, il trahissait ce qui était le plus cher au général en réintégrant la France dans le commandement unifié de l’OTAN. Hommage et trahison.

Le 4 mai de cette même année 2007, à deux jours du second tour des élections, il vient se recueillir sur le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance haut-savoyarde. L’objectif est le même. Récupérer des voix. Le schéma, on le verra, est aussi le même. Hommage et trahison.

Les Résistants dans le cadre du CNR (Conseil National de la Résistance) avaient élaboré un programme qui sera mis en œuvre à la Libération. Or toute l’action de Nicolas Sarkozy a pour but de détruire ce programme.

Le programme du CNR ? Une presse libre à l’écart des puissances financières, la sécurité sociale, la retraite par répartition, la défense des travailleurs par des syndicats, les banques sous contrôle, un service public à la disposition de tous dont notamment Électricité de France, école au service du peuple. Autant de dispositions qui ne vont pas empêcher trente ans de prospérité. Toute l’action de Sarkozy et de son gouvernement n’a qu’un objectif : détruire ces acquis pour fonder une société à l’américaine du tous contre tous et du règne de l’argent. Il ne s’en cache pas et ses sbires ne s’en cachent pas non plus. Voilà ce qu’écrit Denis Kessler, vice président du Medef dans le magazine Challenge le 4 octobre 2007 :

« Les annonces successives de différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Difficile d’être plus clair. Remarquons que ce Denis Kessler fut un temps maoïste. Le turquifié est pire que le Turc. Le patronat qui s’était montré fort discret en 1945, et pour cause, ne se gêne plus. Il a trouvé son homme comme il avait trouvé le sien en 40, en France et en Allemagne.

Pour avoir des précisions sur le travail de sape, le grignotage des acquis, il faut lire Les Jours heureux. Le programme du Conseil national de la Résistance… Sarkozy y apparaît comme le roi de l’enfumage.

Il faut ajouter que ce programme a été élaboré dans la clandestinité, par des hommes et des femmes qui pouvaient chaque jour être arrêtés et torturés et dont certains le furent. Il y a quelque chose d’ignoble dans ce double jeu consistant à se parer de leurs vertus pour détruire le résultat de leur action.

En 2008, celui qui est devenu le président de la République, va faire un pas de plus dans l’ignoble en se comportant d’une façon sidérante dans le cimetière de Morette qui se trouve au pied du plateau des Glières.

Un film a été tourné lors de cette visite, lequel contient un passage que l’on pourrait intituler « L’homme qui se gondole dans les cimetières ». Pendant la minute de silence, Sarcome de Katosi se tient debout devant le monument aux morts avec la mine de rigueur, mais ensuite, il se déchaîne. Ici le mot « incroyable » prend tout son sens. À peine terminée la minute de silence, il se marre. Il est dans le cimetière de Morette où sont enterrés, après avoir été fusillés et parfois torturés, cent cinq jeunes gens. Il représente la France. Un officiel lui montre un point de la montagne où des maquisards ont été tués et enterrés dans une fosse commune et il explique le souci que l’on a eu d’une sépulture digne. Le président n’en a manifestement rien à foutre, n’écoute pas, et à peine son interlocuteur a-t-il terminé qu’il pointe du doigt un endroit de la montagne en disant : « C’est quoi, la cascade là ? C’est magnifique… » Vient ensuite la séance de rigolade. Quand lui sont présentés deux républicains espagnols : « C’est formidable ! En plus, moi, je défends les Espagnols, mais les Italiens ne sont pas mal non plus. Maintenant que je suis marié avec une Italienne ! » Il s’esclaffe. À une femme vêtue de rose, il dit : « Ce rose vous va très bien. je n’en tire aucune conclusion politique. » Et de se bidonner. On rit même un peu trop dans ce cimetière aux yeux d’un ancien résistant qui essaie de tempérer le président-ambianceur : « Président, faut calmer, faut calmer ! » Lequel président ne trouve rien d’autre à lui répondre que : « Bein oui, faut bien s’amuser un peu ! » La séance d’hilarité se prolonge encore un peu plus tard.

J’avais déjà eu honte pour lui, et un peu pour la France, lorsque je l‘avais entendu s’exprimer en anglais, lors d’un séjour aux États-Unis, avec un accent digne d’un élève de sixième. J’ai eu honte aussi en voyant ces séquences que je ne me lasse pas de regarder, grâce au DVD du film de Gilles Perret, Walter, retour en Résistance. Le titre du premier tract rédigé par ceux qui ont été offusqués par cette farce sonne comme un avertissement : « Non, M. Sarkozy, les combattants des Glières ne sont pas récupérables. »

Trop, c’est trop. Les anciens Résistants et leurs amis, ont décidé d’organiser une manifestation sur le plateau des Glières dans les jours suivant la venue de l’usurpateur. Plus de mille personnes s’y retrouvent venant de la région, mais aussi d’autres endroits de France.

Plus de mille personnes se rassemblent sur le Plateau des Glières pour protester ; le film de Gilles Perret est diffusé même si des politiques font tout pour qu’il ne le soit pas ; une association est créée, Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hu [1]. C’est peu de chose et c’est pourtant beaucoup. Alain, dans Le Citoyen contre les pouvoirs, a fort bien dit que la démocratie commence sur le terrain :

« Le citoyen n’a pas encore saisi cette idée que tout pouvoir est mauvais, s’il n’est surveillé, mais que tout pouvoir est bon, autant qu’il sent une résistance pacifique, clairvoyante et obstinée. La liberté n’est pas d’institution, il faut la refaire tous les jours. » [2]

Gandhi, de son côté disait quelque chose dans le genre, que la vraie démocratie ne vient pas de la prise de pouvoir par quelques-uns, mais du pouvoir que tous ont de s’opposer aux abus du pouvoir. De nombreuses organisations dont on trouvera le détail dans le livre cité travaillent dans ce sens.

La Résistance n’est pas récupérable monsieur l’Enfumeur en chef. Et j’aimerais bien convaincre mes amis d’aller plus loin dans l’action en ne se contentant pas de manifester après, mais d’agir avant, en l’empêchant, l’an prochain, de venir jouer son rôle de détrousseur de cadavres.

21 mai 2010

Notes :

[1] CRHA (Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui), Les Jours heureux. Le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 : comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition, La Découverte, 2010, 14 €.

[2] ALAIN, Le Citoyen contre les pouvoirs, 1926, Slatkine reprint, Genève,1979, page 150 pour la citation. Disponible sur Internet.


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