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Habemus papam de Nanni Moretti
La critique de Sarah Belhadi

Suite à la mort du Suprême Pontife, le Conclave se réunit afin d’organiser l’élection de son successeur. Le cardinal Melleville, (Michel Piccoli) fait l’objet de l’unanimité des voix. Seulement au moment de la proclamation de son investiture au balcon du Saint-Siège, le nouveau pape se défile, laissant échapper au passage un râle d’angoisse, si profond que la foule jusque-là en liesse sur la place du Vatican semble le percevoir et s’en étonner. Cette foule de catholiques fervents venue en masse du monde entier pour assister à l’annonce de leur nouveau guide vit alors un événement peu commun ; ils savent l’élection terminée (la fumée blanche a été aperçue et confirmée) ; mais ils ignorent cependant l’identité du nouvel élu.
Commence alors une longue attente, jugulée par des annonces officielles qui se veulent rassurantes mais qui ne parviennent pas pour autant à rendre la situation moins étrange...

La satire sociale s’invite dès les premières minutes avec un portrait de journalistes qui frôle le burlesque.
Après avoir couvert la disparition soudaine de l’Ancien Pape, les journalistes s’agglutinent maintenant autour des futurs « candidats » : dans une scène qui montre les cardinaux formant une longue procession et longeant un couloir du Vatican (où les journalistes ont été autorisés exceptionnellement à pénétrer) un journaliste particulièrement volubile décline à toute vitesse les identités des cardinaux défilant devant lui, rappelant les particularités de chacun, dans le but sans doute de les personnaliser aux yeux des téléspectateurs. Seulement, la procession bien que lente, coule imperturbablement devant l’objectif et, à plusieurs reprises le journaliste n’a pas le temps de terminer sa présentation qu’il est obligé de s’interrompre pour passer au suivant, et ceci avec la fébrilité d’un commentateur sportif pendant une rencontre entre deux équipes de water-polo [1]. Le premier effet de décalage est installé et opère parfaitement au service de la vision sardonique de Moretti. Le film en regorge mais ne tombe pas pour autant dans une ambiance vaudevillesque.

On reconnaît ici la patte de l’auteur et on se rappelle du ton ultra-satirique de son dernier long-métrage avant celui-ci, sorti en 2006 : Le Caïman qui abordait déjà le thème du pouvoir. Le film mettait en scène un producteur de films à la dérive (interprété par Sylvio Orlando, acteur régulier de Moretti) qui accepte trop hâtivement un scénario, dont le synopsis, dissimulé en séquences métaphoriques, dresse le portrait au vitriol de Sylvio Berlusconi. Quand le producteur se rend compte de la portée politique du film, le projet est trop avancé. Le film, sorti pendant la campagne électorale de l’actuel président italien fit grande sensation auprès de la critique ainsi que de l’opposition. Dans la continuité de cette ironie piquante, Habemus papam constitue un simiesque pied-de-nez aux conventions de la prise de pouvoir, en évoquant cette fois les conséquences que peut avoir celle-ci sur une personnalité réfléchie et mesurée, sur le point de recevoir de grandes responsabilités et impliquant le destin de milliers d’individus : le cardinal Melleville poussera l’humilité jusqu’à remettre en question sa légitimité à recevoir le titre qui lui octroient ces pouvoirs et ira jusqu’à s’évader du Vatican pour échapper à la pression de ses pairs .

On retrouve ici le réalisateur de nouveau dans un rôle de psychanalyste, comme ce fut déjà le cas dans La Chambre du Fils primé à Cannes en 2001, mais avec cette fois une dimension largement comique : le personnage du psychanalyste appelé pour comprendre et essayer d’atténuer les angoisses du nouveau Pontife, se voit dans l’impossibilité de ressortir du Vatican après avoir pris connaissance de l’identité de ce dernier ; il doit cohabiter avec les cardinaux et, pour tromper son ennui, décide d’organiser des matchs de volley pour les divertir et stimuler leur esprit de compétition. Ce personnage espiègle apporte au film la légèreté et le mordant dont il a besoin pour ne pas sombrer dans une atmosphère trop anxiogène, encore une fois on s’incline devant la maîtrise du réalisateur. Ce que l’on pourrait éventuellement reprocher à ce nouveau long-métrage réside dans le traitement de la photographie : le défilé des soutanes rouges écarlates, omniprésent pendant toute la première moitié du film fatigue un peu l’œil, crée une gêne visuelle qui ne semble pas avoir été recherchée ; ainsi que dans certaines longueurs résidant principalement dans certains effets de ralenti dont la légitimité ne crève pas l’écran. Cependant ces petites aspérités n’empiètent pas sur l’efficacité du film.

Notes :

[1] Ce n’est pas une touche fantaisiste personnelle : Nanni Moretti est un fan de water-polo c’est un clin d’oeil pour les inconditionnels du réalisateur


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