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Fiction, féminisme et modernité. Les voies subversives du roman contemporain à grand succès. Un livre d’Anne Larue.
La critique de Remi Boyer

Le travail d’Anne Larue est passionnant, original et pertinent. En analysant les best-sellers, les grands succès populaires au cinéma ou les jeux à succès, à la recherche de pointeurs annonçant un bouleversement social, la figure de la Wicca s’est imposée, héritière des mouvements contre-culturels des années 60 et permanence d’un féminisme en plein renouvellement souterrain.

Le mouvement Wicca est peu implanté en France et ne bénéficie pas de l’aura qu’il connaît aux USA grâce aux nombreuses sorcières qui hantent la télévision et l’édition depuis les années 80. Anne Larue note que la Wicca s’est particulièrement bien adaptée à l’ère des réseaux, internet permettant à chacun de « jouer » au sein de communautés Wicca. Anne Larue compare la Wicca du XXIème siècle à un gigantesque jeu de rôle, dans lequel la féminité serait valorisée.

L’image de la sorcière invite à la liberté et rompt avec le modèle patriarcal. Elle bouscule aussi l’image tordue par les hommes de la féministe des années 80 pour affaiblir le mouvement féministe.

En analysant les romans populaires très médiévalistes, Anne Larue démontre que derrière un New Age parfois caricatural et une nostalgie d’un Moyen Âge parfois idéalisé, se véhiculent de vrais valeurs qui s’organisent, underground, en une pensée véritable, restaurant l’image de la femme, même si, note-t-elle, ceci s’accompagne parfois d’un certain désespoir. Ces valeurs sont considérées comme féminines : la nature, la vie, la forêt, la santé, le bien-être… En profondeur, c’est notre rapport inconscient à la nature qui pourrait changer.

Anne Larue interroge aussi notre attrait pour les mondes perdus de l’imaginaire. Elle parle de « nostalgie folkloriste » mais ne serait-ce pas plutôt la continuité d’une pensée magique renouvelée par les premières générations de joueurs de Jeux de rôle, on pense à Donjons et Dragons, qui ont aujourd’hui 50 ou 60 ans et ont largement investis le numérique et l’édition dont ils restent des acteurs marquants. Cette liberté reconquise alors sur l’imaginaire serait visible aujourd’hui dans la culture.

La question, pourtant essentielle, que ne pose pas Anne Larue est de savoir si cette force de changement issue de l’imaginaire peut révéler l’imaginal de Gilbert Durand et engendrer un nouveau paradigme dans les rapports hommes-femmes plutôt que de simples et fragiles ajustements sociaux.

Fiction, féminisme et modernité. Les voies subversives du roman contemporain à grand succès, Anne Larue, Editions Classique Garnier.


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