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Feuille de route
Où Thierry Renard évoque Vénisieux, le communisme, Aragon et Cassou....
A Guy Fischer Les paroles de bienveillance les pensées de bienveillance exprimées où que ce soit sur terre en ce jour, ou sur une autre planète errante, ou sur une étoile fixe par leurs habitants comme nous habitons la nôtre,
et toute la maison froide était chaude comme un épi de maïs sur la plaque chauffante,
Quand j’étais plus jeune, je n’avais sans doute pas la même vision. Tout était beaucoup moins précis qu’aujourd’hui. Je m’agitais sans cesse, mais autrement. Je ne songeais guère aux lendemains. Je vivais libre, certes, mais sans une réelle conscience de ma liberté.
L’été, le plus souvent, nous assassine.
Voilà, j’ai parlé de Vénissieux, j’ai prononcé son nom, un nom sonore, un nom de connivence. J’ai prononcé le mot que nous connaissons tous.
Ici, il y a des colères nègres et des peuplades qui refont le monde, réinventent l’amour. Ici, les âmes ne sont pas grises, elles sont bleues.
Certes, mon angélisme peut faire sourire. Il est d’un autre temps, d’un temps où déjà cette ville existait. Vénissieux n’est pas un nom parmi les autres, c’est le nom d’une ville ô combien singulière, belle et rebelle, soleil et ombre à la fois.
L’été. C’est aussi la saison de tous les rêves de bonheur et des gros bouquets d’utopies. Les fleurs et la lumière inondent les jardins. L’asphalte attend la pluie. Le temps est presque suspendu.
En France, sans doute bien plus qu’ailleurs, reste vivante l’idée que les pouvoirs publics gardent une haute responsabilité en matière de politique culturelle. Cette conception, émotionnelle presque, entre le peuple et son imaginaire national permet d’autant mieux aux expressions locales et régionales de s’épanouir en toute crédibilité et en toute légitimité.
Avec cette courte prose, qui inaugure peut-être une autre manière d’appréhender la chose publique, j’ai surtout voulu montrer que s’il existait plusieurs vérités, en matière de politique culturelle notamment, je comptais bien les conserver toutes, même si toutes, c’est sûr, ne sont pas identiques…
— Pourquoi, me direz-vous, cette sortie de route, cette façon de parler d’une chose puis d’une autre, puis encore d’une autre, sans avoir l’air d’y toucher ?
J’ai relu récemment Trente-trois sonnets composés au secret, et de mémoire, par Jean Cassou (Jean Noir), et présentés par Louis Aragon (François La Colère). Vibrant témoignage, poèmes de circonstances… Nous sommes en 1941, pendant les années sombres de l’occupation nazie. J’ai aimé ces textes-là, foudroyants, et j’ai beaucoup aimé les pages offertes, pour l’occasion, par Louis Aragon. D’une part, parce qu’il y rend un généreux hommage à Cassou et, d’autre part, parce qu’il nous y dévoile tout son art poétique.
Les poètes ne meurent jamais, et nous sommes intacts, presque, déclarés sains et saufs. Nous sommes de ceux pour qui ni la misère des opprimés, ni la colère de ceux qui luttent, ni l’espoir d’un avenir supérieur, ne sont des choses ternes.
Quand nous parlons au bien et au mal, nous sommes émouvants, nous libérons nos sentiments.
La prochaine fois que nous nous rencontrerons, j’aurai sûrement quelque chose à vous dire. Saint-Fons, nuit du 9 au 10 juillet 2011 ; Vénissieux, le 11 septembre. |