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Faire de la politique en temps de crise...
Par Daniel Cirera

La charge polémique de Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de Gauche à la présidentielle, notamment la comparaison de François Hollande à un « capitaine de pédalo » [1], largement reprise dans les médias, provoque émotion, malaise et de fortes interrogations. Sa mise à égalité du candidat du PS avec Sarkozy a choqué jusqu’à susciter des doutes sur la volonté de battre la droite.

Les propos du candidat du Front de gauche font débat sur les conditions politiques du changement dans cette période si lourde de risques, si difficile pour les peuples jusqu’à l’insupportable. L’Europe, et la France, sont plongées dans une crise la plus grave depuis les années 30 et dont le pire est peut-être à venir. Nous sommes confrontés à une offensive de démantèlement systématique du système social, d’une brutalité inouïe. La colère gronde.

Sur le plan strictement électoral on retiendra que ceux qui apparaîtront comme diviseurs et en décalage avec la volonté de « dégager » Sarkozy à l’évidence le paieront cher. A juste titre des réactions comme celle de Jean-Claude Mairal, ancien président du conseil général de l’Allier, – ou de lecteurs de l’article paru dans le monde (http://www.lemonde.fr/election-pres...) – relèvent que loin d’atténuer le « vote utile » cette agressivité ne fait que l’encourager, laissant le champ libre dans la compétition au Parti socialiste comme le plus crédible pour battre Sarkozy.

On peut comprendre ce choix de campagne si l’on se place d’un point de vue d’une compétition partisane où il s’agit de tailler des croupières au concurrent à gauche. En sachant qu’entre les deux tours ou au lendemain du 2ème on conclura un accord dont on doute qu’il convainque grand monde. Est-ce cela dont le pays a besoin ? Est-ce cela qu’attendent celles et ceux qui n’en peuvent plus de Sarkozy et de la droite et qui attendent des réponses concrètes à leurs problèmes et à ceux de la France ?

On peut regretter l’absence dans un tel moment de confrontation politique d’une parole communiste alors que la crise et le mouvement social appellent des réformes de grande portée, et une union nouvelle à gauche pour les mettre en oeuvre. Le temps viendra pour le grand débat sur les conditions sociales et politiques de la transformation, la pertinence d’un communisme renouvelé, dans sa conception et dans ses pratiques. Mais n’est-ce pas à l’épreuve de la réalité, du combat politique réel, tels que les vivent des millions de françaises et de français, qu’il aurait fallu, qu’il faut le mener ? Certes les dés de la campagne sont jetés. Mais on n’a pas besoin d’attendre l’après 2012 pour réfléchir. Pour ouvrir les pistes d’une perspective nouvelle.

Quelles leçons tire-t-on de la victoire historique de la gauche rassemblée au Sénat, et même du résultat des cantonales ? Quelles leçons tire-t-on surtout de l’ampleur du mouvement contre la réforme des retraites, et plus largement de l’aspiration unitaire à une autre politique exprimée par le mouvement social depuis 2009 ?

Et la crise. Comment ne pas voir qu’elle soulève des questions inédites pour nos générations. Partout émergent des mouvements, des révoltes, des contestations, que personne ne peut ignorer. Le libéralisme est délégitimé, le capitalisme, les marchés, l’argent-roi sont mis en cause. Il n’empêche que la droite en butte à de très sérieuses difficultés est à l’offensive, choisissant son terrain avec la dette et la réduction des déficits. Et l’extrême-droite creuse son sillon, sur le terreau des frustrations. Pour nous, l’essentiel est de bien voir que la question sociale, le refus des inégalités, la justice sociale et la démocratie « véritable » sont au coeur des enjeux. La sortie de crise, les résistances à l’austérité, donnent lieu à un affrontement de classe majeur. La page du mouvement de 2009-2011 n’est pas tournée. Voilà le socle du rejet de Sarkozy et de la droite.

Les études d’opinion confirment et la profondeur de la volonté de changement et le scepticisme sur la capacité des politiques à y répondre [2]. Elles confirment – comme les primaires du PS – un intérêt grandissant pour la politique, la demande majoritaire de réformes de structures, y compris qui touchent au capitalisme. Près de 60% des françaises et des français se disent prêts à manifester. Et à peine 13% font confiance aux partis politiques.

Nous sommes bien dans une période qui appelle des réponses et des pratiques nouvelles. Pourtant la campagne s’engage comme si rien n’avait changé. L’accord électoral PS-Verts/EE en est aussi l’illustration. Parfois, à gauche, on se croirait même revenu aux années 70 avec des stratégies qui conduisirent, certains s’en souviendront, aux résultats que l’on sait.

La situation est donc sérieuse. On peut douter que ces polémiques à gauche et ces tractations redonnent du crédit à la politique. Dans ce jeu médiatico-politique, où sont les femmes et les hommes réels ? Qui répond à la question simple mais décisive et très concrète : quelles mesures compte prendre la majorité et le président de gauche élus en 2012 pour répondre à ce qui s’est exprimé dans la rue avec tant de force ces derniers mois ? Quels moyens cette majorité se donnera-t-elle pour affronter la dictature des marchés, les pressions européennes, pour y répondre ?

Qu’il y ait débat à gauche c’est évident. Mais assimiler appel à se rassembler, à travailler dès à présent à ces réponses, et alignement sur le parti socialiste relève d’une vision figée et sclérosée de la politique, la réduisant à des batailles d’appareils dont les citoyens sont appelés à être les arbitres le jour du vote. C’est tout le contraire. Un autre conception du débat serait possible, pour construire des réponses communes, pour un contrat passé entre les forces de gauche et le peuple pour les cinq ans à venir, sans attendre le 2ème tour. Débattre pour construire et non pour diviser.

La tonalité de l’interview de Jean-Luc Mélenchon est indicatrice d’un choix stratégique traditionnel de confrontation à gauche et de stricte compétition électorale. Mais l’inquiétude et les interrogations qu’elle suscite indiquent une disponibilité pour travailler à des réponses neuves, dans une manière différente et nouvelle de faire de la politique et de penser la gauche. Sans surenchère mais en prenant la mesure de la crise politique. Pour une dynamique qui s’inscrive dans une perspective de transformation, au service du mouvement populaire. Une telle conception heurte sans doute bien des habitudes de pensée. Elle porte au-delà du printemps 2012. Raison de plus pour ne pas attendre pour se mettre au travail.

18 novembre 2011

Texte paru sur le site Communisme 21

Notes :

[1] Entretien publié par le Journal du Dimanche

[2] Selon les récentes enquêtes d’opinion, plus de la moitié des français (60%) considèrent que la démocratie ne fonctionne pas bien et 83% d’entre eux que les responsables politiques se préoccupent peu ou pas du tout de ce qu’ils pensent.
Les enquêtes révèlent un intérêt grandissant pour la politique (60% contre 55% en décembre 2009) qu’ont montré les primaires. Une forte majorité réclame des réformes significatives avec une intervention accrue de l’Etat (58%) et même à 49% ils appellent à une réforme en profondeur du système capitaliste – « une spécificité française » en Europe. 57% se disent prêts à manifester.
52% disent « n’avoir confiance ni dans la droite et ni dans la gauche pour gouverner le pays ». Seulement 13% font confiance aux partis politiques, et 35% pensent que Marine Le Pen comprend les problèmes des gens (42% pour F. Hollande).
Sondage OpinionWay-Cevipof – Septembre 2011


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