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"Et même le versant nord" et "La grande année"
Lucien Wasselin recommande ces 2 recueils de Pierre Dhainaut et Isabelle Levesque

Pierre DHAINAUT : Et même le versant nord.

C’est une poésie sensible qu’on peut lire dans ce nouveau recueil de Pierre Dhainaut : qu’on en juge . Le poète a un âge où il a vu bien des proches partir mais où il a accumulé bien des livres de poèmes et où il peut réfléchir sur la poésie. Le lecteur ne s’étonnera pas de trouver le constat dans un poème (p 23) où Pierre Dhainaut écrit ces vers : « Mourant, mon père était trop faible / pour parler, rappeler que nous étions ensemble, / dix ans plus tôt, dans ce même hôpital : / d’urgence, de nuit, on m’avait opéré, » . De même Dhainaut se souvient d’Yves Bonnefoy (p 51), il se souvient de sa lecture d’Ensemble encore et du moment où il apprit son hospitalisation et sa disparition… De même, encore, les enfants sont omniprésents dans ce recueil où ils sont liés à la neige, au vent, à la mer… On sait l’attachement de Pierre Dhainaut aux paysages de la plaine des Flandres, du polder des Moëres et de la mer du Nord comme on sait celui qui le relie à ses petits-enfants à qui il a consacré de nombreux poèmes… C’est toujours le même émerveillement, et il n’est pas étonnant que le poète relise souvent Victor Hugo à qui il vient de réserver un livre dans la collection Dits et maximes de vie chez Arfuyen… Il trouve même le temps de s’intéresser à Géricault et à Giacometti (respectivement p 29 et p 30 ).

Ces poèmes sont suivis d’une série de notes où domine le parallèle entre l’enfance et le poème. C’est toujours une façon nouvelle de dire des choses différentes. Mais c’est la même liberté, la même vacuité à l’égard du passé quand le premier vers s’impose, le reste n’est alors qu’une affaire de vide, d’attente patiente et de respect… C’est alors une leçon de poésie, quand le respect attentif et le rythme communiquent à eux seuls l’intelligence du texte, l’idée sera défaite, le poème adviendra (p 64)… Cette conception de la poésie en perpétuel devenir est une gageure ; cette leçon de poésie est le double d’une leçon de modestie : c’est ce qui fait la difficulté de lire ces poèmes et d’en parler justement. Remarquons en passant que Pierre Dhainaut écrit « La majuscule est inutile au début des poèmes, inutile le point à la fin » (p 69) : l’inutilité est-elle vraiment flagrante car tous ces poèmes commencent par une majuscule et se terminent par un point… Contradiction ?

Pierre Dhainaut, Et même sur le versant nord. Editions Arfuyen, 88 pages, 11 euros. En librairie (diffusion Sofédis, distribution Sodis) .

Isabelle LEVESQUE & Pierre DHAINAUT : « LA GRANDE ANNEE ».

Me viennent, dans le désordre, à l’esprit, les mots et expressions suivantes : errance, cycle des saisons, avril, printemps, œuvre d’alliance…, pour caractériser le recueil qu’ont signé ensemble Pierre Dhainaut et Isabelle Lévesque. On sait que cette dernière, non seulement écrit, mais photographie aussi la nature et, en particulier, des fleurs de coquelicots… Ce livre de poèmes n’échappe pas à la règle.

Isabelle Lévesque donne des poèmes, comment dire, plus hachés, plus syncopés, qu’accentuent encore les mots choisis, les parenthèses, les tirets… Alors que Pierre Dhainaut maîtrise une écriture plus fluide, des poèmes plus corsetés mais qui restent souples (groupes de deux tercets dans le cycle des saisons ou douzains dans Prédelle). Deux écritures différentes donc. Mais le livre est UN, il est unique car les deux poètes se complètent par le jeu des photographies que prend Isabelle Lévesque, qu’elle envoie à Pierre et qui font l’unité de l’ouvrage. D’ailleurs, une série de notes, conformément à l’habitude de Pierre Dhainaut, suit les poèmes de l’une et de l’autre ainsi que les photographies d’Isabelle (photographier ne veut-il pas dire écrire avec de la lumière ?). Dans Etant donné avril, Pierre note : « Apparition du premier coquelicot, le 15 avril 2017, dans le très mince interstice de ciment entre le trottoir et la palissade qui entoure notre jardin, rue Dautrey, à Dunkerque » (p 75). Même les plantes adventices ont le droit d’exister, surtout dans les poèmes ou les notes sur la poésie ! Si les effets négatifs de ces plantes ne manquent pas, leurs effets positifs sont aussi légion sur la production agricole : elles servent de nourriture aux oiseaux, elles sont cultivées chez les pré-colombiens et constituent des sources de nourriture dans des situations non négligeables… Par exemple. Pierre écrit : « Etre attentifs à ce que l’autre nous propose, être disponibles aux surprises et demeurer fidèles à nous-mêmes, cela n’est permis que si entre les deux protagonistes des affinités existent, qui ne demandent qu’à s’approfondir : ils n’effacent pas leurs différences, ils font œuvre d’alliance » (p 116). Dont acte ! Quelques mots s’imposent sur les photographies d’Isabelle Lévesque : elles sont très belles, très lumineuses mais de cette lumière intérieure qui confine à la sensibilité (sans mauvais jeu de mots sur le papier), laissons la parole à Pierre Dhainaut encore une fois : « je découvrais sa façon si mouvante de regarder, d’aller vers le monde qui est aussi sa façon d’écrire »… (p 114), à propos des phrases qu’Isabelle Lévesque note au verso de ses photographies…

La grande année. Photographies et poèmes. Isabelle Lévesque & Pierre Dhainaut. 124 pages. 18€. Éditions L’herbe qui tremble.


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